Suicide au travail : la France doit progresser
400 personnes se suicideraient chaque année en raison de leur travail
Travailler plus, c’est peut-être un moyen de gagner plus. Mais si l’ambiance au boulot est mauvaise, c’est aussi risquer d’y laisser sa peau. Et ce d’autant plus qu’en France, les risques psycho-sociaux, le stress et la dépression qui conduisent parfois au suicide sont insuffisamment pris en compte par les entreprises, selon des professionnels de santé réunis samedi dernier à l’occasion de la Journée mondiale de la santé et de la sécurité au travail.
Pour Dominique Chouanière, médecin épidémiologiste et responsable du projet « Stress au travail » à l’Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), les récentes annonces de suicides de plusieurs salariés de chez Renault à Guyancourt, d’EDF à Chinon et de chez PSA Peugeot-Citroën à Mulhouse ne doivent pas faire croire que le mal-être au travail est un problème récent. « Avant, les médias n’en parlaient pas, mais nous avions déjà ce type d’information, évoquant des suicides répétitifs au sein des entreprises » explique le médecin qui déplore le manque de chiffres officiels. « Rien que sur le nombre de suicides sur le lieu de travail, on devrait au moins avoir des données précises. Mais ce n’est pas le cas, car les décès sont très faiblement déclarés en accident du travail » poursuit la spécialiste.
Selon une enquête menée par Christian Larose, le vice-président du Conseil économique et social (CES), il y aurait « entre 300 et 400 » suicides liés au travail par an. Un chiffre sous évalué selon Dominique Chouanière qui se dit « effarée par la façon dont les entreprises dénient la part du travail responsable d’un suicide » et tendent à mettre ces problèmes sur le dos de la fragilité psychologique des salariés.
Ainsi, la France serait très en retard dans le domaine de la prévention des risques de suicide liés au milieu de l’entreprise. D’après l’Union nationale des cliniques psychiatriques privées (Uncpsy), elle serait le 3ème pays derrière l’Ukraine et les Etats-Unis où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses. « On a de plus en plus de patients en état d’épuisement professionnel qui viennent consulter tardivement pour des raisons d’anxiété par rapport à leur travail, d’angoisse de perdre un emploi » explique Olivier Drevon, le responsable de l’Uncpsy. Ces cas qui, selon lui, sont en augmentation, ne concerneraient pas seulement les ouvriers mais également les cadres, les ingénieurs, les chauffeurs de bus, les caissières…
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