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| Suite et fin du chapitre 5 « Chaque fois qu'une communauté pénétrera dans le feu, elle maudira sa soeur. Quand elles s'y retrouveront réunies, la dernière venue dira de la première : Seigneur ! Voici ceux qui nous ont induits en erreur ! Inflige-leur donc un double châtiment de feu ! Dieu répondra : chacun recevra le double, mais vous n'en savez rien. » (Coran : 7, 37-38) Ce feu dans lequel on parle et « qui est nourri d'hommes et de pierres » (Coran : 2, 24) relève du mystère. Ce qui en est dit l'est par simples métaphores. On ne doit toutefois pas conclure de ces propos que nous nions l'existence d'un châtiment corporel pour ne retenir que le châtiment moral. En effet, l'existence du premier est aussi clairement affirmée. Il n'est nullement permis d'en douter et nous y croyons. Nous disons cependant que les caractéristiques précises et détaillées de ce châtiment corporel nous échappent. Elles relèvent du mystère, comme d'ailleurs le feu de l'enfer. À en juger d'après les métaphores coraniques, il apparaît que ce feu est différent de celui d'ici-bas. Il semble aussi que les corps ayant à l'endurer soient différents des corps terrestres et délicats que sont les nôtres ici-bas. Il en va de même pour le paradis. Ce n'est pas un marché de légumes, de dattes, de grenades et de raisin. Les descriptions qu'en donne le Coran sont à nouveau de simples métaphores, des exemples, des approximations. « Voici comment se présente le Jardin promis à ceux qui craignent Dieu : il y aura des rivières à l'eau incorruptible et des fleuves de lait au goût inaltérable. » (Coran : 47, 15) Cette description n'est qu'une illustration pour mieux faire comprendre. Toutefois, la réalité précise reste mystérieuse. « Nul ne connaît la joie que Je leur réserve en récompense de leurs actions. » (Coran :32, 17) « Un jardin large comme les cieux et la terre... » (Coran :3, 133) Ce n'est donc pas un banal jardin. « Une abondance de fruits non cueillis à l'avance, ni interdits... » (Coran : 56, 32) Des fruits différents des nôtres par conséquent. « Un vin dont ils ne seront ni indisposés, ni enivrés... » (Coran : 56, 19) Il ne s'agit donc pas de notre vin qui donne des maux de tête et fait perdre la raison. Dieu dit des habitants du paradis : « Nous avons extrait de leurs coeurs la haine qui y couvait encore. » (Coran : 7, 42) La purification de ces âmes s'opère d'une façon qui nous échappe. Le paradis relève donc, lui aussi, du mystère. De tels propos ne sont en rien une négation du bonheur sensible. Nous croyons en effet que la vie paradisiaque est un bonheur à la fois sensible et spirituel, tout comme le feu de l'enfer est un châtiment avec ces deux mêmes caractéristiques. Le point sur lequel nous voulons insister est le suivant : les circonstances détaillées de ce bonheur et de ce châtiment sont mystérieuses. En tout cas, le paradis n'est pas un marché de fruits et de légumes et le feu de l'enfer n'est pas une rôtissoire ! Par le châtiment dans l'Au-delà, Dieu ne veut pas démontrer sa Puissance en détriment de ses serviteurs. Il veut seulement les purifier, les amener à la connaissance, les corriger et leur manifester sa Miséricorde. « Pourquoi Dieu nous infligerait-Il un châtiment si vous êtes reconnaissants et si vous croyez ? » (Coran : 4, 147) Le fondement du comportement divin est l'absence de châtiment. Il n'y a pas de punition pour le croyant parvenu à la connaissance de Dieu. Le châtiment divin se déverse uniquement sur l'infidèle obstiné, sur celui pour qui tous les moyens ont échoué pour le conduire sur le Droit Chemin par la voie de la connaissance et de la compréhension. « Assurément Nous leur ferons goûter un châtiment immédiat dans l'attente du grand châtiment. Peut-être reviendront-ils ? » (Coran : 32, 21) C'est ainsi que Dieu se comporte. Il fait goûter aux humains un châtiment moindre ici-bas pour les réveiller de leur torpeur, pour les faire sortir de leur surdité et de leur léthargie : « Peut-être reviendront-ils ? » Si les infidèles s'obstinent dans leur refus de croire, tous les moyens utilisés s'étant révélés inefficaces, il ne reste plus à Dieu qu'à les exposer au châtiment véritable pour les amener à la connaissance. Et faire connaître la vérité, n'est-ce pas la miséricorde même ? Si Dieu les laissait dans leur aveuglement, leur ignorance et leur négligence, Il serait injuste. Mais - qu'Il soit exalté ! - « Il est élevé à une grande hauteur » au-dessus de pareille éventualité. Il fait montre de sa Providence en exposant ces ignorants au feu de l'enfer. Tout ce qu'Il fait est inspiré par sa Miséricorde : Il envoie l'infidèle en enfer pour l'éduquer et lui faire connaître ce qu'il a voulu ignorer ; Il réserve le paradis au croyant pour lui manifester sa faveur et sa Générosité. « Ma Miséricorde s'étend à toute chose. » (Coran : 7, 156) Oui ! Dieu a voulu que sa Miséricorde s'étende à toute chose, même au châtiment. Que l'on me permette une nouvelle fois d'interroger notre cher docteur. À son avis, Dieu serait-Il plus juste s'Il ne mettait aucune différence entre oppresseurs et opprimés, entre assassins et victimes, et s'Il organisait une fête dans l'Au-delà en l'honneur de tous sans distinction ? Est-il juste, selon notre docteur, que le blanc et le noir soient des couleurs identiques ? D'aucuns pensent que le châtiment est indigne de Dieu. Nous leur répondons : Dieu ne nous punit-Il pas de fait ici-bas ? Que sont la vieillesse, la maladie et le cancer sinon de réels châtiments ? Et qui a créé les microbes ? Ces réalités ne sont-elles pas autant d'avertissements que nous sommes en présence d'un Dieu qui peut punir ? |
