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Les troubles mentaux de tous ordres touchent un Belge sur quatre à un certain moment de sa vie. Et pourtant, seul un souffrant sur trois consulte un professionnel pour en guérir. Pire, 20 pc d'entre eux ressortent de la consultation sans traitement du tout. L'étude qui pose ces constats a été réalisée pendant quatre ans (1999-2002) dans six pays européens - dont la Belgique - par ESEMeD (centre d'études européen sur l'épidémiologie des troubles mentaux). Pas moins de 21.000 personnes ont été interrogées, dont près de 2.500 en Belgique. L'étude commence à livrer ses premiers résultats, qui ont été présentés mercredi au cours d'une conférence de presse à Bruxelles. Les troubles mentaux - la plupart du temps des dépressions ou des crises d'angoisse, mais aussi l'alcoolisme - ont un impact important sur la vie quotidienne, confirme l'étude, entraînant chez la personne un fonctionnement de moindre qualité dans 25 pc du temps de travail, soit environ 8 jours par mois. Il s'agit là d'un handicap deux fois plus important que dans le cas de troubles physiques tels que les maladies cardio-vasculaires, l'arthrite ou le diabète. En Belgique particulièrement, l'étude pointe du doigt le peu de démarches qu'effectuent les personnes souffrantes auprès des spécialistes, puisque seule une personne concernée sur trois consulte un professionnel pour ses problèmes émotionnels. Les raisons sont classiques: l'idée que le problème disparaîtra de lui-même et uniquement grâce à soi-même, mais également les considérations financières et, "surtout", insiste le responsable belge de l'étude, le Pr. Koen Demyttenaere (KUL), le fait de ne pas savoir où chercher de l'aide (32 pc des cas). De plus, trop souvent, l'aide apportée est inadéquate (médication inappropriée, manque d'entretiens psychologiques) et même, dans 20 pc des cas, tout à fait nulle. Pour la dépression en particulier, seules 43 pc des personnes atteintes sollicitent une aide professionnelle. Et là encore, le traitement est souvent inadéquat, stigmatise ESEMeD. Pour Koen Demyttenaere, la moyenne dans les hôpitaux belges de 2,5 lits "psychiatriques" par tranche de 100.000 habitants - ce qui fait de la Belgique le pays européen le mieux fourni sur ce plan - dénote un problème de fond: le pays envisage trop exclusivement le traitement des troubles mentaux par médicamentation. Les voies à creuser sont, pour l'ESEMeD, une formation plus approfondie en la matière des étudiants en médecine et des praticiens, mais également une information plus poussée de la population sur les troubles mentaux et les endroits où trouver un traitement adéquat. Mais dans tous les cas, insiste le Pr. Demyttenaere, le plus important est de faire la démarche d'en parler. Belga Le Soir du 12/11/2003. |