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Anvers célèbre les plasticiens marocains

1er avril 2007 - 02h06
Anvers célèbre les plasticiens marocains

La ville d’Anvers fête les créateurs du Maroc. Dans le cadre du festival Moussem 2007, le musée d’art contemporain d’Anvers (MUHKA), une prestigieuse institution de renom, abrite jusqu’au 20 mai 2007 une importante exposition d’artistes plasticiens marocains.

Intitulée « Sans titre », cette exposition est très probablement l’une des plus importantes manifestations, dédiées à l’art contemporain au Maroc. Le commissariat de cette exposition a été confié à un plasticien belge, d’origine marocaine, Cherif Benhalima. En plus des noms que l’on cite d’emblée quand on parle d’art contemporain au Maroc, comme ceux de Hassan Darsi, Safaa Erruas, Younès Rahmoun et Hicham Benohoud, le commissaire a fait appel à deux photographes : Touhami Ennadre et Ali Chraïbi. Mais il a surtout permis la découverte de deux artistes marocains, Wafae Ahalouch El Keriasti et Abdelali Dahrouch, qui vivent respectivement aux Pays-Bas et aux Etats-Unis.

Ces deux artistes surprennent très agréablement l’oeil et l’esprit de tout amateur qui s’intéresse à la création plastique des Marocains. Wafae Ahalouch El Keriasti prouve que la peinture a encore de longues années devant elle. Elle pratique une figuration originale, fondée sur des tons quasi-monochromatiques et une transparence de la texture. Ses figures, presque évanescentes, ont de la présence. On entendra sans doute parler de cette peintre, née en 1978 à Tanger.

Abdelali Dahrouch a réalisé pour sa part une installation qui mêle sculpture et vidéo. Il a gravé par terre sur du plâtre sec un extrait du manifeste des Néo-conservateurs américains qui définissent les grandes lignes de leur politique étrangère : puissance militaire, guerre préventive, dissuasion par la force pour garder le leadership au monde. Sur un écran, qui domine ce texte, défilent des images de la première guerre du Golf. Abdelali Dahrouch, qui vit à Los Angeles, dénonce avec subtilité et sans gros sabots les travers de la politique étrangère américaine.

Younès Rahmoun a participé pour sa part avec une oeuvre intitulée « Subha ». Il s’agit d’une installation de 99 ampoules, enveloppées dans un linceul. Le nombre d’ampoules reproduit les 99 graines d’un chapelet. « Subha » est orienté vers La Mecque. L’artiste invite à un voyage spirituel. Safaa Erruas a réalisé trois oeuvres. Le visiteur sera particulièrement attentif à un assemblage d’oreillers, fendus par une fêlure au milieu. Safaa Erruas explique son intérêt pour cet objet par le fait que « toutes les sensations rejaillissent quand on met la tête sur un oreiller ».

Hicham Benohoud a, de son côté, surpris par tout le chemin qu’il a parcouru depuis ses photos intitulées salles de classe. Sa démarche, fondée sur la mise en scène, l’impose aujourd’hui parmi les plasticiens photographes les plus originaux au monde. Il construit un univers, troublant, inquiétant, mais très personnel.

Et last but not least, Hassan Darsi à qui les organisateurs ont réservé une salle à la taille de son prestige. Il participe avec deux oeuvres : la célèbre maquette qui a permis la réhabilitation du parc de l’Hermitage à Casablanca et la série de portraits de famille, où il fait poser dans un studio avec un décor kitsch des familles dont la pose solennelle rappelle les photos de nos parents et grands-parents.

Participent également à l’exposition deux artistes égyptiens de qualité : Amal Kenawy et Khaled Hafez. Interrogé sur la présence d’Egyptiens à une exposition d’artistes marocains, Bart De Baere, directeur du MUHKA, répond : « Nombre de pays européens auraient à apprendre de l’ouverture du Maroc sur le monde. Je voulais souligner cet aspect-là de la culture marocaine, en exposant deux artistes égyptiens ».

Il est difficile de parler de cette importante exposition et passer sous silence Mohamed Ikoubaân, directeur du festival Moussem 2007. C’est grâce à ses efforts que ce Moussem a pu s’imposer parmi les rendez-vous culturels importants d’Anvers. Certes, lors de la soirée du vernissage, le côté festif du Maroc était mis en évidence avec du thé et des cornes de gazelle. Mais l’exposition ne souffre d’aucun folklorisme. Quand on se hasarde sur une supposée indulgence qui pourrait porter une prestigieuse institution comme le MUHKA à exposer des Marocains, son directeur réplique : « Les oeuvres de quatre artistes ont été acquises par le Mukha. Elles rejoignent une collection internationale au même titre que les artistes qui la composent. » Il est vrai que seule la qualité d’une oeuvre peut conduire un musée à l’acheter.

Libération - Mohamed Bada



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