
Depuis 1989, une association basée à Dechy, dans le Douaisis, défend les droits des anciens mineurs marocains. L’un de ses combats concerne le rachat des avantages en nature, une disposition héritée du statut du mineur... mais dont sont exclus les travailleurs originaires du Maghreb. Une audience de conciliation a eu lieu cette semaine au conseil des prud’hommes de Douai.
Lorsqu’ils évoquent les Houillères, les anciens mineurs parlent souvent d’un État dans l’État. Pas faux. Ses réglementations sont si complexes qu’à côté, la lecture du Code civil est une partie de plaisir. Plus gênant : les règles de Charbonnages de France ne sont pas toujours justes à l’égard de certaines catégories de mineurs.
Un exemple. Au moment de la fermeture des mines, dans le cadre des plans sociaux, Charbonnages de France a accordé aux mineurs le droit de racheter leurs avantages en nature (lire l’éclairage ci-contre). « Ce droit, on l’a accordé aux mineurs français et européens, puis aux Polonais. Mais on a exclu les Maghrébins », raconte Abdellah Samate, président de l’Association des mineurs marocains et reconvertis du Nord - Pas-de-Calais (AMMN). Une association créée en 1989, dont le but est d’aider les anciens mineurs originaires du Maghreb à faire les démarches pour obtenir les mêmes droits que les autres gueules noires.
En mai dernier, l’association a obtenu une belle victoire : la Haute Autorité de lutte contre les discriminations (la HALDE) a considéré que les mineurs marocains devaient, au même titre que les Français et Européens, obtenir le droit de racheter leurs avantages en nature. Suite à cet avis, l’ANGDM (Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs) annonçait publiquement qu’elle allait faire cesser cette « discrimination ».
La conciliation échoue
« L’ANGDM avait un délai de deux mois pour l’appliquer, explique M. Samate. Le délai dépassé, nous avons décidé d’aller devant les prud’hommes de Douai. » Soutenus par l’AMMN, dix anciens mineurs marocains se sont rendus, jeudi, à une audience de conciliation. Là, ils ont exposé chacun leur tour leurs arguments et exigé qu’il y ait une parfaite égalité de droits entre tous les anciens mineurs. Las, la conciliation avec l’ANGDM a échoué. Il faudra attendre le 19 mars pour que la justice rende son jugement. Abdellah Samatte a-t-il bon espoir ? « Je vais vous dire, ce ne sont pas les euros qui comptent. Ce qu’on veut gagner surtout, c’est la dignité. » Il relève son bas de pantalon et montre une large cicatrice, sur son pied droit. Et il raconte ses cinq années passées « au fond ». L’accident du travail, la jambe perforée par l’explosion d’une machine. Son combat pour conserver son emploi et ne pas être reconduit au Maroc. Il dit aussi : « Il fallait qu’on travaille plus que les autochtones pour espérer être considérés comme leurs égaux. Et quand on sort de là, on n’a pas les mêmes droits ! Ça fait mal... Nos enfants savent tout ça. Qu’est-ce qu’ils vont penser de la France ? »
Source : La Voix du Nord - Anne Lise Teneul
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