
Bigg était programmé pour être parmi les têtes d’affiche des concerts organisés dans le cadre du festival l’Boulevard. Mais, à la surprise générale, il a été déprogrammé à la dernière minute. Nabil Jebbari, manager de Bigg, crie au scandale et menace de recourir à la justice. Quant au rappeur lui-même, il ne décolère pas non plus.

Ils font un tabac aussi bien chez les exclus du derb populaire que dans la jeunesse dorée des quartiers chics. Si le rap et le hip-hop marocain apparaissent de plus en plus comme « la musique de la jeunesse », ce style a par contre d’immenses difficultés à convaincre des maisons de disques et des pouvoirs publics qui hésitent -et ce n’est pas un euphémisme- à cautionner ces expressions inédites de la musique.

Le rap est-il contestataire ? En paroles, peut-être. Mais, pas en affaires. Dopés par une avalanche de sponsors tels que Méditel, Maroc Telecom, entre autres, les rappeurs marocains se sont convertis à l’ultralibéralisme. Désormais, ils affichent sans complexe leur ambition : profiter au maximum du système. Revanche sociale d’ « ex-pauvres » ou arrogance de « nouveaux riches », la course aux royalties excite les jalousies dans l’entourage des artistes. Intimidations, coups de poing et rumeurs sont monnaie courante. Quand la culture violente de la rue se conjugue au cynisme d’un marché saturé, c’est toute la scène rap qui tangue.

Jetant aux orties l’arabe classique ou le français littéraire, la nouvelle vague musicale marocaine préfère le dialecte national, la darija, émaillée d’expressions empruntées à une multitude d’idiomes. "Nous sommes une société d’hypocrites. Pourquoi les mots vulgaires ne nous choquent qu’en darija et pas dans une autre langue ?", lance Bigg, rappeur star de la scène marocaine. Ainsi, Ahmed Benchemsi, directeur de l’hebdomadaire Nichane, est poursuivi par la justice pour avoir critiqué un discours du roi dans un éditorial rédigé en dialecte, idiome jugé vulgaire par les autorités.

Après une tournée au Maroc, le rappeur XXL prépare son second album, dont la sortie est prévue début 2008. Rencontre avec l’enfant terrible du rap marocain.

Enfin la jeunesse marocaine est en phase avec ce qui se passe dans le monde. On n’est plus dans un ghetto." Parole d’expert : la remarque vient de Réda Allali. L’homme n’est plus tout jeune (36 ans) mais il est aux premières loges pour observer la génération montante. Son groupe, Hoba Hoba Spirit, fait un tabac dans le royaume : plus de 40 000 spectateurs cet été à Casablanca, deux fois plus au festival d’Essaouira. "On est toujours surpris par le succès que l’on rencontre", dit Réda. Et pas seulement au Maroc. Depuis le printemps, Hoba Hoba Spirit - inutile de chercher une signification au nom du groupe, il n’y en a pas - a sillonné l’Espagne, la Suisse, la Tunisie, la France, l’Algérie.

Comment s’habillent nos stars de la musique urbaine ? Le look compte beaucoup pour certains, comme Bigg, mais pas pour d’autres, comme le groupe H-Kayne. Petites confidences.

Les opérateurs télécoms déroulent le tapis rouge à la nouvelle scène pour s’ouvrir le marché des jeunes. Un choix marketing qui bouleverse le modèle économique d’un milieu qui se bat pour vivre de son art.