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La souffrance d’un père

18 août 2005 - Commentaires? - En discuter sur les forums? La souffrance d'un père

L’histoire commence le jour où Nabil Lakhssassi rentre définitivement de France en 1998 en compagnie de son épouse et de Mehdi, leur enfant âgé de deux ans. Le couple découvre alors les deux belles-familles et aussitôt la mésentente s’installe.

L’épouse ne s’entend pas très bien avec son beau-père et Nabil Lakhssasi ne porte pas sa belle-maman dans son cœur. Mais la tension finit par retomber lorsque Nabil Lakhssassi repart à Toulouse pour une spécialité dans le domaine de la chirurgie dentaire. Quelques mois plus tard, il apprend que son père est atteint d’une leucémie et il le fait venir en France pour qu’il y soit soigné.

« Mon père était mourant, se souvient Nabil Lakhssassi. L’une de ses dernière volontés était de voir son petit-fils Mehdi, et je suis rentré au Maroc pour aller le chercher ». Une fois sur place, la maman refuse de laisser partir Mehdi voir une dernière fois son grand-père et le médecin retourne en France. « C’est à ce moment-là que j’ai pris la décision de divorcer », dira-t-il. Une décision qui va se renforcer lorsque le grand-père décède sans avoir dit adieu à l’enfant.

Un divorce chaotique

La procédure du divorce prend presque six mois. Mehdi est au centre de l’affaire et il s’agit de trouver un terrain d’entente sur la garde de l’enfant, les droits de visite et l’école dans laquelle il devra être inscrit. Finalement, un compromis est trouvé : La maman garde l’enfant, alors âgé de 5 ans, jusqu’en 2005. Il sera ensuite confié au papa jusqu’à l’âge de 12 ans, âge auquel il décidera de lui-même chez qui il choisira d’habiter, son père ou sa mère. Entre-temps, et toujours sur le contrat de divorce, Nabil Lakhssassi a le droit de garder Mehdi du vendredi à 17h00 au dimanche soir. Il a également le droit de le garder un mois pendant l’été et lors d’une des deux fêtes religieuses, à savoir l’Aïd el Kébir ou Aïd al Fitr.

Le divorce est finalement prononcé, mais les choses ne se passent pas comme prévu. « Pendant deux mois, tout le monde a respecté le contrat. Je voyais mon fils, je l’appelais tous les jours, j’allais le chercher à l’école et puis soudain, plus rien. Personne ne répondait plus au téléphone et je ne pouvais plus aller le chercher à l’école puisque sa famille maternelle l’avait inscrit dans un autre établissement sans me le dire ». Au bout de quelques semaines, sans nouvelles de son fils, Nabil Lakhssassi décide de porter plainte. « Aujourd’hui, j’en suis à 15. Elles sont soit refusées, soit rejetées pour incompétence. J’ai un jugement qui me permet de voir mon fils, mais il n’est pas appliqué ». Ce jugement sera cassé en septembre 2004, date à laquelle l’ex-épouse de Nabil Lakhssassi dépose plainte en se basant sur le nouveau code de la famille. « Dans sa plainte », dit Lakhssassi « elle prétend que le contrat de divorce a été signé sous la contrainte ».

L’ex-épouse présente également deux certificats médicaux datant du 2 et 3 octobre 2000 qui révèlent des agressions avec un traumatisme crânien, un traumatisme des vertèbres lombaires, un traumatisme du genou etc. « Des certificats qui apparaissent près de cinq ans après le divorce », s’étonne le médecin, « et aussi 22 témoins qui surgissent de nulle part et qui disent qu’ils ont entendu dire que je violentais mon ex-femme quand nous vivions ensemble ».

Toujours est-il que le jugement tombe le 3 mars 2005, soit quatre mois avant que la garde de Mehdi ne soit confiée à son père, selon les termes du contrat établi cinq ans plus tôt. La sanction est très dure : plus le droit de garder son enfant, plus le droit de l’accueillir un mois pendant les vacances d’été et plus le droit de le prendre les week-ends. Par contre, le père peut jouir du droit de visite tous les dimanches de 10h00 à 18h00. « De toute façon ce n’était pas mieux avant. Je suis peut-être le seul papa au monde qui s’est présenté cinq fois devant l’école de son fils un vendredi à 17h00, accompagné d’un huissier qui, à chaque fois, a constaté le refus de confier l’enfant, et ceci, sans que la justice ne lève le petit doigt ».

Nabil Lakhssassi n’a plus vu Mehdi depuis 7 mois. Il garde foi en la justice, mais une nouvelle angoisse s’est imposée à lui : « La mère de Mehdi est en train de préparer un dossier pour émigrer au Canada. Si elle part, je ne pourrai plus jamais revoir mon fils ».

Jointe par téléphone, la maman de Mehdi s’est refusée à tout commentaire.

Yassine Zizi - Le Journal hebdo