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| Chapitre 6 La religion est-elle un opium ? Mon ami me dit en clignant des yeux : - Selon certains, la religion est un opium pour les pauvres et les opprimés. Pour les endormir, leur faire oublier leur pauvreté et l'injustice de leur état, elle les transporte dans des rêves de paradis et de houris. Dans le même temps, elle affermit les riches dans leur opulence, sous prétexte qu'elle leur revient de droit, Dieu ayant créé les hommes selon divers rangs. Qu'en penses-tu ? Que penses-tu ensuite de ceux qui prétendent que la religion n'a pas été révélée par Dieu, mais qu'elle provient d'ici-bas et qu'elle est née d'un contexte social pour servir d'arme au profit dune classe contre une autre ? Mon ami faisait allusion aux matérialistes et à leurs théories. Je lui répondis : - Rien de plus incohérent que cette erreur selon laquelle la religion serait un opium ! En réalité, la religion est faite d'obligations, d'engagements, de conscience des responsabilités. Elle ne favorise pas la démission ou l'abdication. Elle n'est pas une fuite des responsabilités. Elle n'est pas un opium. Notre religion encourage l'action, non la fainéantise : « Dis : agissez ! Dieu verra vos actions. » (Coran : 9, 105) S'il faut, selon nous, s'abandonner à Dieu, cela ne signifie pas se résigner passivement. L'abandon à Dieu suppose que l'on soit ferme dans sa décision, que l'on fasse tout son possible, que l'on dépense le maximum de son énergie et de son esprit inventif pour s'en remettre ensuite au Décret et à la Sagesse de Dieu. « Lorsque tu as pris une décision, place ta confiance en Dieu. » (Coran : 3, 159) Mais la décision d'abord ! À celui qui veut laisser sa chamelle en liberté, en s'en remettant à la garde de Dieu, le Prophète déclare : « Attache-la et mets ta confiance en Dieu ! » Autrement dit : Fais d'abord tout ton possible ! Attache solidement ta chamelle et mets ensuite ta confiance en Dieu ! La religion suppose de la part de l'homme qu'il soit éveillé, attentif, vigilant. En toute action, parole ou décision, il doit jauger les mouvements de son âme et examiner sa conscience. Or cela n'est le cas de ceux qui font usage de l'opium. Le véritable opiomane est en fait le matérialiste qui nie la religion pour fuir ses responsabilités et ne pas avoir à supporter les conséquences de ses actes. Ou bien celui qui s'imagine que le présent lui appartient, sans personne pour le surveiller et lui demander des comptes. Ou encore celui pour qui il n'y a pas de résurrection après la mort de telle sorte qu'il puisse faire tout ce qui lui plaît. Mais quelle ressemblance entre un tel homme et le Musulman religieux qui s'estime responsable de son prochain et qui, dès qu'un seul de ses semblables a faim ou que l'on frappe un animal, se reproche à lui-même de ne pas avoir accompli ce que sa religion lui impose ? En outre, il n'est pas exact que la religion provienne d'ici-bas et qu'elle soit née d'un contexte social pour servir d'arme au profit d'une classe contre une autre, pour maintenir le riche dans son opulence et le pauvre dans sa misère. Au contraire ! L'Islam est venu prêcher la révolte contre les riches, contre ceux qui thésaurisent, contre ceux qui exploitent et oppriment autrui. Il a ordonné clairement que l'argent ne soit pas un monopole exclusif des riches, mais un droit pour tous. « Annonce un pénible châtiment à ceux qui amassent l'or et l'argent sans rien dépenser sur le chemin de Dieu. » (Coran : 9, 34) Il est tout d'abord nécessaire de s'acquitter de l'aumône légale, soit 2,5 % de ses revenus. Ensuite, libre à chacun de distribuer tout son avoir, de telle sorte qu'il ne lui reste que son pain quotidien. « Ils t'interrogent au sujet de l'aumône. Dis : donnez votre superflu. » (Coran : 12, 219) Le superflu est tout ce qui excède le nécessaire pour vivre. L'Islam a donc fait le lien entre l'obligation imposée par la Loi musulmane et celle découlant d'un libre choix de la conscience. Cela est plus respectueux de l'homme que ne le serait la spoliation des biens par la force et la confiscation. On parvient ainsi à un pourcentage supérieur à 90 %, sans qu'aucune contrainte ne soit exercée. L'Islam est apparu, non pas pour encourager l'injustice des oppresseurs, mais pour prêcher la révolte ouverte contre eux. Sa venue déclencha la guerre contre les tyrans et les despotes. Les matérialistes accusent la religion d'être rétrograde et de favoriser la division de la société en classes sociales. Ils se réfèrent ici aux versets suivants : « Dieu a favorisé certains d'entre vous, plus que d'autres. » (Coran : 16, 71) « C'est Nous qui élevons de quelques degrés certains d'entre eux au-dessus des autres. » (Coran : 43, 32) Nous répondons que ces citations s'appliquent tout autant à Paris, Berlin et Moscou qu'au Caire, à Damas ou à Jedda. En nous promenant à Moscou, nous rencontrons des gens qui se déplacent à pied, d'autres à bicyclette, d'autres en Moscovitch, d'autres enfin en voiture de luxe. N'est-ce pas la preuve que tous n'ont pas le même niveau de vie, la même situation sociale, le même standing ? La disparité entre les hommes est une réalité que le communisme n'a pas pu supprimer. Même les matérialistes et les anarchistes les plus fanatiques n'ont pas prôné l'existence de l'égalité, car elle est impossible. Comment déclarer égaux des êtres qui ne le sont pas ? Dès leur naissance, les hommes sont inégaux. En intelligence, en force, en beauté, en talents, en toutes choses, des degrés les séparent. Les doctrines économiques ont pu, tout au plus, aspirer à l'égalité des chances offertes à tous pour que chacun ait accès, au même titre que les autres, à l'instruction, à l'aide médicale, au minimum vital. C'est exactement ce que prêchent les religions. [...] |
