Mohammed Mraizika : Chercheur en Sciences Sociales et en droit International Humanitaire. Président d’almohagir

Chapeau bas Messieurs les dirigeants des partis politiques.
Vous n’arrêtez pas de nous étonner et de nous surprendre, modestes MRE que nous sommes.
Votre prolifération mimétique, votre extraordinaire capacité d’occuper le débat et l’espace politiques qui défient le temps et les échéances, nous impressionnent. Elles relèvent tout simplement du coup de génie plus que du coup de force.
Tout cela nous l’avons compris et assimilé depuis fort longtemps. Tout cela notre pays l’a presque considéré comme une fatalité. Sans doute parce que nous caressions tous l’espoir qu’un jour toutes ces tares et ses mœurs allaient disparaître et qu’aux années de vaches maigres politiques succèdera l’abondance démocratique.
C’est vrai nous sommes envieux et jaloux, MRE que nous sommes souvent par la force des choses, de voir avec quel rythme et force les formations politiques des pays qui nous accueillent agissent et se développent. Nous sommes admiratifs de leurs aptitudes et capacités à s’adapter, à se moderniser, à innover, à intégrer et à s’ouvrir sur leur environnement politique et social.
Les plus décidés ou les plus hardés d’entre nous ont déjà franchi le pas pour rejoindre leurs rangs. Ils ont appris à leurs contacts certaines ficelles du métier et surtout la pratique de la citoyenneté et de la participation politique.
Les plus compétents d’entre eux démontrent aujourd’hui qu’ils ne sont plus de simples « beurs de service » mais bel et bien des acteurs politiques et des citoyens à part entière, capables de supporter la comparaison.
Comble du paradoxe, ces formations politiques qui nous reprochent et reprochent à nos jeunes, surtout en périodes électorales, extrême droite oblige, tant et tant de choses (violences urbaines, montée de tous les maux de la société, fanatisme religieux) n’hésitent plus à venir chercher des voix dans nos rangs. Le fait le plus surprenant c’est de voir ces mêmes formations venir recruter jusqu’à dans nos mosquées avec la bénédiction de nos imams.
Pendant ce temps, nos partis nationaux qui prolifèrent, se multiplient et s’observent en chien de faïence, préfèrent nous garder à bonne distance. Certes, ils font de temps en temps de légères incursions, médiatisées dans les pays d’accueil pour se rappeler à notre bon souvenir. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps.
Et puis vint le discours de SM du 6 novembre 2005 pour rétablir nos droits, pour nous redonner de l’espoir et de la considération en nous accordant la possibilité de prendre en main notre propre destin politique. Le droit de vote et d’éligibilité sont devenus des mots magiques à nos oreilles.
Beaucoup d’entre vous ont été surpris par cette initiative Royale qui constitue une donne politique nouvelle et originale. Mais, vous avez pris le train en marche, vos bâtons de pèlerins en main et vous êtes venus à notre rencontre. Rappelez-vous : Paris (Montreuil et Saint Ouen), Bruxelles, Anvers ou Turin, c’est le même rituel. De longs et émouvants discours sur nos droits, sur nos condition de vie culturelle et cultuelle, sur les discriminations qui touchent nos enfants et rendent leur avenir et le notre incertains.
Vos tournées dans les pays qui nous accueillent et vos rencontres avec certains membres de la communauté MRE, souvent soigneusement triés, n’ont pas été vaines. Certaines réunions ont été même l’occasion d’échanges francs et de débats ouverts et de qualité.
Vous nous avez donné à cette occasion l’impression de comprendre nos doléances, de saisir les raisons de notre joie et de notre attachement aux réformes annoncées dans le discours de SM le Roi le 6 novembre 2005.
Vous n’avez pas taré d’éloges sur nos capacités de représenter convenablement notre pays à l’étranger, de défendre son image et ses causes supérieures et de dynamiser son économie. Vous nous avez même prodigué des conseils sur la meilleure manière de préserver les acquis du 6 novembre 2005. Vos promesses n’ont ont rassuré et nous ont donné confiance et espoir. Tout entre nous semblait aller dans le meilleur des mondes possibles.
Il faut reconnaître que vous n’êtes pas aller avec le dos de la cuillère. Vous avec accepté toutes nos propositions même les plus ambitieuses et les plus téméraires (représentation proportionnelle= 25 à 30 députés, constitution d’un groupe parlementaire MRE, création d’un Conseil...)
