Rkia Abou Ali est sortie de prison

Dénouement inattendu dans l’affaire Rkia Abou Ali. La jeune femme qui avait défrayé la chronique, courant 2007, en filmant et médiatisant ses ébats avec un juge, a été libérée jeudi soir par le Tribunal de première instance de Meknès, au terme d’une audience marathonienne de plus de sept heures.

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20 avril 2008- par Bladi.net

Rkia Abou Ali : “Je n’ai pas encore tout dit”

Accusée de prostitution, de trafic de drogue et d’homicide involontaire, Rkia Abou Ali vient d’être acquittée, après avoir passé un an en prison. Elle avait défrayé la chronique en filmant, puis en médiatisant, une vidéo de ses ébats avec un juge de Meknès.

Quels sont vos sentiments maintenant que vous avez retrouvé la liberté ?

Je suis heureuse, tout simplement. Je n’ai pas éclaté de joie à la lecture du verdict, car je ne réalise pas encore tout ce qui vient de m’arriver. J’y verrai plus clair dans quelques jours. Ce que je sais, en revanche, c’est que je mérite ma liberté.

Vous étiez poursuivie pour prostitution, trafic de drogue et homicide involontaire…

Oui, mais je viens d’être acquittée pour ces trois chefs d’accusation. En réalité, on me reprochait autre chose.

D’avoir filmé vos ébats avec un juge meknassi. Celui-là même qui a instruit en 2000 une affaire dans laquelle vous étiez accusée de prostitution ?

Oui, c’est cela grosso modo. Ce juge m’avait abordée à la sortie du tribunal alors qu’il venait de m’accorder la liberté provisoire.

Et vous aviez cédé à ses avances ?

Vous savez, ce monsieur avait les clés de la prison. Il y fait entrer et en sortir qui il veut…

Et la vidéo dans tout ça ?

Par la suite, nous avons entretenu une relation durable. Au bout de quelque temps, il m’a demandée en mariage. En fait, il ne cherchait qu’à me piéger, pour que je ne le quitte pas. Il a même eu recours aux services de faux adouls.

Et vous ne vous êtes aperçue de rien ?

Au début, non. Mais j’ai fini par avoir de sérieux doutes.

Quand ça ?

À deux reprises, j’ai été enceinte de lui. Et à chaque fois, il m’a forcée à avorter. Quand je lui ai dit que je comptais me séparer de lui, il m’a répondu que pour cela, il fallait d’abord que nous soyons mariés. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte de la supercherie. J’ai donc décidé de tourner cette vidéo pour me protéger.

Vous avez tout de même filmé quelqu’un à son insu…

J’ai agi de la sorte pour me défendre. Je ne regrette rien.

Vous ne cherchiez pas plutôt à faire chanter le juge ?

Non, même si j’avais toutes les raisons du monde de le faire. Il a tout fait pour que je ne le quitte pas. J’aurais pu faire pression sur lui, car la vidéo existait déjà quand deux de mes frères étaient détenus en prison. On m’a même proposé de l’argent pour étouffer le scandale, mais j’ai refusé. Et puis, le jour de ma convocation, j’ai apporté la cassette à la police.

Que diriez-vous au juge si vous le rencontriez aujourd’hui ?

Je ne peux plus le voir en peinture. Il est hors de question que je le rencontre ou que je lui dise quoi que ce soit.

Vous avez l’impression d’être une héroïne ?

Non pas du tout. Je n’ai pas libéré le Sahara…

Mais votre histoire pourrait être un bon scénario de film...

Vous ne croyez pas si bien dire. J’aimerais bien qu’on l’adapte en feuilleton. Cela permettra à de nombreuses personnes d’en tirer certains enseignements.

Mais en médiatisant votre histoire, vous ne cherchiez pas à devenir célèbre?

Non, je ne suis pas Nancy Ajram. Je suis une berbère de Tighssaline (Ndlr : bourgade de 14.000 habitants à une vingtaine de kilomètres de Khénifra), et je n’ai tiré aucun bénéfice de cette histoire. C’était un moyen de défense comme un autre. D’ailleurs, je n’ai jamais divulgué l’intégralité de cette vidéo, et je défie quiconque de prouver le contraire.

Vous vous y êtes prise comment pour tourner cette cassette ?

Le juge avait un caméscope qu’il comptait envoyer à un membre de sa famille à l’étranger. C’est lui-même qui m’a montré comment il fonctionnait. Il pensait qu’il n’avait aucune raison de se méfier d’une “petite provinciale” comme moi… Quelques jours plus tard, alors qu’il se douchait, j’ai mis en marche la vidéo. La suite vous la connaissez.

Quelqu’un d’autre était-il dans la confidence concernant votre projet ?

Non, c’est quelque chose que j’ai organisé seule de bout en bout.

Comment avez-vous vécu votre séjour carcéral ?

La vie derrière les barreaux, ce n’est jamais très gai. Surtout quand on est menacée par certaines de ses codétenues. Il m’est arrivé d’avoir très peur.

Maintenant que vous êtes sortie, êtes-vous plus rassurée ?

Je n’en sais rien. L’histoire n’est pas finie. Le procureur du roi peut toujours faire appel de la décision rendue par le Tribunal de première instance de Meknès.

Et vous, qu’envisagez-vous de faire ?

Pour l’instant, je compte prendre du repos. Cela dit, on m’a quand même volé une année de ma vie. Et je pense que cela mérite réparation.

Vous comptez donc entamer une action en justice ?

J’envisage de porter plainte contre les personnes qui ont témoigné contre moi lors du procès.

Vous souhaitez être dédommagée ?

Si je le fais, ce ne sera pas pour moi mais pour mes enfants. L’aîné a été bouleversé par cette histoire et par la médiatisation qui s’en est suivie. Il a même été contraint de quitter l’école une année avant le baccalauréat.

Comment votre famille a-t-elle pris cette affaire ?

Elle m’a épaulée tout au long de cette triste histoire.

Et votre ex-mari ?

Je l’ai rencontré pas plus tard qu’hier. Il est venu m’accueillir à ma sortie de prison. Nous nous sommes mariés alors que j’avais treize ans à peine et avons vécu ensemble de nombreuses années avant de divorcer. Nous avons eu deux enfants âgés de 13 ans et 18 ans. Forcément, tout cela crée des liens.

Qu’avez-vous fait immédiatement après votre libération ?

Avec mes avocats, nous avons pris la route pour Tighssaline. Nous étions tout un convoi de sympathisants et de militants des droits de l’homme. Je tiens au passage à remercier tous ces gens qui m’ont soutenue.

Comment avez-vous été accueillie à votre retour dans votre village ?

C’était partagé. Certains ont manifesté leur mécontentement de manière violente, alors que d’autres m’ont témoigné leur soutien.

Comptez-vous y rester ?

Non. Je ne veux plus entendre parler de Tighssaline. Si je n’avais pas d’attache familiale là-bas, je n’y serais même pas retournée après ma libération.

Est-ce que vous avez tout dit de votre histoire aux juges et aux médias ?

Non. Mais ça viendra en temps voulu. Je suis la seule à tout savoir sur l’histoire de Rkia Abou Ali.

Source : TelQuel - Youssef Ziraoui