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| Suite du chapitre 6 La religion ne reste pas silencieuse devant les disparités qui séparent les riches des pauvres. Au contraire, elle ordonne que cette situation soit rétablie sur des bases plus équitables, en accordant au pauvre une part des biens du riche. Selon elle, ces différences sont une épreuve, un test : « Nous faisons de certains d'entre eux une tentation pour les autres, afin de savoir si vous êtes constants. » (Coran : 25, 20) Voyons ! Que fera le puissant de sa force ? S'en servira-t-il pour secourir les faibles, ou bien pour frapper, tuer, s'imposer sur cette terre ? Que fera le riche de sa richesse ? L'utilisera-t-il pour opprimer les autres ? La gaspillera-t-il inutilement, ou s'en servira-t-il pour faire le bien et soulager les besoins d'autrui ? Que fera le pauvre de sa pauvreté ? Se laissera-t-il guider par l'envie et la haine ? S'adonnera-t-il au vol et au pillage, ou bien travaillera-t-il, prendra-t-il de la peine pour s'efforcer d'élever son niveau de vie en respectant la loi et la justice ? En ordonnant la justice et l'amélioration de la condition sociale sur la base de possibilités égales offertes à tous, la religion rappelle la menace du châtiment dans l'Au-delà. Elle affirme qu'il y aura dans cet Au-delà des degrés encore plus nettement marqués pour que soient finalement réalisées les réformes qui ne l'auront pas été ici-bas. « Il y aura des degrés élevés dans la vue future et une supériorité plus grand encore. » (Coran : 17, 21) À ceux qui accusent l'Islam d'être rétrograde sur le plan politique, nous répondons qu'il n'y a pas de loi plus progressiste, concernant le système de gouvernement, que celle apportée par l'Islam. Le respect de la personne y atteint son sommet. L'Islam a, en cela, précédé et dépassé la Déclaration des Droits de l'Homme. Pour lui, en effet, l'individu équivaut à l'humanité entière. « Celui qui a tué un homme qui lui-même n'a pas tué ou qui n'a pas commis de violence sur la terre, est considéré comme ayant tué tous les hommes ; celui qui sauve un seul homme est considéré comme ayant sauvé tous les hommes. » (Coran : 5, 32) Qu'un responsable politique ait à son actif des réalisations, des réformes, des projets d'urbanisation, la construction de barrages et d'usines, etc., peu importe ! S'il tue une seule personne injustement en vue de telle ou telle réforme, il sera considéré comme ayant tué tous les hommes. Aucune doctrine politique, du passé ou du présent, n'est parvenue à un tel sommet dans le respect de l'individu. Alors qu'il a une valeur relative dans toutes les doctrines politiques, l'individu a, en Islam, une valeur absolue. Il est invulnérable dans sa demeure, ses secrets (pas d'espionnage ni de calomnie), son argent, ses moyens de subsistance, ses biens, sa liberté... Tout a sa place dans le Coran, même les salutations, même la manière d'accueillir les autres et d'être courtois à leur égard. Dieu dit au Prophète, si parfait et compétent soit-il : « Tu n'es pas pour eux un despote. » (Coran : 50, 45) « Fais entendre le Rappel ! Tu n'es que celui qui fait entendre le Rappel et tu n'es pas chargé de les surveiller. » (Coran : 88, 21) « Les croyants sont frères. » (Coran : 49, 10) Dieu a interdit de rendre un culte aux gouvernants et de déifier les grands de ce monde : « Nul parmi nous ne se donne de Seigneur, en dehors de Dieu. » (Coran : 3, 64) « Ton Seigneur a décrété que vous n'adoriez que Lui. » (Coran : 17, 23) Il a condamné l'esprit grégaire, la démagogie et la soumission aveugle à la majorité trompeuse : « La plupart des hommes ne savent rien. » (Coran : 12, 21) « La plupart des hommes ne comprennent pas. » (Coran : 29, 63) « La plupart des hommes ne croient pas. » (Coran : 13, 1) « Ils ne suivent que des conjectures et ils se contentent de suppositions. » (Coran : 10, 66) « Ils ne sont comparables qu'à du bétail et plus égarés encore, loin du Droit Chemin. » (Coran : 25, 44) Il a condamné le racisme et le chauvinisme : « Le plus noble d'entre vous, auprès de Dieu, est le plus pieux d'entre vous. » (Coran : 49, 13) « C'est Lui qui vous a créés d'un seul être. » (Coran : 7, 189) L'Islam a opéré la jonction et la synthèse entre le matérialisme du Judaïsme et le spiritualisme du Christianisme ; entre la justice austère qui déclare sèchement : « Oeil pour oeil, dent pour dent » et la charité, la tolérance extrême qui fait dire : « À celui qui te frappe sur la joue droite, présente encore la gauche ». Le Coran est venu réaliser le juste milieu entre l'Ancien Testament [...] et l'Évangile [...]. Il annonce la loi de la miséricorde, synthèse de justice et de charité. Il affirme la légitimité de l'autodéfense, tout en préférant cependant l'indulgence et le pardon des offenses : « Celui qui est patient et qui pardonne fait montre des meilleures dispositions. » (Coran : 42, 43) Si le capitalisme a reconnu à l'individu la liberté du gain allant jusqu'à l'exploitation d'autrui, alors que le communisme a annihilé entièrement cette liberté, l'Islam a préconisé une solution médiane : « Une part de ce que les hommes auront acquis par leurs oeuvres leur reviendra ; une part de ce que les femmes auront acquis par leurs oeuvres leur reviendra. » (Coran : 4, 32) L'individu est libre de rechercher le gain, mais il n'a pas le droit d'accaparer pour lui seul tout le profit qu'il a réalisé. Une part seulement lui revient ; une autre revient au pauvre à titre d'aumône, obligatoire ou volontaire, allant de 2,5 à 90 %. Cette part ne constitue pas une libéralité ou une faveur ; elle est un droit de Dieu sur le gain. En opérant