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Un nouveau farwest pour le vignoble français ? Crédit Photo : DR . Tout comme les centres d'appels de téléphonie ou les chaînes de montage, le vin français peut-il être délocalisé ? . Un certain nombres d'acteurs tentent leur chance dans le nouveau farwest du vignoble, avec des motivations très différentes. Sophie LUTRAND - le 18/07/2007 - 19h06 L'hémorragie qu'a connue l'industrie textile française pourrait-elle s'appliquer au vin? Les vignobles sont-ils délocalisables ? Peu lisibles, trop cher à produire, les vins français sont en crise. Surproduction pour certains, difficultés à se vendre et notamment à l'étranger pour d'autres, quelques producteurs n'hésitent pas à acheter des terrains en Amérique du sud, Australie, Nouvelle-Zélande et même en Afrique du Nord. On arrache en France, on replante à l'étranger ? Présent au Chili depuis 2001 et en Afrique du Sud depuis 2006, le groupe Laroche cite des coûts de production quatre fois moins chers que dans le Languedoc. "C'est la main d'œuvre surtout qui est meilleur marché car les machines sont tout aussi chères", explique le PDG Michel Laroche. "Les économies dégagées nous permettent d'avoir un budget communication et marketing plus important et donc de mieux promouvoir nos vins sur le marché international". Pour le moment, le groupe, surtout connu pour son Chablis et ses vins de Languedoc, réalise 5% de son chiffre d'affaires avec les vins du nouveau monde. Mais après avoir investi près de 7 millions d'euros dans ces deux pays, il espère que chacun représentera 25% de son chiffre d'affaires d'ici 5 ans. S'implanter sur de nouveaux marchés "Pas besoin d'aller si loin pour produire des vins exotiques qui correspondent au nouveau goût des consommateurs", selon Franck Crouzet, directeur de la communication de Castel. La première entreprise de négoce française est présente au Maroc (1500 hectares et 7 millions de bouteilles), en Tunisie, en Azerbaïdjan et en Chine. D'ailleurs, les deux vins étrangers les plus vendus en France viennent du Maroc ou d'Algérie, le Boulaouane et le Sidi Brahim, soit 6 millions de bouteilles vendus dans l'Hexagone chaque année. Ils appartiennent tous deux au groupe Castel. "C'est moins une affaire de coûts que de goût", estime le responsable communication. "Nous n'y faisons que des vins de cépage, Cabernet, Sauvignon, Merlot". Autre argument plaidant en faveur d'une expatriation : mettre un pied dans la porte. C'est le cas notamment de Castel qui avoue s'être implanté en Chine et en Russie pour des raisons politiques et économiques : au Maroc, il s'agissait d'une demande du pouvoir pour aider un secteur en difficulté. En échange, la marque pouvait entrer sur le marché. En Russie et en Chine, marchés jugés prometteurs, Castel s'est associé avec deux pointures locales : le Français apporte le savoir-faire, leurs partenaires, les financements. Et en ligne de mire, le marché local. Des prix de 1 à 5 "Pour moi, soit on va à l'étranger pour produire moins cher, soit pour pouvoir planter des vignes quand on veut et où on veut en échappant à l'acharnement paperassier français", estime quant à lui Jean-Marie Bourgeois, ex-PDG du groupe Henri Bourgeois, producteur de Sancerre. Car en France, la plantation de nouvelles vignes est encadré. "On ne peut planter que 25 à 30 arrhes supplémentaires par an. Or nous manquons toujours de vin", explique le viticulteur. C'est donc à l'étranger qu'il est allé planter son drapeau en 2000 : en Nouvelle-Zélande. "Alors qu'il faut plusieurs années pour avoir l'autorisation de planter en France, en Nouvelle-Zélande, l'affaire est pliée en quelques mois". Depuis, un nouveau vin est né : le Clos Henry, vendu autour de 14 euros la bouteille, soit presque aussi cher que les meilleures cuvées de son sancerre. La plus grande élasticité des prix est un argument que citent plusieurs professionnels français. "Un chablis, c'est une marque commune à tous les producteurs et le prix oscille très peu : entre 10 et 15 euros la bouteille", explique Michel Laroche. "Le prix d'une bouteille de Chardonnay produite dans le nouveau monde varie de 10 à 50 dollars. Le spectre est beaucoup plus large". Cet iconoclaste n'hésite pas à dire que le vin est un produit comme les autres et à prendre exemple sur l'industrie du luxe : "la haute couture ne rapporte pas d'argent mais c'est une image qui permet de vendre des sacs et des accessoires". Pas question donc de cesser la production française. Les consommateurs lassés des vins de cépage ? La philosophie est différente chez Jean-Marie Bourgeois mais le constat identique. La notoriété de son vin néo-zélandais a accru les ventes de ses crus français. "Les négociants internationaux veulent des gammes dans le même esprit : Clos Henry a boosté nos ventes françaises". Des bémols ? "Oui, la production de vins par des Français à l'étranger ne représente quasiment rien en volume", estime Hervé Pons, sous-directeur de l'interprofession Viniflore. "Une délocalisation, c'est quand on ferme en France pour relancer une activité à l'étranger. Là, ce n'est pas le cas", poursuit-il. "Le mouvement se calme", enchérit Hervé Henrotte, chef de projet vins et spiritueux chez Ubifrance. "Il n'y a pas d'eldorado à l'étranger. Les vins français ont des efforts à faire mais il ne faut pas jeter le système des appellations pour des effets de mode". Selon ce spécialiste qui conseille les entreprises, les consommateurs anglo-saxons commencent à se lasser du Chardonnay à toutes les sauces. D'où l'intérêt des vins français et de leur immense diversité. |
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