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Le blairisme est un enfant naturel de Bill Clinton. En 1988, 1991 et 1993, Tony Blair et Gordon Brown se rendent ensemble aux Etats-Unis, où ils côtoient les dirigeants démocrates. De la victoire du nouveau président américain, en novembre 1992, ils retiendront deux leçons : l'économie prime et le pouvoir se gagne au centre. Autrement dit, le travaillisme doit restaurer sa réputation gestionnaire pour reconquérir la "Middle Britain", la classe moyenne qui avait déserté la gauche pour le Parti conservateur. Après avoir obligé le Labour à enterrer la lutte des classes, en 1994, et réduit le pouvoir des syndicats en son sein, Tony Blair et Gordon Brown au pouvoir préserveront ce qui, dans l'héritage de la conservatrice Margaret Thatcher - premier ministre de 1979 à 1990 -, a contribué à la renaissance économique : encourager l'esprit d'entreprise, privatiser certains secteurs publics, assouplir la réglementation, libéraliser le marché du travail. Sous le label clintonien de "troisième voie", théorisée par le sociologue Anthony Giddens, Tony Blair et son chancelier tentent de concilier ce que la "vieille gauche" britannique tenait naguère pour inconciliable : droits et devoirs, sécurité et liberté, promotion de l'entreprise et lutte contre la pauvreté. En économie, il s'agit d'allier l'efficacité et l'"équité", de produire davantage de richesse en s'efforçant, ensuite, de mieux la répartir. Le New Labour (Nouveau Parti travailliste) veut apporter une réponse de gauche intelligente aux défis de la mondialisation. Sa démarche, clairement social-démocrate, accorde un rôle positif et actif à l'Etat, contrairement, par exemple, à celle de Mme Thatcher. Celle-ci voulait un Etat aussi "mince" que possible et jugeait indispensable de choisir entre la prospérité économique et l'investissement public - qu'elle a, de ce fait, gravement négligé. Pour Tony Blair et Gordon Brown, l'efficacité doit être au service d'un Etat-providence réinventé. Ils croient au contrat social, à l'intérêt public - allié ou non au privé -, à la nécessité d'aider les plus défavorisés via le budget et l'impôt. A leurs yeux, l'Etat n'a pas pour rôle de créer des richesses, mais seulement l'environnement qui les génère. Ils ont donc à la fois tout fait pour réconcilier la gauche et le marché et pour inciter le citoyen à s'émanciper de la tutelle de l'Etat et à assumer ses responsabilités. La rigueur budgétaire des trois premières années de gouvernement installe la confiance et consolide la croissance. Gordon Brown affirmera respecter sa "règle d'or" : "n'emprunter que pour investir" et financer les dépenses de fonctionnement par les revenus ordinaires de l'Etat. Jusqu'en 2000, le New Labour réduit donc fortement la dépense publique. Mais, dès son deuxième mandat (2001-2005), Tony Blair engage une "deuxième phase" de son action. Tout en poursuivant la réhabilitation de la "valeur travail", il investit massivement pour réformer les services publics et... relancer l'emploi par la dépense publique. Les dépenses de l'Etat, ramenées à 37,5 % du produit intérieur brut (PIB) en 2000, ont atteint 45,4 % en 2006. Depuis 2001, elles ont augmenté, chaque année, de 4,4 % en termes réels, en privilégiant trois secteurs : santé (+ 6,1 %), transports (+ 5,1 %) et éducation (+ 4,7%). En termes d'investissement public, le Royaume-Uni a comblé une partie du retard des années 1980-1990, période de sous-investissement notoire de l'Etat. Le gouvernement dépense aujourd'hui deux fois plus par élève qu'il y a dix ans. Pendant cette décennie, il a recruté 200 000 enseignants et assistants, 20 000 médecins et 70 000 infirmières. Le budget de la santé a triplé depuis 1997. Et la moitié des emplois créés l'ont été dans les services publics. La principale victoire du blairisme reste celle remportée sur le chômage. Convaincus que l'emploi rémunéré est le plus sûr moyen d'échapper à l'exclusion, les travaillistes ont réhabilité l'"éthique du travail" et découragé le chômage de longue durée. Avec pragmatisme, ils ont conduit une politique cohérente et tenace en ciblant les catégories les plus touchées : jeunes, seniors, handicapés. Cette politique incite fortement les chômeurs à trouver un job par un mélange de contraintes légales, d'avantages fiscaux, d'assistance familiale et d'aides à la formation. Elle vise à redonner confiance au demandeur d'emploi, à enrichir son expérience en le responsabilisant. Sous Blair et Brown, être chômeur n'est pas enviable : les indemnités sont faibles et courtes, pour l'inciter à retrouver rapidement un travail. Le licenciement n'a pas non plus le même caractère traumatisant qu'en France. Les Britanniques acceptent généralement de passer par des périodes de réadaptation, qu'ils savent provisoires. Pour se relancer, ils consentent à occuper pendant un certain temps des emplois moins bien payés. Enfin, les entreprises peuvent recruter aisément et licencier assez facilement. Le New Labour vise, en remettant les gens au travail, à créer de la croissance et à dégager ainsi les marges qui permettront d'améliorer les minima sociaux. Principale promesse sociale de Blair, le salaire minimum a été instauré en 1999. Il a, depuis, presque doublé. Les idées du New Labour survivront-elles à Tony Blair ? Gordon Brown, futur premier ministre, n'a aucune raison de renier un héritage économique et social qui est autant le sien que celui de son prédécesseur. Et son futur adversaire, le conservateur David Cameron, "recentre" avec constance son parti, conscient que, pour la droite, il n'est de salut, précisément... qu'au centre. Il emprunte certains thèmes au New Labour, par exemple en reconnaissant les vertus de la dépense publique ou en ne promettant plus une baisse immédiate des impôts. Non seulement le blairisme a transformé la Grande-Bretagne, mais il a aussi déteint sur les habits de la droite. http://www.lemonde.fr/web/article/0,...-924316,0.html |
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#2
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Le socialiste Tony Blair est beaucoup moins à gauche que les socialistes français et se situe à peu près sur la même ligne politique que Sarkozy Lorsqu'on parle de "gauche" ou de "droite", il faut dire à qui on fait allusion car cette notion varie énormément d'un pays à un autre Rappellons qu'au Royaume Uni, les prélèvements obligatoires sont de 35 % contre 45 % en France. Les anglais ont donc une marge de manoeuvre plus importante qu'en France en matière de dépenses publiques. Dans la dernière décennie, T.Blair a augmenté la dépense publique mais le post de Tiznit75 précise bien que cela intervient après plusieurs décennies de sous-investissement |
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