


« Contrairement aux autres, je n’ai pas bénéficié de l’état de grâce comme chaque Premier ministre. Les critiques ont démarré dès ma nomination. Mais cela a été stimulant ». C’est ainsi que Abbas El Fassi a commenté ses cents premiers jours à la tête de la Primature lors d’un dîner qu’il a offert à la presse mardi soir. A l’exception de quelques obligations de réserves avancées, particulièrement sur les conditions de formation du gouvernement, le Premier ministre a joué le jeu.
D’abord sur la moralisation de la vie publique, un sujet qui semble lui tenir à cœur. Pour lui, la bonne gouvernance et la réforme de l’administration supposent la lutte contre la corruption. Sur ce chapitre, des efforts ont été faits mais restent insuffisants. Pour avancer dans ce sens, il a annoncé la mise en place imminente de l’Agence nationale de lutte contre la corruption. Tout est prêt. Par contre, le Premier ministre reconnaît le retard enregistré dans le dossier de la déclaration du patrimoine. « En partie, à cause du Conseil constitutionnel qui a renvoyé au Parlement les cinq textes ». La Chambre des représentants les a adoptés. Reste uniquement la plénière de la Chambre des conseillers. Le Premier ministre hésite entre une session extraordinaire ou attendre l’ouverture de celle du printemps pour faire aboutir ces textes.
Au sujet de la déclaration du patrimoine des ministres, El Fassi a parlé de parallélisme des formes à observer, comme le lui a rappelé Abdessadek Rabiî (du SGG). Car, le statut des ministres est régi par dahir. « Le Souverain attend la promulgation des cinq textes avant de publier le dahir qui organise la déclaration de patrimoine des ministres ».
Autre sujet important pour El Fassi, le train de vie de l’Etat, jugé trop élevé. « Le Maroc ne peut pas supporter ce poids. La France a entrepris un audit pour repérer là où il est possible de réaliser des économies. Rabat doit suivre l’exemple », souligne-t-il. L’épisode, plutôt embarrassant pour le gouvernement, des agences de développement a également été au menu. « J’approuve le communiqué du cabinet royal qui a rendu justice aux agences qui opèrent dans un environnement horizontal qui implique tous les ministères. La réparation a été faite et j’ai signé un décret qui remet les choses en ordre », a précisé le Premier ministre. Il ajoute : « Je suis heureux que le cabinet ait réparé cette erreur. Je ne veux pas en dire plus ».
Sur le chapitre de la Caisse de compensation, Abbas El Fassi est déterminé à trouver des solutions marocaines. « Aujourd’hui, ce sont les riches qui profitent plus des subventions que les pauvres. Cela ne peut continuer. Le budget englouti dans la compensation représente 2/3 du budget d’investissement », note-t-il.
Une commission se penche sur cette question. En tout cas, dès le premier conseil d’administration de la Caisse, on a pris des décisions comme notamment instaurer l’externalisation des brigades de contrôle. Un appel à manifestation d’intérêt est en cours de préparation.
Sur les grands chantiers initiés par le gouvernement Jettou, El Fassi a rappelé le coup d’accélérateur donné au rythme de réalisation. Ainsi, pour l’habitat social, il compte construire 120.000 logements cette année pour atteindre 150.000 en 2012. Idem pour les autoroutes : 380 km par an contre 200 km actuellement. Toujours sur le chapitre des autoroutes, le Premier ministre a révélé que les études pour l’axe Fès-Nador ont démarré. Les études de faisabilité pour Casablanca-Béni Mellal sont en cours de réalisation. La politique des barrages sera également accélérée pour atteindre 10 ouvrages par an. Ce qui porte le nombre à 60 grands, moyens et barrages collinaires.
Il a également parlé d’autres faiblesses du gouvernement comme la justice. Sur ce registre, le gouvernement attend les grandes lignes de cette réforme promises lors de son discours devant la Cour suprême. D’autres secteurs ont besoin de plans stratégiques. D’ailleurs, cinq études, financées par le Fonds Hassan II pour le développement économique et social, vont dans ce sens. Elles concernent l’agriculture, l’enseignement, la formation professionnelle, l’eau et l’énergie. Quant à un éventuel remaniement, il n’est pas à l’ordre du jour. Rien ne le justifie puisque tous les ministres travaillent et préparent les réformes attendues par la population, a-t-il ajouté.
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L’Economiste - Mohamed Chaoui