Une 3e élève tente de se suicider en Corse La police semble désormais explorer la piste d'un "défi morbide" par précaution seulement. Il faut dire qu'une troisième adolescente amie des deux autres a été prise en charge après un coup de fil d'un voisin inquiet de la voir sur le balcon. Selon France Info, l'adolescente était au moment de sa tentative, connectée au blog de l'une des deux élèves de 4e ayant tenté de se suicider la veille. Aux enquêteurs, elle a raconté être amie avec elles et être "très perturbée".
Le procureur de la République d'Ajaccio, José Thorel, a indiqué vendredi que les enquêteurs tentaient de déterminer si les deux tentatives de suicide résultaient d'un scénario "préparé par plusieurs adolescents", afin d'éviter une éventuelle répétition du drame. "Déterminer si l'on est dans un scénario de quelque chose d'organisé et préparé par plusieurs adolescents, c'est précisément l'objet de l'enquête, qui montre, pour l'heure, que ces adolescentes ont échangé des mots écrits et laissé par ailleurs des écrits à leurs proches, qui pouvaient laisser penser qu'elles s'étaient mutuellement incitées à cette double tentative de suicide concertée", a-t-il précisé. Evoquant la 3e adolescente, le procureur a affirmé : "Il peut y avoir, dans ces cas, des débuts de psychoses". Les policiers et psychiatres n'excluaient pas non plus un acte de détresse isolé et imité par une camarade de classe entretenant une relation d'amitié fusionnelle avec la première victime.
Jeudi soir, les deux filles de 14 et 15 ans se sont défenestrées après un échange téléphonique où elles s'étaient mises au défi. La première a sauté vers 19 heures 30 du 3e étage d'un appartement en plein cours Napoléon, l'artère principale du centre ville, la seconde l'a imitée quelques minutes plus tard du 2e étage d'un immeuble d'un quartier périphérique. Vendredi après-midi, les médecins étaient encore réservés sur le pronostic vital de l'une d'entre elles, la première, âgée de 14 ans. Celle de 15 ans a été opérée d'une fracture et les médecins n'ont plus d'inquiétude.
Amour et traîtrise
Dans leurs sacs, les policiers ont trouvé des petits mots pliés tels que l'on en échange pendant les cours. Il y était écrit, en substance : "C'est ce soir que je saute, et toi, est-ce que tu sauteras ?", a indiqué le procureur de la République d'Ajaccio José Thorel. "Il est prématuré de dire si cela dépasse le drame né de la relation fusionnelle entre deux amies ou si cela s'étend à un groupe plus large mais des indices nous amènent à le vérifier, au nom du principe de précaution", a ajouté le magistrat qui a ouvert une enquête préliminaire pour "incitation au suicide". Les policiers ont établi immédiatement après le double drame une liste d'élèves et ils ont aussitôt prévenu leurs parents, pour parer à tout autre tentative de suicide.
Au lendemain du drame, la cour du collège Laetitia Bonaparte bruissait de rumeurs sur une "chaîne" ou une "bande" au sein de laquelle des adolescentes se seraient lancé ce défi. Une élève du collège, sous couvert de l'anonymat, a évoqué à l'AFP une "chaîne" de huit ou neuf élèves à laquelle appartenaient les deux adolescentes. "C'est une rumeur, nous vérifions", a commenté un enquêteur.
"Il peut s'agir d'un jeu de défis morbides tels que l'on peut en trouver dans tout le pays sur internet, dans les blogs de collégiens ou lycéens", a estimé José Thorel qui n'exclut toutefois aucune autre hypothèse. Sur le blog d'une des deux victimes, on peut lire une profusion de messages mettant en évidence des liens d'amitiés très forts au sein d'un groupe de copines, alternant témoignages d'amour et accusations de traîtrise... mais rien qui laisse augurer d'une issue aussi dramatique. Deux cellules de soutien psychologique ont été installées au collège, l'une notamment avec des psychiatres et experts qui aident les élèves à parler et tentent de comprendre. |