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La Fac, un choix ou une obligation ?

4 décembre 2007 - 17h20
La Fac, un choix ou une obligation ?

Quelques semaines seulement séparent les étudiants marocains dans les différentes facultés du Royaume des premiers examens au titre de l’année 2007-2008. Cependant, les étudiants appréhendent cette échéance différemment. Certains profitent du temps restant pour préparer, d’autres, relativement plus nombreux, n’accordent pas une grande importance aux examens. Chaque année, les quatorze universités accueillent des milliers de jeunes marocains. Une grande partie des bacheliers gardent, en effet, la « fac » comme un ultime recours.

Cela explique l’indifférence de beaucoup de jeunes aux prochaines épreuves. Pour ces derniers, les préparations, les examens, l’aspiration à être parmi les meilleurs, l’effort, l’assiduité et les bonnes notes ne valent vraiment pas la peine quand on est étudiant à la faculté quelle que soit l’option choisie. Beaucoup disent qu’ils n’auront pas vraiment un avenir meilleur au même titre que ceux qui les ont précédés. Il faut dire que l’université, même après l’entrée en vigueur de la réforme de l’enseignement au Maroc, garde malheureusement toujours la réputation d’une « fabrique de chômeurs ».

Bien évidemment, une idée complètement fausse quand on sait qu’une grande proportion de l’élite marocaine a été formée dans ces universités. Que pensent donc les étudiants ? Quelle opinion ont-ils sur le cursus universitaire ? Plus loin encore, la « fac », est-elle un choix pour eux ou une obligation ?

Hicham, 24 ans, est un étudiant Casablancais à la faculté Aïn Chok. Bac en poche, il a opté pour des études en littérature anglaise. Il est en troisième année dans cette même section. Hicham devait avoir sa licence l’année dernière, mais il a dû revenir cette saison pour réétudier deux modules dans une matière. « C’est l’une des principales nouveautés introduites par la réforme de l’enseignement supérieur. Si un étudiant échoue dans l’un des modules, il doit revenir l’année suivante pour reprendre toute la matière.

C’est un cercle vicieux. Des fois, les modules s’accumulent année après année. Et l’étudiant n’a d’autres choix que d’abandonner les études », explique Hicham. Son rêve, est de faire un Master en business, tourisme ou communication… et de préférence à l’étranger ! Comme beaucoup d’autres étudiants, il a dû retarder ses projets futurs une année. Avant de trancher sur le choix du Master, il doit d’abord régler ses comptes à la faculté.

Interrogé sur le déroulement de ses préparations pour les prochaines épreuves partielles, il a répondu qu’il n’a plus vraiment la motivation. « C’est quand même difficile de reprendre les mêmes leçons que l’an passé. Déjà, j’ai trouvé une difficulté à revenir pour deux modules seulement. Je pense que cela va me faire perdre du temps pour rien, alors que je pouvais passer à autre chose, une autre étape dans ma vie. Vous savez, le temps court très vite et je me demande combien d’années me faut-il encore pour entamer une carrière. Evidemment, cela se répercute sur ma motivation », ajoute-t-il. Dans certains cas, des jeunes refusent complètement de s’inscrire dans l’une des facultés après le lycée et se résignent à le faire en dernier lieu.

C’est justement le cas de Karim, également âgé de 24 ans. Lui est resté une année « fa dar » (maison), comme il s’amuse à déclarer. Des petits problèmes ont surgi après son Bac, et ont fait tomber son projet d’immigrer. C’est donc après une année au chômage qu’il a choisi de prendre le chemin de la fac. « J’aime bien la langue anglaise, mais ça n’a pas été vraiment un choix d’en faire des études supérieures. J’avais perdu une année entière et je ne pouvais pas rester à la maison encore plus.

D’un côté, je commençais à m’ennuyer, de l’autre c’était une dernière chance pour moi que de m’inscrire à la faculté, sinon mon Bac allait perdre sa valeur. Tout le monde sait que le bac est valable seulement les deux premières années qui suivent son obtention », informe Karim. Ce dernier n’a pas encore abandonné son rêve. Il est à la faculté le temps que les choses se règlent pour lui. D’ailleurs, comme de nombreux étudiants Casablancais, il s’est inscrit à la loterie américaine. « Ne croyez pas que seuls les étudiants saisissent l’occasion offerte par les Etats-Unis, il y a encore des ingénieurs qui font de même », poursuit-il.

Néanmoins, les universités marocaines ne manquent pas de « success stories ». Aziz est âgé de 30 ans. Il vient d’obtenir sa licence. Mais le plus important, c’est qu’il est revenu de loin. Aziz a eu quelques années auparavant, une licence d’études islamiques. Il a ensuite intégré un Institut de formation professionnelle relevant de l’Office de la formation professionnelle et de la promotion de l’emploi (OFPPT) pour avoir un autre diplôme en Gestion des entreprises. Quelques années passées au chômage ont poussé Aziz à repasser un nouveau baccalauréat et à intégrer la faculté pour des études en Anglais. Au début de cette année, il a été retenu par l’ENS. Dans quelques mois, il sera professeur d’anglais dans un lycée marocain. Enfin, il vient de trouver un emploi… grâce à la « fac ».

Dans l’espoir de quitter !

Ils sont nombreux à avoir rêvé de faire des études dans l’une des facultés marocaines, mais ils sont encore plus nombreux à avoir fait ce choix par contrainte. Avoir un baccalauréat sans mention ne laisse pas vraiment un grand choix pour beaucoup de jeunes. « La plupart des étudiants ici (faculté) attendent la première occasion pour mettre les voiles. Je connais un ami qui a laissé tomber ses études pour travailler comme serveur dans un café. Même s’il est payé seulement au SMIG (salaire minimum), il n’a pas hésité à quitter la fac. Et croyez moi, je ferais de même à la première occasion ! », confie Hicham.

Trois destinations majeures s’offrent aux étudiants après l’abandon de l’université. Une première catégorie d’étudiants quitte la faculté seulement quelques mois après le début de l’année universitaire. Ils mettent le cap sur l’une des écoles privées qui pullulent un peu partout dans les grandes villes marocaines. Certaines de ces écoles affichent des prix relativement moins chers et accueillent bon nombre d’étudiants, voire ceux issus de familles modestes.

Une deuxième catégorie se tourne plutôt vers les centres de formation professionnelle de l’OFPPT. Peu importe la filière à laquelle ils seront affectés, le plus important pour eux, c’est de quitter la faculté. Enfin, ces dernières années, nombreux sont ceux qui atterrissent dans les « Call Center ». Il faut dire que la réforme appliquée aux universités marocaines, depuis cinq années déjà, n’a pas vraiment atteint ses objectifs. D’ailleurs, l’une des remarques formulées par les observateurs, est que cette réforme n’a pas réussit à changer l’idée que beaucoup de gens gardent sur l’université marocaine, celle « d’une fabrique de chômeurs ».

Le Matin - Mohamed Badrane

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