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Kénitra, 10 juin 2007. Un soleil de plomb pèse sur la capitale du Gharb en cette matinée dominicale. Hamid, 35 ans, concierge d’un vieil immeuble insalubre dans le mellah, l’ancien quartier juif de la ville, jogging usé, cheveux ébouriffés et haleine nicotinée, s’en va frapper, maugréant, à la porte des locataires du rezde- chaussée: «Elles traînent toujours, ces “aaziates” (négresses) pour payer le loyer (400 dirhams par mois). Et en plus, ça sent toujours mauvais chez elles. Elles se font des mélanges bizarroïdes pour adoucir leur tignasse et cuisinent avec des épices très odorantes. Moi, je ne laisse plus aucun “draoui” (noir) mettre les pieds ici depuis qu’il y a eu cette histoire de viol d’une mère de famille par un Africain à Ouled Oujih (un quartier périphérique de la ville).” Gloria, 24 ans, Libérienne protestante, émerge péniblement de son sommeil au son des coups sur la porte. Akilah, jeune Congolaise de 20 ans, la voix enjouée, l’entraîne hors de son fin matelas posé à même le sol. Elle a encore dans les yeux cet enthousiasme quasienfantin et ce regard teinté d’optimisme des nouveaux venus. Pour Gloria, comme pour son autre compagne d’infortune guinéenne avec laquelle elle partage cette chambre privée d’eau courante et d’électricité faute de paiement, les jours se suivent et se ressemblent. Dans ce provisoire qui dure, elle a l’impression grandissante d’être l’otage crédule de ses ridicules illusions. Des illusions qui s’effritent de jour en jour, s’élimant au contact de la dure réalité quotidienne. Une réalité faite d’errance et de mendicité toujours, de prostitution et de petits jobs clandestins parfois… de tant de doutes et d’incertitudes. Sa petite fille, Shade, 4 mois, réveillée par le bruit, éclate en sanglots. Gloria lui tend machinalement le bout brunâtre de son sein noir d’ébène, l’air distrait. Elle pense à son Libéria natal, qu’elle a quitté en mai 2002, en pleine guerre civile, après, raconte-t-elle, l’assassinat de ses parents et de ses frères par des rebelles. Shade, ce “bébé-visa”, qu’elle a fait avec un amant de passage, Gloria pense encore naïvement pouvoir l’utiliser pour se protéger du refoulement au cas où elle franchirait les portes de l’Eldorado européen. Pour attirer la pitié des fidèles, elle portera encore une fois son nourrisson dans son dos pour aller mendier aux abords d’une mosquée avec les quelques mots d’arabe dialectal qu’elle a appris ou, pourquoi pas, proposer à une lycéenne marocaine de lui faire la “rasta”, ces tresses africaines qui ont la cote, en échange de 200 dirhams. Avec son superbe corps de liane et son look de panthère noire indomptable, Akilah la Congolaise, elle, attire plus le regard des hommes «ni blancs ni noirs» dans la rue. «Il y en a qui sont vraiment belles, on les appelle “chiklitates” (chocolats). Ceux de mes potes qui les fréquentent disent qu’elles monnayent la passe à 20 dirhams, même moins, et qu’elles sont très dociles. Mais, moi, je me méfie, je parie que la moitié d’entre elles sont sidatiques», rapporte Abdallah, serveur dans un café aux Khabazzates, l’ancienne médina de Kénitra. Pendant ce temps, à Rabat, Ali, jeune médecin ivoirien célibataire, de confession musulmane, traîne aux abords d’un supermarché dans l’Agdal, un quartier chic de la capitale, dans l’espoir de récolter quelques dirhams en proposant son aide à une riche ménagère comme porteur ou gardien de parking improvisé, dans un français parfait.Nouria, femme au foyer, épouse d’un ingénieur dans la fonction publique, les bras chargés de provisions, confie: «Personnellement, ils ne me font pas peur. J’ai plutôt de la pitié et de la compassion pour eux, surtout quand je pense que des Marocains subissent le même sort en Europe. En plus, ils sont polis, propres et bien habillés, pas comme les mendiants qui vagabondent chez nous. Je leur donne toujours 3 ou 5 dirhams». Une “stratégie” diront certains, pour se confondre justement parmi les nombreux étudiants noirs africains et les ressortissants légaux résidant à Rabat. Et éviter ainsi d’attiser la crainte des civils et les soupçons des autorités marocaines. Hayat, l’amie de Nouria, assistante de direction, l’enjoint de remonter au plus vite la vitre de son 4X4: «Quelle confiance voulez-vous que j’aie en des gens qui se massacrent