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Plongée au cœur de la police

10 décembre 2007 - 22h19
Plongée au cœur de la police

Pour être efficace, la police doit inspirer confiance aux citoyens. Ceux qui privilégient l’approche strictement policière estiment au contraire que l’essentiel du travail policier consiste à traquer les criminels. Plongée dans le monde méconnu de la police.

Les claviers pianotent, les téléphones sonnent sans arrêt. Cette atmosphère de ruche est accentuée par le va-et-vient des personnes. Les bureaux sont modernes, le matériel dernier cri. Comme dans n’importe quelle entreprise. Pourtant, on est bien dans l’état-major de la police. La DGSN fonctionne comme toute direction avec des départements aux missions bien définies.

Objet de tous les fantasmes, la direction des Renseignements Généraux se focalise sur l’analyse des informations à caractère politique, économique et social qui remonte du terrain. « Elle joue en quelque sorte le rôle de la météo de la société » rappelle un professionnel.
A côté de cette activité spécifique, cette direction gère également certains aspects à caractère réglementaire (régime des étrangers au Maroc, lieux publics, contrôle des frontières, débits de boissons, armes et explosifs, jeux…).

Quant à la Direction de la Police Judiciaire, c’est le bras armé de la police, puisque c’est là où se joue le tout répressif contre la criminalité sous toutes ses formes. Pour ce qui est de la Direction de la Sécurité Publique, sa mission première est le maintien de l’ordre, la gestion des voyages officiels et la régulation de la circulation. Tout ce beau monde travaille sous le regard attentif de l’Inspection Générale qui représente l’organe de contrôle et d’inspection de l’ensemble des services de police aussi bien au niveau central qu’à l’échelon des commandements extérieurs. Ce département veille au respect de la déontologie de la profession, à l’application des circulaires directoriales et au bon fonctionnement des différentes entités de la police.

Tous ces départements sont mobilisés avec plus ou moins de bonheur pour traquer le crime sous toutes ses formes. Une criminalité qui serait en hausse, si l’on en croit les médias toutes tendances confondues et les échos de la rue.

Y a-t-il vraiment une « montée de la criminalité » comme cela apparaît clairement dans les colonnes des journaux et sur les JT de la télévision ?? La réalité semble plus nuancée. En fait, cela dépend des types d’infractions et de plus, l’évolution n’est pas la même en ce qui concerne toutes les régions. Ainsi, la hausse a concerné, au cours des 10 premiers mois de l’année courante, les atteintes aux personnes avec un pic de 2,76% (tentatives d’homicides volontaires, homicides involontaires dont les accidents de circulation, coups et blessures légers), les atteintes aux biens avec +5,76% (cambriolages, vols à l’arraché, vols à la tire, vols de voitures), atteintes aux mœurs et à la famille avec +16% (viols, attentats à la pudeur, relations sexuelles hors mariage), trafic et consommation des drogues avec +25,63%, infractions économiques et financières avec +16,89% (émission de chèques sans provisions, abus de confiance, abus de biens sociaux). Par contre, d’autres infractions ont enregistré une légère régression tels que les homicides volontaires avec -2.54%, les coups et blessures ayant entraîné la mort avec -3.72%, les coups et blessures volontaires avec -16.51%, la non-assistance à personnes en danger avec -88.57% et enfin la migration clandestine avec -66.50%.

« Il faut rappeler que cette hausse marquant ces types d’infractions n’a concerné que neuf Préfectures de police sur les 18 Préfectures et Sûretés de Police implantées à travers le territoire national », précise le préfet Omar Choukri. Comme il n’est pas vraiment raisonnable de mettre la hausse de la délinquance sur les épaules des seuls policiers, on sait qu’il existe une multitude de facteurs favorisant la délinquance, à commencer par les fameux critères socio-économiques bien connus.

Criminalité en hausse

Pour ce qui est des véritables causes de la poussée de certaines formes de délinquance, selon les policiers eux-mêmes, elles peuvent être attribuées à des paramètres divers tels que les facteurs socio-économiques (échec scolaire, précarité, éclatement familial, chômage structurel etc…).

Pour ce qui est du crime organisé, face à la répression, on a noté des changements d’itinéraires des narcotrafiquants (de drogues dures, cocaïne et héroïne notamment) suite au verrouillage des « pistes » traditionnelles empruntées auparavant.

