Algérie: la saison des mariages gâchée par la fermeture des salles des fêtes AFP 16.07.07 | 06h50
La saison des mariages en Algérie a été gâchée en 2007 par la décision des autorités de fermer des centaines de salles des fêtes ne présentant pas des garanties suffisantes de sécurité et d'hygiène. Depuis le début de l'été, pour des milliers de jeunes convolant en justes noces, c'est le parcours du combattant pour réserver une soirée dans une des rares salles restées ouvertes, à des prix qui se sont envolés. Le ministère de l'Intérieur a sommé les propriétaires de se mettre en conformité avec une nouvelle loi fixant les modalités d'exploitation des établissement de spectacles, qui s'applique désormais aux salles de fêtes familiales. Classées dans la même catégorie que les boîtes de nuit et les cabarets, considérées comme des lieux de "débauche" en Algérie, ces salles familiales doivent notamment présenter les mêmes garanties d'hygiène et de sécurité. Auparavant, il suffisait d'une attestation de la mairie, d'un avis de conformité de la protection civile et d'un registre de commerce pour obtenir une autorisation illimitée d'exploitation d'une telle salle des fêtes. Les nouvelles conditions sont jugées "draconiennes" par le Comité national des salles des fêtes (CNSF). "Plus de 80% des exploitants des salles des fêtes ont reçu des ordres de fermeture. Alger est la plus touchée. 200 salles sur 280 ont baissé le rideau", a affirmé à l'AFP le vice-président du CNSF Benalia Kremiai. L'Algérie compte près de 800 salles des fêtes familiales, précise-t-il. Le CNSF récuse notamment une disposition de la loi fixant à 30 ans l'âge minimum du gérant. "Cette mesure est aberrante. La population algérienne est composée en majorité de jeunes de moins de 30 ans. Les gérants ont contracté des prêts bancaires pour investir", souligne M. Kremiai. "Les familles sont inquiètes. Des couples ont dû annuler leurs noces. Je reçois chaque jour une dizaine de personnes à la recherche de salles de substitution", affirme Abdelkader Boukhechba, gérant d'une salle à Hussein-Dey, (banlieue est d'Alger). Il affiche complet jusqu'à mi-septembre. Depuis le début de l'été les prix ont flambé. "Les salles autorisées ont doublé leurs tarifs", affirme la gérante d'un de ces établissement à Kouba (banlieue sud). Si les plus nantis peuvent s'offrir dans les quelques palaces d'Alger, des cérémonies nuptiales somptueuses, rehaussées par des chanteurs de charme que les familles se disputent à coups de milliers d'euros, les couples de la classe moyenne, au salaire mensuel moyen de 200 euros, ne peuvent suivre. Le coût minimum d'une soirée familiale se situe entre 1.000 et 3.000 euros. Aussi, pour recevoir leurs hôtes accourus des quatre coins du pays, ces couples aux revenus modestes doivent se contenter d'une terrasse de fortune prêtée par un voisin, la cour d'une maison traditionnelle ou le terre-plein d'une cité, au milieu des tours et des barres d'immeubles. Le coût excessif de la fête figure parmi les raisons souvent avancées pour expliquer le recul de l'âge du mariage en Algérie, en plus de l'allongement de la durée des études, de l'élévation du niveau scolaire des filles et de la difficulté pour les nouveaux couples de trouver un logement indépendant, note le sociologue Nacer Djabi. Les hommes se marient en moyenne à 35,5 ans et les femmes à 32,2 ans, selon une étude pour l'année 2006 sur 300.000 mariages enregistrés. Il y a 20 ans, l'âge moyen du mariage était de moins de 27 ans. |