ce partage, l'Islam a merveilleusement contribué à sauvegarder à la fois la liberté de l'individu et le droit du pauvre. Le Coran a donc parfaitement raison de s'adresser à la Communauté musulmane en ces termes : « Nous avons fait de vous une Communauté éloignée des extrêmes. » (Coran : 2, 143) L'Islam est la religion du juste milieu. Le Coran ne nous a pas imposé un régime politique déterminé ou une manière de gouverner minutieusement détaillée, car Dieu savait que les circonstances de la vie sont changeantes. Il s'ensuit que l'homme doit faire appel à son esprit inventif pour élaborer des constitutions qui suivent l'évolution du temps. En outre, les Musulmans devaient rester ouverts à l'échange des connaissances qui s'offriraient à eux à toute époque, sans se renfermer sur une constitution précise. Pour cette raison, le Coran s'est contenté de donner les recommandations politiques générales qui ont été exposées plus haut et qui délimitent les caractéristiques d'un gouvernement idéal. Il ne nous a pas imposé une théorie précise. C'est là l'un des secrets de son caractère miraculeux et de son excellence, et non pas l'indice d'une lacune ou d'une imperfection. Nous constatons donc, une fois de plus, que le Coran fut à l'avant-garde de toutes les théories progressistes. À ceux qui accusent la religion d'immobilisme et de stagnation, nous répondons qu'il n'en a jamais été ainsi pour l'Islam. Au contraire, l'Islam a toujours favorisé la contemplation, la réflexion, l'évolution et le changement. Les versets coraniques, à ce sujet, ne présentent aucune ambiguïté : « Dis : Parcourez la terre et considérez comment Il donne un commencement à la création. » (Coran : 29, 20) « Que l'homme considère donc ce à partir de quoi il a été créé. Il a été créé d'une goutte d'eau répandue, provenant d'entre les lombes et les côtes. » (Coran : 86, 5-7) « Ne considèrent-ils pas comment les chameaux ont été créés ; comment le ciel a été élevé ; comment les montagnes ont été placées ; comment la terre a été aplanie ? » (Coran : 88, 17-20) |
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| Suite et fin du chapitre 6 Le Coran nous demande d'étudier comment l'homme, les animaux et les montagnes furent créés. Il nous invite à observer attentivement les couches de l'écorce terrestre, les cieux, les corps célestes, etc. bref, tout ce que nous entendons de nos jours par géologie, astronomie, anatomie, physiologie, biologie et embryologie. Il nous demande encore explicitement d'explorer la terre et de rassembler des preuves pour nous former un jugement et déduire des lois concernant le commencement de la Création. Cette connaissance correspond à ce que nous savons actuellement par les sciences de l'évolution. L'erreur ne doit pas faire peur. L'Islam récompense en effet celui qui consacre ses efforts à la recherche, même s'il se trompe. Pour celui qui parvient à la vérité, la récompense sera double. On ne saurait prétendre que la religion fut pour nous une cause de sous-développement et que l'athéisme fut pour l'Occident source de progrès. En fait, nous avons pris du retard lorsque nous avons abandonné ce que nous prescrivait notre religion. Mais lorsque les Musulmans obéirent aux injonctions du Coran, ils connurent un réel progrès et l'on vit apparaître un État s'étendant de l'océan Atlantique à la péninsule Arabique. C'est alors que firent leur apparition des savants comme Avicenne en médecine, Averroès en philosophie, Ibn al-Haytham en mathématiques, Ibn al-Nafîs en anatomie et Jâbir Ibn Hayyân en chimie. Le monde entier nous empruntait nos sciences. Jusqu'à nos jours, les constellations gardent leurs appellations arabes dans les dictionnaires européens. L'appareil servant à la distillation s'appelle en français "alambic", mot qui vient de l'arabe al-imbîq. L'essor de l'Occident eut pour cause non pas l'athéisme, mais la science. La confusion remonte au Moyen-Âge, lorsque l'Église exerça sa tyrannie et qu'elle instaura les tribunaux de l'Inquisition. Elle s'opposa alors à la science et aux savants. Galilée fut emprisonné ; Giordano Bruno fut condamné au bûcher. L'Église devint un facteur de retard lorsqu'elle détint l'autorité politique et que la papauté dévia de ses nobles missions. Les critiques superficiels ont pensé que ce constat s'appliquait également à l'Islam, mais c'est une erreur de leur part. Il n'y en effet ni pape, ni clergé en Islam. Dieu n'a établi aucun mandataire ou intermédiaire entre Lui et les Musulmans. Lorsque l'Islam détint le pouvoir, il fut effectivement un facteur de progrès. Nous l'avons déjà démontré et c'est ce qu'atteste l'histoire à l'encontre des assertions superficielles mensongères. En termes explicites, le Coran encourage la science. Il la prescrit même, sans mettre entre elle et la religion la moindre contradiction. « Dis : Mon Seigneur ! Accrois ma science ! » (Coran : 20, 114) « Les savants et les ignorants sont-ils égaux ? » (Coran : 39, 9) « Dieu témoigne, ainsi que les Anges et ceux qui sont dotés d'intelligence : il n'y a de Dieu que Lui. » (Coran : 3, 18) Dans ce dernier verset, les Anges et ceux qui possèdent la science sont associés dans leur appartenance à Dieu et l'honneur de proclamer son Nom. Le premier verset coranique à avoir été révélé commence par ce mot : « Lis ! » Les plus hautes distinctions sont promises aux savants : « Dieu placera à des degrés élevés ceux d'entre vous qui croient et ceux qui auront reçu la Science. » (Coran : 58, 11) Le mot "science" et ses dérivés sont répétés approximativement 850 fois dans le Coran. Comment peut-on alors parler encore de contradiction entre religion et science ? Comment prétendre que la religion fait obstacle à la