Plus que cela, vous avez eu la galanterie d’ouvrir les portes de vos partis à des responsables associatifs qui n’attendaient que cela et qui brûlaient d’envi d’en découdre en 2007. Ils se voyaient déjà députés ou Conseillers grâce à votre soutien. Ceux d’entre eux qui ont cédé à vos appels du pied sont devenus vos correspondants pour ne pas dire votre « cheval de Troie » au sein même de nos associations.
Tout cela nous l’avons subi sans réagir, constaté et observé mais, candides que nous sommes, nous ne l’avons pas suffisamment dénoncé. Ce qui comptait pour nous, conciliants MRE que nous sommes, c’est de voir enfin le contact s’établir entre vous et nous et de penser qu’enfin nos véritables problèmes vont vous intéresser et qu’ils seront de ce fait inscrits dans vos programmes politiques en grosses lettres.
Mais, mal nous a pris !!!!!
La décision du 16 juin est venue nous rappeler la dure réalité. Après cet orage qui a balayé nos droits de vote et d’éligibilité tout est redevenu clair dans nos esprits. Notre réveil fut brutal et douloureux. Votre silence fut total et inexplicable. La plupart de ceux d’entre vous qui nous ont rendu visite hier, que nous avons reçus avec courtoisie et convenance, nous ont faussé compagnie en pleine tempête.
Pourquoi ce virement brutal ? Qu’avez-vous découvert de si étrange dans nos rangs ou dans nos meurs ? Est-ce que ce sont nos faiblesses qui vous inquiètent ? Ou bien ce sont nos forces qui font peur ?
Que s’est-il vraiment passé entre le moment où vous parcouriez l’Europe pour nous séduire et nous assurer de votre soutien et le 16 juin au moment où tout a basculé dans le déni de droit ?
On nous objecte aujourd’hui pour réduire à néant nos droits politiques et électoraux des problèmes logistiques et techniques. On nous jette à la figure nos divisions et l’état de notre tissu et encadrement associatifs. On nous dit : vous êtes pluriel, divers, éparpillé à travers le monde, donc, vous ne pouvez pas participer aux échéances de 2007 car vous risquiez d’être mal représentés.
Est-ce que ce constat sévère et le résultat de vos propres conclusions et le fruit d’un diagnostic objectif et désintéressé fait par vos experts ?
Allons donc, Messieurs les dirigeants de partis,
Aujourd’hui, nous aimerions comprendre pour « rendre à César ce qui lui appartient ». Nous voudrions savoir pourquoi le 6 novembre nous avons accompli « un grand pas en avant » et le 16 juin 2006 revenir « deux décennies en arrière » à la triste expérience de 1984-92, à l’indécision et aux manœuvres dilatoires ?
Les MRE que nous sommes sont conciliants et magnanimes. Revenez nous voir pour nous expliquer de vive voix vos positions et les raisons qui vous ont poussé à accepter ou à suggérer l’annulation de notre participation aux élections de 2007.
Invitons nous, nous viendrons à votre rencontre pour vous présenter nos doléances et vous dire combien nous sommes attachés à notre droit de vote et d’éligibilité et combien nous sommes surpris par votre attitude ?
Aujourd’hui, nous ne cherchons ni des excuses ni des confrontations. Nous aimerions juste comprendre, vous comprendre.
Soyez en sûr, la décision du 16 juin n’a pas inhibé notre volonté d’aller de l’avant. Nous avons le droit et la morale de notre côté. Vouloir exercer le droit de vote pour accomplir nos devoirs de citoyens n’est que la preuve du degré de notre maturité politique. Elle est le signe le plus probant de notre attachement à la réussite du processus politique en marche dans notre pays.
Ce pays, le Maroc, nous l’aimons, nous le voulons grand et prospère. Nous le voulons juste et démocratique.
Alors, Messieurs les dirigeants politiques, notre pays a besoin aujourd’hui de vous, de nous et de tous ses citoyens pour accomplir ses révolutions : démocratisation de nos institutions, développement économie et humain, justice sociale, équité et conciliation, citoyenneté et liberté d’expression.
Nous refuser cet honneur, nous écarter de ce processus c’est plus que commettre un déni de droit à notre égard. C’est nous refuser un avenir commun c’est aller à contre courant de l’histoire, c’est ne rien comprendre .....
Je vous salue tout bas tout en vous parlant tout haut.
Mohammed Mraizika