Il faut aussi reconnaître que la criminalité semble exploser parce qu’on en parle plus facilement et qu’il y a plus d’initiatives chez les citoyens qui n’hésitent plus à signaler davantage leurs doléances en terme de sécurité (ou d’insécurité). Sans oublier l’élargissement des libertés engendrant une augmentation de l’exigence sécuritaire chez les citoyens qui réclament « un confort sécuritaire supplémentaire ».

Quelle est la demande aujourd’hui en matière de sécurité ? Il est avéré que la demande en police de proximité est forte. À l’époque du général Laânigri, la création des GUS avait été accueillie avec grand enthousiasme par la population. Quelques années plus tard, l’expérience n’a pas abouti. Il a fallu remiser les GUS dans leurs postes de proximité. Pourtant, si la police de proximité n’a pas d’influence miraculeuse sur les chiffres de la délinquance, elle est en revanche efficace pour rassurer le citoyen. Elle constitue l’outil idéal pour produire de la confiance et limiter les violences urbaines parce qu’elle permet de désamorcer l’escalade dans nombre de situations explosives. Des unités d’intervention viennent d’ailleurs d’être créées par Charki Draïss, le patron de la DGSN. Ces unités de lutte contre les vols à l’arraché et les agressions sur la voie publique à Casablanca ont été baptisées par le petit peuple « les faucons ». Ces policiers en civil dotés de vélomoteurs sillonnent toutes les artères de la ville et n’hésitent pas à plonger dans les ruelles des quartiers chauds, à la recherche du moindre signe de violence...

Police de proximité

Tous les acteurs impliqués dans la sécurité le reconnaissent : si la demande en police de proximité est très forte, elle implique que la DGSN y affecte des effectifs qui soient particulièrement motivés. Or, cette motivation semble souvent bien tiède dans les rangs des forces de l’ordre. Ce qui est traditionnellement valorisant dans la police, c’est de lutter contre le grand banditisme. Patrouiller à pied dans les quartiers défavorisés ou de résoudre les petits crimes n’est pas très motivant.
De plus, on parle souvent de manque de moyens. « Je ne sais pas ce qu’il en est ailleurs mais on est souvent à court de moyens matériels. Cela va du carburant au papier en passant par beaucoup de petites choses » explique un officier de police dans le Nord.

Un constat tempéré du côté de la DGSN où l’on reconnaît quelques insuffisances mais où l’on met en avant, une batterie de mesures censées remonter le moral des troupes. On cite notamment le réaménagement de plusieurs locaux de police dans différentes villes du Royaume qui ont été correctement équipés pour mieux accueillir les citoyens et y rendre les conditions de travail plus agréables. En outre, le plan quinquennal prévoit d’autres créations de ces postes pour assurer plus de proximité avec les citoyens.

Affaires réglées

Pour ce qui est de la situation matérielle du personnel, on avance la signature de plusieurs conventions entre la DGSN et quelques institutions bancaires visant à faire bénéficier les policiers de crédits immobiliers (destinés soit à l’acquisition, à la construction ou à l’aménagement) à des taux préférentiels. Le nombre prévisionnel des bénéficiaires dépasse les 15.600 fonctionnaires. Enfin, exceptionnellement, le personnel de la DGSN a pu bénéficier cette année de l’avancement aux grades supérieurs, de près de 9000 fonctionnaires de tous rangs. « Jamais les avancements antérieurs n’avaient atteint pareil nombre de bénéficiaires » insiste-on.

