Le marié se présente comme une correspondance, un recueil de lettres qu’un jeune homme écrit régulièrement à sa mère. Pourtant dès le départ, l’auteur comme le lecteur savent qu’il s’agit là d’une correspondance singulière, condamnée à demeurer à sens unique. Aucune lettre ne sera jamais envoyée, ni aucune réponse reçue. Car ce jeune homme est emprisonné dans les geôles marocaines qui interdisent toute communication avec l’extérieur.
"Le marié" (ainsi surnommé parce que son arrestation s’est déroulée lors d’une cérémonie de mariage) est un Candide aux prises avec l’injustice d’un régime tortionnaire auquel il tente désespérément de donner un sens. En parfait naïf, il cherche à justifier avec une innocence désarmante la violence et l’horreur que ses bourreaux déchaînent sur lui. Pris de maux de dents suite à une raclée reçue le matin même, il écrit à sa mère : "...cela n’a aucune importance, ne cessais-je de me dire. T’es encore jeune ; à vingt-deux ans, tu as devant toi largement le temps de te faire placer tout un nouveau dentier s’il le faut. Laisse-les donc te les casser, ces dents, puisque tu pourras t’en offrir plus tard autant que tu voudras."