

Les premières rencontres internationales des compétences marocaines à l’étranger ont été propices à un débat sans langue de bois. Les MRE remplis d’attentes ont fait part de nombreuses recommandations et reproches à des interlocuteurs ouverts aux critiques.
A Casablanca, le week end dernier, ces rencontres ont été l’occasion de lancer le portail Fincome, programme destiné à optimiser la fuite des cerveaux.
Les compétences des marocains résident à l’étranger (CMRE) de tous secteurs confondus pourront ainsi s’investir dans leur pays d’origine. L’idée est de créer un véritable pont virtuel pour aider à la réinsertion des expatriés sur leur territoire.
Lors de l’atelier entrepreneuriat et investissement, Mounir Ferram, enseignant au Centre national des arts et métiers de Paris (CNAM), a présenté pour un accord gagnant/gagnant, la mise en place une formule d’accompagnement gérée par des « centres d’incubation » pour une gestion plus rapide et efficace.
Des levées de fonds seraient également mises en place afin de structurer les projets à terme
L’idée de commissions fonctionnant par réseaux a été avancée afin d’accompagner les MRE intéressés par la perspective de retour. Adopter une vision nouvelle pour ancrer les investisseurs potentiels. « J’ai conscience que vous attendez des réponses concrètes de professionnels » répond Hamid Ben Elafdil, directeur du CRI de Casablanca, aux MRE dubitatifs.
Le ministre du développement social, Abderrahim Harouchi, a présenté le travail des acteurs du développement territorial local, les besoins en ingénierie et le tissu associatif émergent, points sur lesquels le Maroc est demandeur de compétences de ses compatriotes. La création d’une base de données des compétences MRE, répertoriées par secteurs d’activité, ne peut que se révéler bénéfique.
Réponses concrètes
Il ressort aussi de ces rencontres que le monde éducatif développe la culture scientifique et insiste sur l’enseignement des langues dès le secondaire. Renforcer le programme Innovact de partenariat avec les entreprises et les universités est également un cheval de bataille.
Nourredine Mouaddib, professeur à l’Ecole polytechnique de Nantes, rapporte que des mesures incitatives fiscales seraient mises en place pour que les MRE soutiennent et investissent dans la recherche et l’innovation. « Nous souhaitons participer à la réflexion pour l’instauration de telles mesures », ajoute-t-il.
Nouzha Chekrouni, la ministre des MRE, a insisté sur l’inscription à la plateforme. Consciente de la réticence des CMRE, Chekrouni a assuré les participants du caractère pérenne de l’entité Fincome.
En effet, les Marocains se souviennent de la participation du Maroc à de telles manifestations sans suite… » Fincome est plus qu’un projet. « C’est une organisation vivante », a souligné la ministre.
A un MRE qui demandait des garanties de réussite du projet, Chekrouni a insité sur la volonté des partenaires, leur engagement moral et les ressources humaines comme vraie richesse pour le pays.
Nombreuses réticences : Ça doit bien commencer
« Beaucoup de gens se plaignant, mais l’initiative doit bien commencer quelque part. Le portail Internet va former un réseau qui peut constituer un lobbying. Dans 5 ans, cela peut se concrétiser par des rencontres B to B »
Jamal, directeur d’agences de voyages aux Pays-Bas et PDG d’une société d’investissement
« Le modèle allemand du contrôle technique est très fiable. Aussi, ai-je préparé un modèle applicable au contexte marocain que j’ai adressé au ministère de l’Equipement. Aucune réponse. Je ne crois pas en une instance institutionnelle comme le Fincom. A l’étranger, les MRE évoluent dans une culture davantage dite du privé. Nous voulons des interlocuteurs professionnels et spécialisés »
Samir, expert dans le contrôle technique automobile à Düsseldorf
« La culture du pays est à prendre en compte. Fils de MRE, je suis pourtant rentré au Maroc comme intervenant à l’Université Al Akhawayn pendant 2 ans, mais je suis reparti à Munich. Pourquoi ? il faut se l’avouer, la mentalité et la culture d’entreprise marocaines ne sont pas au même niveau qu’en Europe. Ne serait-ce en ce qui concerne la ponctualité ! Comment voulez-vous faire des affaires quand cette confiance peine à s’installer… »
Hachim, ingénieur au groupe BMW à Münich
« La gestion du portail est floue. Trop de secteurs sont représentés. Je suis favorable à une différenciation et non à la dispersion des compétences. On parle de cellules de gestion (Anapec, CGEM ,…) qui assureront le matching entre offreurs et demandeurs. Mais selon quels critères ? Cela me semble utopique. Nombreuses tentatives semblables dans le passé ont montré la limite de tels projets. Selon moi, quand l’argent est en jeu, seules les rencontres face à face sont fructueuses et génératrices de liens. Au lieu de créer de nouveaux organismes, il faudrait donner plus de moyens aux chambre de commerce et d’Industrie ».
Hicham, jeune entrepreneur en France
« J’ai peur que cette base de données ne repère que les individus aux CV impressionnants . Les diplômes sont importants mais il faut souligner le savoir faire et l’expérience sur le terrain. Mon père est maçon en France depuis 10 ans, il a acquis de nouvelles techniques et veut les partager. Malheureusement, ses chances de retour paraissent minimes. Est-ce que ce portail va parier sur des professionnels de terrain ? J’en doute » Walid, lauréat de Challenger 2M.
L’Economiste - Sara Badi & Diane Daudin Clavaud