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| Alors que trois adolescentes ont tenté de mettre fin à leur jour, jeudi et vendredi, en se défénestrant à Ajaccio (Lire notre article), le psychiatre Gérard Tixier revient sur le phénomène. Il est l'auteur avec Alain Meunier de La Tentation du Suicide chez l'adolescent (1), "un livre pour tous ceux qui côtoient les adolescents en détresse et qui voudraient les entendre. LCI.fr : Trois adolescentes d'un même collège ont tenté jeudi et vendredi de mettre fin à leurs jours en se défenestrant. Elles en auraient parlé via leur blog. Comment expliquer ces tentatives de suicides concertés ? Gérard Tixier, psychiatre : Elles sont caractéristiques du "Mat syndrome". C'est une construction comprenant dans son déroulement cinq phases d'une durée variable qui permet à l'adolescent concerné de transformer sa souffrance en une problématique de trajectoire suicidaire. LCI.fr : Quelles sont les étapes du "Mat syndrome" ? G.T. : La première est celle où l'imaginaire est roi. C'est la fuite dans la tête, là où se construit l'idée de la mort. Il y a ensuite la phase de lutte, l'adolescent se retrouve seul avec son angoisse. La troisième phase est celle du renoncement qui ressemble à de la dépression. Ce moment est aussi celui où le jeune appelle à l'aide. Il a ensuite la période de ressentiment envers les autres, l'adolescent cherche à se révolter. Il va être agressif et se rendre invivable auprès de son entourage. Durant cette période, il va chercher un allier, essayer d'entraver quelqu'un : son meilleur ami ou quelqu'un qui a les mêmes pensées que les autres. Ça peut être une personne mais aussi deux, trois... La dernière phase, baptisée "l'œil du cyclone" est la plus dangereuse". L'ado semble aller mieux, il prépare le scénario de sa mort, c'est un calme trompeur, il faut se méfier. Il y a ensuite le passage à l'acte. LCI.fr : C'est donc pendant la période du ressentiment que l'une des adolescentes d'Ajaccio a pu chercher à en entraîner d'autres ? G.T. : Oui, il y avait sûrement une meneuse. Une stratégie se met en place pour aborder et mettre en place le scénario morbide. Le malaise est partagé entre les amies -l'adolescence est une période où l'amitié est exigente et exclusive- et la solution semble à portée de main. Ça peut aller très vite entre cette étape et le passage à l'acte. D'autant plus avec les blogs et les chats. LCI.fr : Mais comment des adolescents âgés de 14 et 15 ans peuvent-ils vouloir se donner la mort ? G.T. : L'idée puis l'acte peut s'expliquer par un événement qui peut paraître, à nos yeux d'adultes, totalement insignifiants. Bien évidemment, je ne parle pas ici d'un inceste. Cela peut être une dispute avec les parents, une humiliation à l'école, une rupture amoureuse... La dépression est souvent évoquée mais une minorité d'adolescents suicidaire est dépressive. LCI.fr : Quelle est l'ampleur du phénomène en France chez les adolescents ? G.T. : On estime à un milliers le nombre de jeunes, âgés de 15 à 24 ans, qui se donnent la mort chaque année dans l'Hexagone. Cela revient à trois suicides par jour en moyenne. C'est la deuxième cause de mortalité chez les jeunes après les accidents de la route. Il y aurait en moyenne 150.000 tentatives de suicide chaque année. Elles sont plus fréquentes chez les filles mais leurs conséquences sont moins graves. Chez le garçon, le passage à l'acte est généralement plus violent et le geste donc plus définitif. Ces chiffres sont énormes, surtout comparés aux autres pays d'Europe. Je pense notamment à la Grande-Bretagne où le système de prise en charge du phénomène est plus développé avec des lignes d'écoute, un accueil pour les adolescents, toutes les menaces sont prises au sérieux. Il y a deux fois mois de suicides chez eux. En France, le sujet est encore très tabou. LCI.fr : Existe-t-il des signes avant coureurs ? Est-ce que l'entourage de l'adolescent peut déceler son malaise ? G.T. : Oui, il y a bien évidemment : des scarifications sur le corps avec lesquelles l'adolescent va tenter d'exorciser sa souffrance, un repli sur soi, des insinuations dans des dissertations, des phrases sur des blogs... Sans devenir parano pour autant, les parents doivent prendre au sérieux tous ces signes, savoir décoder la parole. Parler de la mort n'est pas inciter au suicide, au contraire. En parler librement avec les adultes permet à chacun de mieux appréhender sa propre peur, le dialogue libérant de toute idée obsessionnelle. La communication est essentielle, dans le doute, les parents ne doivent pas hésiter à emmener leur enfant chez un psy. |
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