science ? Dans le sens d'une meilleure compréhension de la religion, l'histoire de l'Islam est remplie de mouvements guidés par un souci de renouveau et d'évolution. Le Coran est donc innocent de l'accusation portée contre lui de s'opposer aux hommes. Tout, dans notre religion, est susceptible d'évoluer. Tout, sauf l'essence même du dogme et le message central de la Loi révélée : l'Unicité de Dieu. Dieu ne peut devenir deux ou trois. C'est une vérité absolue. De même, le mal restera toujours le mal et le bien, toujours le bien. Le meurtre ne sera jamais une vertu, ni le vol une bonne action. Le mensonge ne deviendra jamais un fleuron dont pourraient se parer les hommes vertueux. Ces vérités essentielles mises à part, la religion est ouverte à la réflexion, à la recherche, aux compléments et à l'évolution. L'Islam encourage l'usage de la raison et de la logique puisque, dans son essence, il est lui-même rationnel et logique. Il admet la discussion et le dialogue. En maints endroits, dans de nombreuses pages du Coran, nous rencontrons cette question : « Ne comprennent-ils pas ? » Pour nous, les hommes religieux sont ceux qui sont dotés d'intelligence. « Les pires des bêtes aux yeux de Dieu sont les sourds et les muets qui ne comprennent rien. » (Coran : 8, 22) « Ne parcourent-ils pas la terre ? N'ont-ils pas un coeur pour comprendre et des oreilles pour entendre ? » (Coran : 22, 46) Le coeur même de la religion est le respect de la raison. Le sens positif est le nerf qui la meut et la révolution, l'esprit qui la guide. L'Islam n'a jamais encouragé la lâcheté et l'esprit négatif. « Affrontez sur le chemin de Dieu ceux qui vous combattent. » (Coran : 2, 190) « Dieu aime en vérité ceux qui combattent sur son chemin en rangs serrés comme s'ils formaient un édifice consolidé avec du plomb. » (Coran : 61, 4) Combattre sur le chemin de Dieu par le don de sa personne, de ses biens, de ses enfants... lutter ferme sans battre en retraite... faire front au désespoir par l'endurance et la cohésion des forces, tel est le coeur de notre religion. Comment est-il possible alors d'accuser une religion aussi souple, rationnelle, scientifique, positive et révolutionnaire ? Comment peut-elle être taxée d'immobilisme et de stagnation, sinon par quelqu'un qui, tel notre cher docteur, ne connaît pas le b-a-ba de sa religion et n'a jamais rien lu du Coran ? |
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| Chapitre 7 Et la femme ? Qu'est-elle devenue dans l'Islam ? Mon ami me dit : - N'es-tu pas d'accord avec moi pour reconnaître que l'Islam a une position rétrograde à l'égard de la femme ? Il commença à énumérer sur ses doigts : - La polygamie, la claustration, le voile, le droit de divorce réservé à l'homme, les châtiments corporels, l'histoire des captives de guerre, l'autorité masculine, la double part qu'a l'homme sur l'héritage... Je répondis en reprenant mon souffle : - Les accusations pleuvent cette fois-ci. Il y a beaucoup à dire. Commençons par le commencement, à l'époque de l'"ignorance" qui précéda la venue de l'Islam. Je pense que tu dois être parfaitement informé de ce qui se passait alors : à leur naissance, les filles étaient enterrées vivantes dans le sable ; l'homme pouvait épouser jusqu'à dix, vingt femmes ; il contraignait ses servantes à la prostitution et c'est lui qui empochait l'argent... Lorsque l'Islam apparut, permettant d'épouser quatre femmes, c'est bien une limite qu'il est venu apporter. Il venait sauver la femme de la honte, de la mort, de la servitude, de l'humiliation. La femme est-elle actuellement plus heureuse en Europe avec la dépravation des moeurs si répandue là-bas, avec la multiplication d'amantes qui est devenue une réalité dans de très nombreux ménages ? N'est-il pas plus honorable pour la femme d'être la deuxième épouse de quelqu'un qu'elle aime, en jouissant de tous ses droits d'épouse, que d'être une amante qui doit se cacher pour dérober quelque plaisir ? Notons à ce propos que l'Islam a fait de la polygamie une permission quasiment vaine, étant donné qu'il l'a liée à une condition difficilement réalisable, à savoir la justice envers toutes les épouses : « Si vous craignez de n'être pas équitables, prenez une seule femme. » (Coran : 4,3) « Vous ne pouvez être parfaitement équitables à l'égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir. » (Coran : 4, 129) L'Islam a donc nié la possibilité d'être juste, même pour celui qui le désirerait. Seuls font exception les hommes dotés d'une force plus que normale de détermination, comme les Prophètes, les saints et ceux qui suivent leur voie. Quant au fait que les femmes doivent rester à l'intérieur des maisons, cela est dit des épouses du Prophète Muhammad en leur qualité d'épouses modèles : « Restez dans vos maisons... » (Coran : 33, 3) Entendons par là : que la femme soit une mère et une maîtresse de maison entièrement consacrée aux siens. Tel est l'idéal. On peut imaginer bien sûr un pays où les femmes travailleraient en dehors de chez elles, dans des bureaux par exemple, après avoir mis leurs enfants à la crèche ou dans une garderie. Mais est-ce l'idéal ? N'est-il pas préférable que la femme exerce son rôle de mère et de maîtresse de maison, élevant elle-même ses enfants au sein d'une famille où chacun accomplit la tâche qui est la sienne ? La réponse est évidente. Néanmoins, l'Islam n'a pas nié qu'il puisse être nécessaire à la femme de sortir et de travailler hors de sa maison. Il y a eu, dans l'histoire de l'Islam, des femmes juristes, des poétesses, etc. Les femmes participaient aux guerres, aux travaux scientifiques... Le verset coranique cité plus haut visait uniquement les femmes du Prophète en tant