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Des funérailles qui ont mis le feu à la famille Bergham

18 juin 2005 - Commentaires? - En discuter sur les forums?

Le repos éternel d’Amar Bergham ne sera pas troublé. Sa dépouille restera inhumée dans le carré musulman d’un cimetière lillois comme le voulait sa veuve. Il ne sera pas transféré dans la partie non confessionnelle du cimetière, après avoir été incinéré, comme le souhaitaient ses trois enfants nés d’un premier lit. Ainsi en a décidé hier la Cour de cassation, mettant un terme à cette affaire à rebondissements

Le 13 mai, Amar Bergham, 55 ans, meurt d’un cancer. Ses enfants décident de le faire incinérer. Selon eux, il s’agit d’un voeu de leur père qui aurait apostasié. L’islam interdit en effet la crémation. Mais sa veuve, Amina Ramdani, bien qu’en instance de divorce avec le défunt, s’y oppose. Saisi par les trois jeunes Bergham, le tribunal d’instance de Lille leur donne raison. La veuve dépose un pourvoi. C’est la cour d’appel de Paris qui l’examine. Amar Bergham n’ayant pas laissé de testament, chacune des deux parties s’affirme dépositaire des dernières volontés du défunt. Les enfants déclarent que leur père, « qui était athée, avait à plusieurs reprises (...) exprimé sa volonté de se faire incinérer et [qu’>il avait pris une concession dans un colombarium ». La veuve soutient que son mari, « de confession musulmane, n’a jamais répudié sa religion, même s’il n’était pas très pratiquant (...) et [qu’>il n’a jamais souhaité être incinéré ». Ce dernier point est confirmé par la maîtresse du défunt, selon laquelle Amar Bergham aurait déclaré, la veille de sa mort, vouloir être enterré.

La cour d’appel de Paris tente alors de déterminer s’il doit être considéré comme musulman. Ce qui interdit de facto l’incinération. A cette question, le tribunal répond oui. Arguant que les enfants n’ont pas apporté « la preuve d’un acte d’apostasie » et que leur père « était de tradition musulmane », « avait vécu huit ans en Algérie pendant son premier mariage » où sont nés « deux de ses enfants, l’aîné étant né au Maroc », « a épousé en 2004 une musulmane », les magistrats ordonnent qu’Amar Bergham soit inhumé. Le 7 juin, Amina Ramdani offre à son mari des obsèques musulmanes.

Entre-temps, les enfants ont déposé un pourvoi devant la Cour de cassation. Leur angle d’attaque : « Personne n’a dit que ces funérailles devaient être religieuses », a plaidé hier Me Marie-Claire Waquet. Selon elle, la cour d’appel n’a pas respecté la loi sur la liberté des funérailles qui prévoit qu’en l’absence de volonté clairement exprimée par le défunt on doit rechercher la personne de l’entourage le plus susceptible de la traduire : « Et est-ce que les personnes les plus qualifiées sur le point de savoir si M. Bergham voulait des obsèques laïques ou religieuses ne sont pas ses enfants ? » La Cour de cassation a jugé la volonté du défunt suffisamment claire.

Catherine COROLLER - Libération