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Entretien avec Sonia Nsiri, chorégraphe marocaine

24 juin 2008 - 15h12
Entretien avec Sonia Nsiri, chorégraphe marocaine

« Carmen », spectacle de danse classique et moderne, a été donné en représentation récemment au Complexe culturel de l’Agdal de Rabat, devant un public nombreux séduit par la prestation de la centaine de jeunes qui l’ont interprété et la qualité du spectacle. Entretien avec Sonia Nsiri, chorégraphe du spectacle.

Pouvez-vous nous présenter la création « Carmen » dont vous êtes la chorégraphe ?

« Carmen » est un ballet à l’origine espagnol, créé par Roland Petit. Le spectacle retrace l’histoire d’une ouvrière très jalouse, hautaine et d’une forte personnalité, qui séduit les hommes.

A quel public s’adresse votre spectacle, sachant qu’on y retrouve des thèmes comme l’amour, la jalousie… ?

Le spectacle s’adresse à un public large, aux petits comme aux grands.
Le spectacle est interprété par une centaine d’élèves. Qui sont-ils ?
Ce sont les élèves de l’Association ASAD dont je suis la directrice. Certains pratiquent le théâtre et la danse. Ce qui nous a permis de créer un spectacle à la fois théâtral, émouvant et très artistique. Avec de la danse.

Certains de vos collègues de Casablanca disent avoir du mal à trouver des lieux appropriés à la danse. Est-ce le cas à Rabat ?

C’est absolument vrai. J’ai un moment travaillé au Théâtre national. Mais à cause des changements intervenus au niveau de l’administration, il devient très difficile pour des écoles comme la mienne de se produire, faire des spectacles pour le public dans de bonnes conditions.

En ce qui vous concerne, adaptez-vous vos spectacles à la culture et aux mœurs locales ?

Je ne touche ni à l’œuvre, qui relève de l’histoire, ni à la musique de Georges Bizet qui est très belle et adaptée. Les costumes sont espagnols avec tout de même une petite touche personnelle. Par contre, je peux changer la chorégraphie, sans forcément vouloir l’adapter à une quelconque culture. Parce qu’il s’agit de danse classique puisée dans un répertoire classique. Concernant le spectacle « Carmen », j’assure la chorégraphie des danses, selon la personnalité des interprètes.

Vous êtes chorégraphe, peintre, professeur… Avez-vous une préférence pour l’une de ces disciplines ? Comment vous organisez-vous pour ne pas marginaliser les autres ?

Je pratique ces deux disciples depuis mes débuts, même si je me consacre plus à la danse. En réalité, tout dépend de l’actualité. Généralement, je consacre 60% de mon temps au projet actuel. J’ai toujours travaillé ainsi.

Le public adhère-t-il aujourd’hui plus facilement à la danse qu’il y a dix ans ? Existe-t-il encore des réticences ?

La danse a beaucoup évolué au Maroc. Peut-être que les gens n’ont pas cette culture, mais ils sont de plus en plus ouverts à l’idée d’inscrire leurs enfants, ils veulent les voir s’épanouir dans l’art et donc les incite à toucher à toutes les disciplines artistiques.

Existe-t-il des collaborations entre chorégraphes, comme cela se fait dans d’autres disciplines ?

Très peu malheureusement. La collaboration entre chorégraphes n’est pas suffisamment développée. Parce que nous appartenons à des générations différentes et aussi de formation différente. Vu qu’il faut plusieurs années de pratique à chaque promotion pour prétendre devenir professeur.

Quel est le problème majeur de la formation de danseur au Maroc ?

Il n’existe pas de formation professionnelle au Maroc.

Le temps consacré à la formation des élèves reste insuffisant au sein du Conservatoire : 2h par jour contre 8 à 9h ailleurs. Par ailleurs, les diplômes dans cette discipline ne sont pas reconnus à l’étranger.

Avez-vous l’intention de présenter ce spectacle dans d’autres villes du Maroc ?

Dans l’immédiat, non. Mais on y pense. Par contre, je pense que le prochain projet portera essentiellement sur le classique et le contemporain dont j’aimerais développer les techniques.

Repères

Professeur chorégraphe diplômée d’Etat de Montpellier en danse classique et contemporaine, Sonia Nsiri enseigne la danse, la peinture et l’art déco aux Ateliers ASAD qu’elle a créés il y a 10 ans à Rabat.

La chorégraphe a travaillé pour des compagnies en France, pour des films, dans des festivals internationaux, ainsi que pour la télévision. Avant de s’installer au Maroc où elle continue d’exercer dans les divers domaines de la chorégraphie. Depuis 10 ans, son Association présente des créations dans le domaine de la danse et de la peinture, des expositions ainsi que des spectacles qui font le bonheur des enfants.

Source : Libération - Alain Bouithy

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