que femmes modèles. Mais entre l'idéal, le possible et la réalité, les paliers sont nombreux. Les femmes du Prophète l'accompagnèrent dans ses expéditions militaires. On ne peut donc rien reprocher à une femme qui laisse sa maison pour aider son mari dans un noble combat. Venons-en maintenant à la question du voile. Nous pensons qu'il est dans l'intérêt de la femme. L'Islam permet à la femme d'avoir les mains et le visage découverts. Mais le reste de son corps doit rester caché. Or, c'est bien connu, ce qui est caché est objet de désir. Les charmes d'une femme sont encore plus attrayants lorsqu'ils ne sont pas exposés. Dans les tribus primitives habituées à la nudité totale, le désir disparaît totalement et la curiosité cesse. L'homme n'a de relations sexuelles avec sa femme qu'une seule fois par mois. Si elle est enceinte, il s'en abstient deux années durant. Lorsque les corps s'amoncellent sur la plage en été, exposant leu nudité à tous les regards, ils ne présentent plus aucun attrait ni aucun charme. Ils deviennent quelque chose de banal qui n'excite plus la curiosité. Il ne fait pas de doute qu'il est de l'intérêt de la femme d'être davantage séduisante et non pas réduite à une telle banalité ! |
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| Suite et fin du chapitre 7 Autre question : le divorce. Comparativement au droit dont dispose l'homme, la femme a elle également le droit de demander le divorce. Elle peut, dans ce but, avoir recours au tribunal et obtenir gain de cause si elle produit les preuves suffisantes. Lors du contrat de mariage, elle peut encore exiger le maintien de son droit à la demande directe de divorce, à égalité avec l'homme. [...] Ce qu'affirme le Coran du châtiment corporel et de la claustration concerne uniquement la façon de traiter l'épouse récalcitrante. Autrement, la femme a droit à l'affection et à la tendresse de son mari. Les affirmations coraniques font preuve ici d'une étonnante compréhension de ce qu'est la violation des droits maritaux. Elles correspondent aux plus récentes découvertes de la psychologie relatives à l'étude du comportement pathologique de l'être humain. [...] Notre interlocuteur fait ensuite allusion aux captives de guerre que l'homme peut épouser. Les Orientalistes accusent l'Islam de favoriser l'esclavage. En fait, il a été la seule religion à en réclamer l'abolition. [...] Avant l'Islam, l'esclavage était une réalité très courante et les religions recommandaient aux esclaves d'être soumis à leurs maîtres. Puis le Coran fut révélé, premier Livre céleste à parler du rachat des captifs et de l'affranchissement des esclaves. Certes, l'Islam n'a pas interdit explicitement l'esclavage. Il n'a pas donné l'ordre de libérer aussitôt tous les esclaves, car ils étaient alors des centaines de milliers, sans possibilité aucune d'emploi dans l'industrie, les services publics ou l'Administration. Une catastrophe sociale aurait été inévitable. D'innombrables mendiants auraient été déversés par les chemins, faisant l'aumône ou pratiquant le vol et la débauche pour une bouchée de pain. Face à une telle éventualité qui aurait aggravé la situation, la solution proposée par le Coran a été de stopper tout d'abord l'extension du fléau, puis d'éliminer ensuite l'esclavage existant. Étant donné que la source d'esclaves était alors les captifs de guerre, le Coran a donné l'ordre suivant : « Vous choisirez entre leur libération et leur rançon. » (Coran : 47, 4) Ce qui revient à dire : vous devez gracier les prisonniers et les remettre en liberté, sans chercher d'autre récompense que celle d'accomplir la Volonté divine. Ou bien, relâchez-les, moyennant une rançon. Mais vous ne devez pas les prendre comme esclaves. Quant à l'esclavage existant de fait, son abolition se fera progressivement par l'affranchissement des esclaves, en signe d'expiation de fautes vénielles et graves. De cette façon, l'esclavage disparaîtra peu à peu. Mais avant cette suppression totale, comment le maître traitera-t-il sa captive de guerre ? L'Islam lui a permis de la prendre comme épouse. Il est indubitable que, pour une femme esclave, le fait d'être prise comme épouse représentait alors un honneur et non une humiliation ou un mépris. N'oublions pas que l'Islam a, de surcroît, fait de l'esclave un frère, alors qu'il était considéré auparavant comme un vulgaire et méprisable serviteur : « Les croyants sont frères. » (Coran : 49, 10) « C'est Lui qui vous a créés d'un seul être. » (Coran : 7, 189) « Nul parmi vous ne se donne de Seigneur en dehors de Dieu. » (Coran : 3, 64) Le prophète Muhammad a d'ailleurs donné lui-même l'exemple en adoptant un serviteur esclave, Zayd Ibn Hâritha. Il l'affranchit et le traita comme son fils. Puis il le maria à une femme libre de sa propre famille : Zaynab, fille de Jahsh. Son intention était par là de briser tout orgueil ou esprit de clan. Il voulait faire de la libération des esclaves un exemple à suivre. Il tenait à prouver, par les faits et par l'exemple, que sa mission était la suppression de l'esclavage. [...] La position de l'Islam vis-à-vis de la femme est guidée par la justice. La biographie du Prophète nous rapporte que celui-ci traitait ses épouses avec amour, affection et tendresse. Il a même dit : « Dans votre monde, j'ai préféré les femmes et les parfums ; j'ai fait mes délices de la prière. » C'est bien, de sa part, une marque suprême d'estime à l'égard des femmes que de les associer aux parfums et à la prière. Rappelons finalement que, dans son dernier prône avant de mourir, il a conclu en demandant de prendre soin de ses femmes. Si Dieu a choisi la femme pour la maison et l'homme pour le travail au dehors, c'est parce qu'Il a confié à celui-ci la charge d'édifier et de construire et qu'Il a réservé à la femme une tâche plus grande et plus noble : l'éducation de l'être humain ! C'est une gloire pour la femme d'avoir été investie d'une telle mission. Est-il possible alors d'oser prétendre que l'Islam a été injuste envers la femme ? |