à la machette dans leurs pays?» Rachid, le quinquagénaire faisant office de gardien de parking officiel, jette à Ali un regard haineux: «Comme si on n’avait pas suffisamment de misère, de chômage et de harragas chez nous pour qu’ils viennent nous harceler!». Entre racisme et tolérance, rejet et indifférence, compassion et dégoût, ceux que les Marocains appellent “Les Africains”, comme si eux-mêmes ne l’étaient pas, vivotent ainsi bon gré mal gré parmi les populations des grandes villes, dans ce Maroc limitrophe devenu une large zone de transit et de rétention pour des milliers de pauvres hères fuyant la famine, la sécheresse, la guerre et les lendemains incertains d’une Afrique noire en perdition. A ce jour, aucune statistique exacte ne filtre sur le nombre d’immigrés clandestins au Maroc. D’après certaines ONG, ils seraient près de 10.000, dont 80% environ concentrés à Rabat et de plus en plus à Casablanca, après l’assaut massif de l’enclave de Melilia en octobre 2005 par des clandestins d’Afrique subsaharienne et le ratissage des forêts avoisinantes par les autorités marocaines. Les chiffres du HCR, eux, font état de 600 réfugiés et 1.000 demandeurs d’asile. La majorité des clandestins sont originaires de la République démocratique du Congo, de Côte d’Ivoire, du Mali, de Guinée, du Niger, du Nigéria, du Congo ou encore du Libéria et, plus récemment, du Darfour. Quoi qu’il en soit, aucun de ces réfugiés n’est prêt à quitter le Maroc. «La malédiction du nègre nous suit partout mais là au moins, on est sûr de ne jamais mourir de faim. Il y aura toujours un Marocain charitable pour vous offrir un morceau de pain», confie Gloria. Ces “indésirables”, organisés en diverses associations, francophones et anglophones, sont plus que jamais décidés à se concerter pour défendre leur dignité. Du 18 au 25 mai 2007, quelque 70 immigrés subsahariens en situation illégale ont tenu un sit-in de protestation devant la représentation du Haut-Commissariat aux Réfugiés à Rabat, avant d’être dispersés par les forces de l’ordre. Parmi leur réclamations: obtenir le statut de réfugié ou de demandeur d’asile et une aide financière et médicale régulière pour tous de la part du HCR, qui affirme ne pas disposer des moyens financiers nécessaires; ainsi qu’une carte de séjour de l’Etat marocain pour pouvoir accéder au marché de l’emploi et aux services publics de base: scolarisation, soins médicaux, etc. Le Maroc, bien qu’ayant signé la Convention de Genève relative au statut et à la protection des réfugiés (notamment les mineurs, les femmes enceintes et les réfugiés politiques), ne reconnaît toujours pas ces derniers, qui continuent par ailleurs de se plaindre de descentes de police, de violences physiques et de refoulements forcés de la part des autorités marocaines. «Le Maroc a eu le malheur géographique, si on peut dire, de se trouver à la porte de l’Europe et d’être en plus tributaire de son aide et de sa “bénédiction”. Il n’a donc pas d’autre choix que de composer avec le chantage de la Vieille Dame», remarque, amer, le membre d’une ONG marocaine de défense des droits humains à Casablanca. En attendant une politique effective de l’Union européenne et de l’Organisation des Nations-Unies qui aiderait les Etats africains à éradiquer le mal de l’immigration clandestine à la racine, des nuées grandissantes de désespérés continueront d’affluer en masse vers le Maroc. Jusqu’à quand ce dernier pourra-t-il les contenir? Mouna Izddine |
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les pauvres, c'est terrible pour eux !
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| C terrible pour ts ceux qui sont différents de la majorité et ce partt ds le monde l être humain a peur de la différence enfin je me compren
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c'est clair, l'homme a peur de différence en plus quand la différence est super pauvre c'est encore pire !
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| Citation:
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pas d'avis sur sarko et sur son gouvernement, j'attends de voir ce qui'il nous prépare !
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#7
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| Citation:
pourtant il en fai couler de l encre le pti |
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