Comment Madrid tente de faire face à une immigration qui la dépasse Comment Madrid tente de faire face à une immigration qui la dépasse

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Comment Madrid tente de faire face à une immigration qui la dépasse

30 mai 2002 Comment Madrid tente de faire face à une immigration qui la dépasse

Débordement. L’Espagne peine à faire face à son immigration. Plus particulièrement aux multiples et incessants flux migratoires qui en ont fait une nouvelle terre d’accueil de l’immigration. Flux que les responsables espagnols de tous bords avouent n’avoir pas pu voir venir. En avoir été pris de court.

Et de ce fait, s’il est un domaine en Espagne, qui ne fait pas l’objet d’une politique cohérente et aux contours bien définis, c’est celui de l’immigration. Ce qui continue d’y faire office de politique dans ce domaine souffre d’une improvisation frappante. Improvisation qui est à l’image des flux migratoires qui se dirigent vers ce pays, de la rive sud de la Méditérrannée mais aussi des pays de l’Europe de l’Est et d’Amérique latine, à savoir désordonnés et incontrôlés.
Suite de la première

De très nombreux responsables espagnols, pour ne pas dire la totalité, qu’il nous a été donné de rencontrer lors d’une tournée à travers l’Andalousie, organisée du 19 au 26 courant à l’initiative de l’Association de coopération et de développement avec le Nord d’Afrique -CODENAF- admettent le constat selon lequel leur pays ne peut encore pas prétendre disposer d’une politique relative à l’immigration.
Tout ce qu’il aura eu jusqu’à présent comme politique dans ce domaine, ce sont des mesurettes, nous a confié Pedro Moya Milanès, directeur général chargé de la coordination des politiques migratoires auprès de l’autonomie d’Andalousie. Il considère que l’Espagne doit s’inspirer des différentes politiques d’immigration en vigueur dans les autres pays pour élaborer son propre modèle.
Tout en indiquant que l’élaboration d’une politique dans un domaine tel que celui qui nous intéresse doit s’inscrire dans le long terme et que son pays découvre seulement sa nouvelle réalité de pays d’immigration. Celui-ci n’en est pas moins critique envers le gouvernement central de Madrid. Il lui reproche une certaine lenteur dans l’organisation des flux migratoires à destination de l’Espagne. Organisation qui, selon lui, devrait passer par la conclusion d’accords avec les pays émetteurs d’immigrés.
Le Président du parlement d’Andalousie, Javier Torès, abonde pratiquement dans ce sens en expliquant l’absence d’une politique cohérente en la matière par le fait que l’Espagne a été prise de court par le phénomène de l’immigration. A aucun moment nous n’avions prévu un phénomène d’immigration d’une telle ampleur. Par conséquent, poursuit-il, il nous été difficile de suivre la cadence à laquelle il allait s’accéler au cours des vingt dernières années. Notre capacité d’assimilation des flux migratoires qui optent pour notre pays a fini par être débordée. Et dans pareilles situations, le sentiment de peur commence à s’installer parmi les populations des pays d’accueil de l’immigration.
Pour leur part, les immigrés qui viennent en Espagne de manière illégale entrent dans une spirale de marginalité et de grande misère, avec tous les risques que cela peut générer.
Malédiction. Cette absence de politique d’immigration, Manuel Pastrana Casado, le secrétaire général de l’ Union générale des travailleurs d’Andalousie (UGT), l’explique par le fait que l’immigration est perçue par le gouvernement espagnol comme étant "une malédiction qui lui serait tombée sur la tête", d’où, indique-t-il, son attitude absolument négative envers les immigrés.
A partir de cette idée qu’il se fait de l’immigration, la démarche du gouvernement espagnol consiste à seulement adopter des mesures conjoncturelles destinées à étouffer les problèmes qui se posent sans leur apporter des solutions, poursuit ce responsable syndical.
Et d’ajouter que le gouvernement de son pays semble ne pas comprendre que face à une nécessité économique et du progrès, la politique ne peut pas être faite seulement de normes, de police et de blindage des frontières.
Selon lui, il n’existe pas chez le gouvernement de Madrid une réelle volonté politique d’aborder le thème de l’immigration ni de lui apporter les réponses nécessaires.
Mostafa Karkri, l’un des membres du bureau exécutif de l’association Codenaf, citée plus haut, considère qu’on ne peut encore pas parler de politique espagnole relative à l’immigration tant que les éléments juridique, social et économique ne sont pas réunis. Il en donne pour preuve, les modifications successives dont fait l’objet la législation espagnole relative aux étrangers, "La ley des extranjeria".
Pour ce qui est du volet social, celui-ci évoque le sort qu’aura connu le plan d’intégration des immigrés, Greco, du nom d’un immigré, à savoir son inapplication pour défaut de contrepartie financière.
Sur le plan politique, cette fois-ci, notre interlocuteur rappelle les trois niveaux de l’exécutif qui existent en Espagne : le Gouvernement central, les gouvernements régionaux et enfin les locaux. D‘après lui, l’atomisation des prérogatives entre ces différentes "sphères" de l’exécutif n’est pas de nature à favoriser une mise en œuvre efficace d’une éventuelle politique d’immigration.
A ces facteurs de blocage d’ordre constitutionnel, Mostafa karkri ajoute, joignant en cela nombre de nos interlocuteurs, l’absence, chez le gouvernement central, d’une volonté politique pour se doter d’une stratégie en matière d’immigration.
Oui à l’ immigration, mais organisée. Autant les responsables que nous avons rencontrés à travers le territoire de l’autonomie d’Andalousie sont unanimes quant au constat qui vient de précéder, autant ils le sont en ce qui concerne l’incompréhension du phénomène de l’immigration clandestine et par conséquent, sur la nécessité de son organisation.
A commencer par le secrétaire général du syndicat UGT pour qui, l’immigration devrait impérativement être régularisée et ce, aussi bien dans les pays émetteurs que d’accueil. Une immigration incontrôlée, à savoir illégale, ne fait que générer des problèmes, le plus souvent graves.
Même son de cloche de la part du président du parlement andalou qui considère que l’immigration illégale se retourne contre les immigrés eux-mêmes. Pour lui, l’immigration doit être régie par des accords de coopération entre Etats et ce, pour assurer aux candidats à l’immigration des conditions de séjour et de travail dignes de l’être humain. Ce qui est loin d’être le cas des illégaux qui, dit-il, font l’objet d’une abjecte exploitation.
Idem pour le chargé de la coordination des politiques migratoires auprès du gouvernement autonome d’Andalousie, cité en référence, qui estime que les flux d’immigration clandestine ne peuvent être stoppés que par le moyen d’accords qui pourront être conclus entre les pays intéressés. Ceci, dit-il, est le seul moyen de mettre fin à une situation chaotique à bien des égards.

Source : liberation



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