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#17
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| Chapitre 8 L'esprit Mon ami savait que la question à aborder serait complexe. - Quelle preuve possèdes-tu, me dit-il, pour affirmer que l'homme a un esprit, qu'il ressuscitera après la mort, qu'il n'est pas uniquement un corps condamné à retourner en poussière ? Et qu'affirme votre religion du spiritisme ? Après un moment de réflexion, je répondis : - Certes, le problème est ardu. Tout ce que l'on peut dire sur l'esprit reste très vague et les vérités dont on dispose sont plutôt rares. Ces vérités, toutefois, sont de notre côté, non du vôtre. * Je m'interrompis quelques instants encore pour rassembler mes idées. Puis je repris : - Réfléchissons ensemble. Le premier indice pouvant nous servir à prouver l'existence de l'esprit, c'est que l'homme possède une double nature. Il y a tout d'abord l'homme extérieur, apparent, visible. C'est son corps, qui a toutes les propriétés de la matière : il peut être pesé, mesuré, délimité dans l'espace et le temps. D'un état à l'autre, d'un moment à l'autre, il est perpétuellement en changement, en mouvement, en devenir. Le corps connaît en effet une alternance d'états : santé-maladie, corpulence-maigreur, rougeur-pâleur, activité-nonchalance, sommeil-éveil, faim-rassasiement... À ce corps est adjointe une suite ininterrompue d'émotions, d'affections, de passions et de craintes qui se succèdent dans le cerveau. Puisque le corps et les émotions qui lui sont liées ont les propriétés de la matière, nous affirmons que le corps de l'homme et son âme animale proviennent de la matière. Mais il y a aussi l'homme intérieur, entièrement distinct du premier. C'est un homme d'un autre genre, qui se caractérise par la stabilité, la durée, la non-soumission à l'espace et au temps. Cet homme intérieur englobe la raison avec ses normes, ses critères et ses catégories, la conscience morale avec ses jugements, le sens esthétique et le Moi dans lequel sont regroupés tous les attributs qui précèdent : raison, conscience, sens esthétique, sens moral. Le Moi est totalement distinct du corps et de l'âme animale qui est un foyer d'appétits et de vils désirs. Le Moi est l'être profond et absolu par lequel l'homme a pleine conscience de lui-même, de son existence, de son sentiment d'être une personne à sa place en ce monde. Ce sentiment est stable, continu et non sujet au changement. Les états du corps (corpulence, maigreur, maladie...) ne l'affectent pas. Il n'est pas tributaire du temps : passé, présent et avenir n'ont aucun impact sur lui. Il s'agit d'un présent continuel qui ne disparaît pas comme le passé, mais qui s'exprime dans une sensation de durée, de permanence. Il s'agit donc d'une autre sorte d'existence qui ignore, elle, les propriétés de la matière. Aucune variation ne survient en elle. Elle n'est pas délimitée par un espace ou un temps. Elle ne peut être ni pesée, ni mesurée. Au contraire, elle est la référence par laquelle nous évaluons tout changement, l'absolu par lequel nous connaissons ce qui est relatif dans le monde matériel. La meilleure manière de définir cette existence est de dire qu'elle est de nature spirituelle. On peut dès lors se demander lequel des deux définit vraiment l'homme : son corps ou son esprit ? Pour répondre à cette question, il faut tout d'abord rechercher lequel des deux commande à l'autre. Selon les matérialistes, l'homme n'est qu'un corps et c'est lui qui commande. Quant à tout ce que j'ai mentionné plus haut – raison, logique, sens esthétique, sens moral, conscience – et à cette soi-disant affabulation que serait le Moi, tout cela serait, selon eux, un supplément d'importance secondaire, ayant pour fonction d'obéir au corps, d'exécuter ses ordres, d'être à son service, de satisfaire ses passions et ses caprices. Voilà ce que prétendent nos chers matérialistes. Mais ils ont tort. En réalité, c'est le corps qui doit suivre les ordres, et non les donner. Il arrive que le corps soit affamé et que nous refusions de lui donner sa ration de nourriture parce que, pour plaire à Dieu, nous avons décidé de jeûner. Nous pouvons faire obstacle à ses passions. Le matin, au réveil, le corps ne se met-il pas spontanément à exécuter le plan de travail que lui a fixé la raison et à le suivre point par point, d'heure en heure ? Qui obéit ici ? Qui commande ? Lorsqu'un homme accepte de sacrifier sa vie en attachant autour de son corps une ceinture d'explosifs pour aller détruire un char et ses occupants, quel rôle joue le corps à ce moment-là ? Où est le profit matériel que lui vaudra sa mort ? Qui, dans ce cas, commande ? Que l'esprit décide la mort du corps en un moment d'idéal aussi intense, aucune doctrine matérialiste ne peut l'expliquer par un gain matériel. Le corps ne peut résister à l'ordre qui lui est donné. Il n'en a pas la force. Il n'a plus qu'à s'effacer totalement. Ici apparaît celle des deux existences qui est supérieure à l'autre, celle qui définit véritablement l'homme. Nous disposons de plus d'une preuve pour affirmer que c'est l'être corporel qui est secondaire. Que l'on se réfère par exemple aux amputations et aux greffes d'organes réalisés aujourd'hui. Ou encore à ces autres inventions que sont le coeur et le rein artificiels, la banque du sang et des yeux, les magasins d'accessoires du corps humain où l'on