

Bien que le Maroc ait souvent fait appel aux diplomés des hautes écoles et universités occidentales et aujourd’hui plus que jamais, puisqu’ils constituent la majorité de l’équipe gouvernementale, il lui a fallu beaucoup de temps pour réaliser l’importance de sa communauté installée à l’étranger.
Dans l’esprit du marocain de « l’intérieur », cette communauté est considérée uniquement en tant que source de devises étrangères et aucune valeur intrinsèque ne lui était reconnue. Au niveau administratif, des mentalités figées continuent de consacrer dans les faits l’insignifiance de « l’immigré » empêchant par là toute perspective de changement.
L’image récurrente de l’ouvrier analphabète envenime encore les rapports entre les citoyens et l’administration marocaine. Avec la chute des cours du phosphate et ses dérivés sur le marché international et la flambée des prix du pétrole, les virements des MRE, dans l’absence de croissance notable, deviennent alors la source la plus sûre pour renflouer le budget de l’Etat et une manne financière, en devises fortes, pour équilibrer la balance commerciale déficitaire à cause de l’accroissement des importations et la régression des exportations. Ni leur intégration dans les sociétés des pays d’accueil, ni le renouvellement de leurs élites n’a pu venir à bout des idées périmées qu’on se faisait autrefois du travailleur émigré. Ce mineur éternel, apolitique et sans aspiration aucune ; à peine on lui concède, avec réticence, des facilités administratives en ne lui reconnaissant que le seul droit de bénéficier de vacances plus ou moins tranquilles dans son pays d’origine.
Réhabilitation
Le réveil de cette communauté a, certes, été plus lent à se réaliser mais néanmoins, elle ne le doit à personne, même pas à certains prétendus représentants. Dans ce sens, les décisions royales relatives au droit de vote et d’éligibilité ont été décisives pour mettre fin à cette longue marginalisation en comblant leurs aspirations politiques, couronnant ainsi les efforts consentis pour le développement de leur pays d’origine et leur rôle prépondérant dans la défense de notre intégrité territoriale et autres intérêts nationaux dans les pays d’accueil. La première étape de la réhabilitation politique des citoyens marocains établis à l’étranger vient d’être franchie et la consolidation du processus d’intégration multidimentionnelle est tributaire de la capacité de l’administration marocaine à s’adapter à la nouvelle réalité tant au Maroc où elle est devenue un acteur économique incontournable que dans les pays d’accueil où elle constitue depuis longtemps une réelle minorité politique.
La volonté des membres de la communauté marocaine de participer pleinement à l’Initiative nationale pour le développement humain n’est plus à démontrer quoiqu’ils pâtissent, sur place, de l’absence d’interlocuteur efficace capable de leur fournir les informations préalables à toute prise de décision. Malgré le discours officiel sur l’encouragement des investissements étrangers, la réalité n’est guère enviable pour cette catégorie d’investisseurs marocains à capitaux extérieurs. Le rapatriement des fortunes personnelles et la réinstallation dans le pays s’apparentent souvent au parcours du combattant et ceux qui réussissent leurs entreprises font figure d’exception. Dans les petites villes et les communes rurales, les blocages administratifs et autres mésaventures sont le lot commun de nombreux citoyens marocains de l’étranger qui se nourrissaient de bonnes intentions.
Des investisseurs en puissance
En général, étant Marocains, ils ne peuvent prétendre aux avantages fiscaux et facilités administratives au même titre que les investisseurs étrangers qui s’installent au Maroc. Ces derniers sont de loin plus favorisés et par les décideurs locaux pour l’installation et par le législateur dans le domaine de la fiscalité qui nécessite une adaptation qui prendrait compte des intérêts de cette catégorie d’investisseurs. Il est vrai que le secteur est rigoureusement réglementé et l’administration fiscale et l’Office des changes ne peuvent se permettre la moindre dérive. Toutefois, cela pourrait trouver une solution dans le cadre d’une étroite collaboration entre l’administration marocaine à l’étranger, dotée de compétences spécifiques, et les différentes autorités et services départementaux pour, à la fois, rendre plus accessibles les projets d’investissement dans les pays d’accueil et s’assurer du respect des dispositions prises en la matière.
La situation actuelle interpelle sérieusement l’administration marocaine, d’autant plus que ces investisseurs, à l’instar des étrangers, apportent, en plus des capitaux, leurs expériences pour en faire profiter leur pays et participer à son développement. Il n’y a plus de raison aujourd’hui, mondialisation oblige, de maintenir les disparités dans le traitement des projets dont le financement provient de l’étranger. Dans le cadre de la communauté marocaine, l’administration ne doit plus se contenter d’attendre venir l’investisseur pour orienter sa décision, elle doit aller le chercher dans le pays d’accueil et proposer l’accompagnement de projets bien définis dans l’objectif d’optimiser la contribution des membres de cette communauté au projet de toute une société qui est l’Initiative nationale pour le développement humain.
Jamal Hadhad Abdennaceur - La Vérité