Clearstream : le général Rondot implique Michèle Alliot-Marie Interrogé le 4 juillet par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons, chargés de l'affaire Clearstream, le général Philippe Rondot a affirmé avoir tenu la ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, au courant des agissements de Jean-Louis Gergorin, l'auteur des lettres anonymes au juge Van Ruymbeke dénonçant des personnalités, dont Nicolas Sarkozy. Les magistrats cherchaient notamment à savoir si Mme Alliot-Marie, à l'époque ministre de la défense, aurait dû révéler la manipulation à la justice.
Dans la note interne récemment exhumée de la mémoire de son ordinateur, datée du 26 mai 2004, le général Rondot avait noté un "développement" de l'affaire : Jean-Louis Gergorin lui avait confié, quelques jours plus tôt, qu'il avait transmis les courriers anonymes au juge Renaud Van Ruymbeke à la demande de Dominique de Villepin, alors ministre de l'intérieur. Le 26 mai 2004, dans cette même note, il écrivait aussi : "Le 11 mai, j'ai rendu compte au ministre de la défense de ce dernier développement."
A la date du 11 mai 2004, sur son agenda saisi par la justice, figurait effectivement un rendez-vous avec sa ministre de tutelle, à 17 h 15. Confirmation du général Rondot, devant les juges, le 4 juillet : "Si je l'ai écrit, (...) c'est que j'en ai parlé à Mme Alliot-Marie, mais je ne me souviens pas avec quelle précision (...) Je n'ai pas remis de copie de cette lettre anonyme le courrier adressé par M. Gergorin au juge Van Ruymbeke au ministre, ni ne lui ai présenté la copie que je détenais. J'ai rapporté à Mme Alliot-Marie ce que M. Gergorin m'avait dit de ses contacts avec le juge Van Ruymbeke, c'est-à-dire que M. Gergorin lui avait remis une lettre anonyme comme il l'avait décrit."
AFFIRMATIONS DÉMENTIES
Le général Rondot n'a pu se souvenir s'il avait mentionné à Mme Alliot-Marie le rôle prêté à M. de Villepin par M. Gergorin. Les affirmations du général Rondot sont vivement démenties par Mme Alliot-Marie. "Lors de notre entretien du 11 mai 2004, le général Rondot m'a fait part de l'avancement de ses recherches portant exclusivement sur des personnels de la défense, a-t-elle indiqué au Monde, jeudi 12 juillet. Il m'a fait part de ses doutes, car il n'avait pas recueilli d'éléments corroborant ces informations, et a demandé à poursuivre ses vérifications. Il ne m'a absolument pas informé d'une rencontre entre Jean-Louis Gergorin et le juge Van Ruymbeke. Le général Rondot m'a affirmé, et me l'a écrit fin 2004 puis encore en 2005, n'avoir aucune certitude sur l'identité du "corbeau", même si, d'après lui, les rumeurs désignaient Jean-Louis Gergorin. Comment aurait-il pu m'affirmer et m'écrire cela s'il m'avait informé en mai 2004 d'une rencontre entre M. Gergorin et le juge Van Ruymbeke ? C'est totalement contradictoire."
Il s'est en revanche rappelé qu'il avait "fait lire" à Philippe Marland, le directeur de cabinet de Mme Alliot-Marie, les notes mentionnant l'éventuelle implication de M. de Villepin dans la manipulation. Notes seulement connues, à en croire le général Rondot, de M. Marland, et de M. de Villepin, et qui devaient être détruites avec l'assentiment de ce dernier. Les juges pourraient vouloir entendre à nouveau M. Marland et Mme Alliot-Marie.
Gérard Davet
Article paru dans l'édition du 13.07.07.
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