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Vieux 12/08/2007, 19h02
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Par défaut Le pouvoir marocain lance une offensive contre la presse

A un mois des élections législatives marocaines, le palais royal semble déterminé à rappeler que la liberté de la presse a des limites. Ahmed Benchemsi, le jeune directeur (33 ans) de deux magazines réputés, Tel Quel (20 000 exemplaires en moyenne, francophone) et Nichane (20 000 exemplaires, arabophone), risque d'en faire les frais, comme, avant lui, l'équipe du Journal Hebdomadaire.




Benchemsi comparaîtra en justice le 24 août. Ce journaliste à la plume brillante et irrévérencieuse a été inculpé, le 6 août, de "manquement au respect dû à la personne du roi". Il risque jusqu'à cinq années de prison.

Son crime ? Avoir consacré son dernier éditorial, rédigé en français et en dirija (arabe dialectal marocain), à un récent discours du souverain. Sous le titre "Où tu m'emmènes, mon frère ?" - référence à une célèbre chanson des années 1970 -, Benchemsi interpellait directement le souverain, lui reprochant en substance de monopoliser trop de pouvoirs et de se poser indûment en garant de la démocratie au Maroc.

Ce n'est pas tant le fond de son éditorial que la forme qui a valu à Benchemsi d'être interrogé pendant vingt heures par la police de Casablanca, samedi et dimanche, puis assigné en justice, tandis que ses deux revues étaient saisies et pilonnées. En utilisant l'arabe dialectal, langage sans détour, presque cru, le journaliste a aggravé son cas. "J'ai donné l'impression d'avoir oublié l'étiquette, alors que je m'adressais au roi ! Je lui ai parlé comme à un homme, lui, le "Commandeur des croyants" ! Au Palais, ils ont pris cela pour une insolence, alors que mon intention n'était pas du tout d'être insultant", déplore Benchemsi.

Cette affaire intervient dans un climat déjà tendu entre la presse marocaine et le pouvoir. Deux journalistes d'un autre hebdomadaire arabophone, Al Watan al-An (20 000 exemplaires), sont poursuivis pour avoir "subtilisé des documents confidentiels touchant à la sûreté de l'Etat". Il leur est reproché d'avoir utilisé ces documents pour rédiger un dossier, publié le 14 juillet, ayant pour titre "les rapports secrets derrière l'état d'alerte au Maroc."


TOUR DE VIS


Si le directeur d'Al Watan al-An, Abderrahim Ariri, a été laissé en liberté provisoire, l'auteur du dossier, le journaliste Mustapha Hormatallah, est, quant à lui, sous les verrous depuis le 17 juillet. Le jugement est attendu pour le 15 août. Huit militaires, accusés d'être à l'origine de ces "fuites" à la presse ont, quant à eux, été condamnés, mardi 7 août, à des peines de prison allant de six mois à cinq ans par le tribunal militaire de Rabat.

La liberté d'expression au Maroc ressemble-t-elle aujourd'hui à "une cavalcade dans un champ de mines", comme l'affirme Ahmed Benchemsi ? Dans l'ensemble, les journalistes marocains se disent inquiets. "Il y a toujours eu des problèmes, par-ci, par-là, mais cette fois-ci, le durcissement est global et général. C'est grave", estime Younès Moujahid, le secrétaire général du Syndicat national de la presse marocaine.

De son côté, Ali Ammar, directeur du Journal Hebdomadaire, qui a souvent eu des démêlés avec le pouvoir, accuse les autorités de "terroriser la chaîne de production" de la presse indépendante en exigeant des imprimeurs des journaux de se montrer "vigilants", et de "restaurer la censure préalable" comme à l'époque des années 1970. Pour lui, la "libre expression" est sans nul doute menacée au Maroc.

Au ministère concerné, on s'en défend catégoriquement. "Dans deux ou trois affaires récentes, les journalistes ont commis des atteintes graves aux règles élémentaires de la profession, déclare Nabil Benabdallah, le ministre de la communication. On a le droit, au Maroc, de discuter des orientations et des discours royaux, mais il faut le faire sans verser dans des propos pour le moins inélégants."

L'universitaire Khadija Mohsen-Finan décèle dans la "fébrilité" actuelle du pouvoir à l'égard de la presse le signe d'une inquiétude à l'approche des législatives du 7 septembre. Les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) pourraient devenir la première formation politique au Parlement.

Pour cette chercheuse à l'Institut français des relations internationales, cette inconnue est difficile à gérer pour les autorités marocaines. "En tapant du poing sur la table, de façon très visible, la monarchie montre qu'elle ne laissera pas le champ libre aux islamistes et que le PJD n'aura pas le monopole de la moralisation de la vie publique", estime-t-elle.

Le roi peut d'autant mieux donner ce tour de vis, ajoute Khadija Mohsen-Finan, que beaucoup, au Maroc, ne voient pas d'un mauvais oeil de tels rappels à l'ordre, à l'inverse d'un pays comme la France où cette attitude est interprétée comme "un recul".

c'est quoi cette liberté de la presse muselée ?
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« Rien ne sert de penser, faut réfléchir avant. » Pierre Dac
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