Pour quels résultats ? Là encore, si on ne retient souvent que les cas de bavures avérées, où des policiers se sont distingués par des actes contre nature, la majorité des troupes s’inscrit plutôt dans des résultats concrets. En témoignent les chiffres des affaires réglées au cours de l’année en cours. Pour ce qui est des atteintes aux personnes, on peut citer le dénouement rapide de l’assassinat commis sur la personne du chef de détention de la prison de Safi, tué par balles, et de l’assassinat perpétré contre un ressortissant Irlandais. En ce qui concerne le trafic de drogue, on peut citer l’arrestation le 19 novembre 2007, de deux italiens d’origine vénézuélienne et la saisie de 20 kg 500 g de cocaïne en provenance du Venezuela, en transit au Maroc vers les pays d’Europe où elle devait être écoulée. D’une manière générale, sur l’ensemble du territoire national, les dix premiers mois de 2007 ont été marqués par le traitement de 17.946 affaires liées au trafic national et international de drogue avec une hausse de 25.34% par rapport à la même période de l’année écoulée. Dans le cadre de ces affaires, il a été permis de procéder à la saisie de 54 tonnes 293 kg 59 g de cannabis en feuilles, 6 tonnes 883 kg 812 g de résine de cannabis, 213 grammes d’huile de cannabis, 183 kg et 486 g de cocaïne, 1kg 897 g d’héroïne et 48.937 comprimés psychotropes. Ce qui a conduit à présenter à la justice 20.418 personnes dont 462 étrangers et la confiscation de 454 véhicules (voitures, camions, zodiacs et autres).

Dans la catégorie des réseaux de vols de voitures, on cite le démantèlement à Oujda d’un réseau de trafiquants de voitures volées au Maroc et écoulées en Algérie ayant totalisé 53 vols du genre dont 18 à Oujda et 33 à travers plusieurs villes du Royaume et d’une autre bande composée de 12 repris de justice se livrant à la même activité entre Oujda, Guercif, Taourirt et Nador. Sur ce chapitre, le bilan est plutôt conséquent, puisque de nombreuses bandes ont été mises hors d’état de nuire : une bande de 17 malfaiteurs démantelée à Salé. Ses membres opéraient à Casablanca, Rabat, Salé et Kénitra, ayant totalisé
11 méfaits. Un réseau de 6 malfrats qui ont commis au long de l’axe Casablanca, Mohammadia, Temara, Rabat, Salé et Meknès, onze vols de voitures dont ils ont falsifié les plaques minéralogiques alors qu’à Casablanca, c’est un groupe de 9 malfaiteurs spécialisés dans le vol de voitures dans les parkings non gardés de la ville qui est tombé.Les chiffres de l’immigration clandestine vont dans le même sens. Sur cette question, les services de police ont traité 5740 affaires ayant donné lieu au démantèlement de 160 réseaux d’organisation de l’immigration clandestine, avec l’arrestation de 517 organisateurs et de 16.089 candidats dont 78% nationaux et 3612 étrangers (des subsahariens pour la plupart). Alors que 7525 étrangers en situation irrégulière de séjour ont été refoulés. Ce qui se traduit par une nette régression de 66.50% des tentatives d’immigration clandestine.

Trafics en tout genre

Enfin, sur le fameux dossier du terrorisme, on note en 2007, le démantèlement de plusieurs réseaux terroristes liés notamment, soit aux attentats perpétrés respectivement à Sidi Moumen, à Hay El Farah et devant le « Langage Center » de Casablanca, soit aux cellules de recruteurs de volontaires marocains pour le Jihad en Irak, liés à l’ex-GSPC s’activant à présent au nord du Mali.?En conclusion, si l’indice de la répression de la criminalité, à travers les 18 commandements territoriaux, témoigne d’une réactivité insoupçonnable et d’une efficacité redoutable (taux de réussite 86.89%), pourquoi la police a-t-elle toujours aussi mauvaise presse ?

Tout simplement parce que celle-ci traîne une image du passé qui n’a plus de raisons d’être mais qui continue à coller à ces gardiens du temple, devenus protecteurs privilégiés de l’ordre public. Il faudrait tout simplement convaincre le citoyen lambda que la répression de la criminalité s’opère désormais dans les conditions respectueuses des droits élémentaires des individus.

Nouvelle restructuration de la BNPJ

Depuis quelques semaines, la Brigade Nationale de Police Judiciaire qui se singularise notamment par l’importance des affaires qu’elle instruit, a été restructurée en plusieurs offices, spécialisés chacun dans une catégorie de la grande criminalité (terrorisme, infractions financières (malversation, détournement de deniers publics, bandes organisées). Face à de nouveaux impératifs sécuritaires et politiques, la BNPJ est de plus en plus appelée à s’attaquer à de gros dossiers. Ce qui ne la soustrait pas au contrôle du parquet sous la direction de laquelle elle exerce son activité.

Gazette du Maroc - Abdellatif El Azizi

- Par: Bladi.net



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