monte des jambes, des bras, des coeurs... Nous ne plaisantons pas ! Il se peut que, dans un proche avenir, le nouveau marié entre dans la chambre de son épouse et qu'il y trouve celle-ci en train d'ôter son dentier, sa perruque, ses seins en silicone, son oeil de verre et sa jambe de bois ! Il ne restera plus d'elle qu'un tronc, telle la carcasse de voiture dont on aurait retiré les garnitures, les sièges, les portières, etc. Si l'on parvient ainsi à démonter, remonter et remplacer les membres du corps sans pour autant changer la personnalité, c'est que le bras, la jambe, la chevelure, l'oeil, le sein, etc. ne sont pas l'être humain. Si les membres peuvent être transplantés, échangés ou substitués par des batteries, des écrous et des pièces en aluminium sans aucun changement pour la personnalité de l'homme, c'est que celle-ci est ailleurs. L'homme réside dans l'esprit qui pilote cette machine appelé "corps". L'esprit dirige le conseil d'administration composé des cellules du cerveau, mais il n'est pas le cerveau. Celui-ci est semblable aux cellules du corps. Il exécute et traduit les ordres qui lui sont donnés. Mais, en définitive, il n'est rien de plus qu'un gant utilisé par cette main cachée qu'est l'esprit pour se mouvoir en ce monde matériel. Ces différentes preuves permettent de comprendre que l'homme est doté d'une double nature. Il y en lui ce qui est essentiel et souverain, à savoir son esprit. Il y a, d'autre part, son corps qui est éphémère et joue un rôle secondaire. Au moment de la mort, l'homme transitoire disparaît et l'homme immortel rejoint l'éternité. Le corps redevient poussière et l'esprit retrouve le monde éternel qui est le sien. Pour les passionnés de philosophie, voici un autre argument prouvant l'existence de l'esprit. Nous l'empruntons à l'analyse du mouvement et de ses caractéristiques. Le mouvement ne peut être observé que de l’extérieur. Tu ne peux le percevoir si tu es pris dans sa sphère. Pour ce faire, tu as besoin de t’arrêter à un seuil extérieur retenu comme point d’observation. Lorsque tu te trouves dans l’ascenseur en marche, il est un moment où tu ignores s’il est arrêté ou s’il est en mouvement, car tu ne fais qu’un avec lui dans son mouvement. Pour le savoir, il te faut regarder par la porte le palier qui demeure immobile à l’extérieur. |
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#18
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| Suite du chapitre 8 Tu as la même sensation dans un train roulant lentement sur les rails. Si tu es à l’intérieur de ce train, tu perçois son mouvement uniquement à l’instant où il se met en marche, ou bien lorsqu’il commence à ralentir pour s’arrêter, ou encore lorsque tu regardes par la fenêtre le quai qui demeure immobile à l’extérieur. De même, tu ne pourrais observer le soleil si tu te trouvais à sa surface, mais tu le peux à partir de la lune ou de la terre. Tout comme tu ne peux observer la terre alors que tu y habites ; mais cela t’est possible à partir de la lune. Tu ne peux saisir une situation que de l'extérieur. C'est pourquoi il nous serait impossible de connaître le cours du temps s'il n'y avait en nous une partie cognitive qui s'arrête à un seuil extérieur séparé du flux temporel continu. Si notre faculté de connaissance bougeait à tout instant avec l'aiguille des secondes, nous ne pourrions jamais percevoir ces dernières. Notre perception passerait comme passent les secondes, sans rien remarquer. Nous parvenons ainsi à un résultat surprenant. Voici une partie de notre être qui est en dehors du flux temporel : elle est éternelle. Du seuil d'où elle l'observe, impassible, elle perçoit le temps sans être emportée par lui. Pour elle, point de croissance ni de vieillesse ! Point de décrépitude ni de disparition ! Le jour où le corps retombera en poussière, elle demeurera telle qu'elle est, vivant de sa vie propre, une vie intemporelle. Cette partie est l'esprit. Chacun de nous peut sentir en lui cette existence spirituelle, comme une présence continuelle à lui-même. Il se sait être lui-même et, en même temps, totalement à part de l'existence matérielle qui est emportée par le changement, l'instabilité et l'agitation du temps extérieur. Cet état que nous percevons aux moments de lucidité intérieure et que j'appelle "état de présence", c'est la clé qui nous conduit à l'existence spirituelle à l'intérieur de notre être et qui met à notre portée cette énigme ayant pour nom : l'esprit ! Une autre preuve de notre nature spirituelle est le sentiment inné que nous avons de notre liberté. Or ce sentiment n'aurait aucun sens si nous n'étions que des corps matériels, enfermés dans le carcan de la vie matérielle et soumis au déterminisme des lois de la matière. Nous possédons donc un esprit qui échappe à l'emprise du temps, qui surpasse la mort et les déterminismes de la matière. Que dire alors de la résurrection ? Aucun mort n'est revenu nous informer de ce qui lui était arrivé et le Jour de la Résurrection n'est pas encore arrivé pour que nous puissions disposer d'une preuve tangible et directe. Tout ce que l'on peut dire ici, c'est que la Résurrection est une vérité religieuse dont la vraisemblance est attestée par la raison et la science. Comment ? En fait, ce que nous pouvons constater des phénomènes de l'existence nous indique qu'il y a, pour toute chose, un cycle et un perpétuel recommencement. Après le jour vient la nuit ; puis c'est à nouveau le jour. Le soleil se lève, se couche, se lève à nouveau, etc. Il y a l'été, l'automne, l'hiver, le printemps. Puis le cycle recommence et se répète : été, automne, hiver... Après l'éveil vient le sommeil de la nuit au terme duquel nous nous éveillons à nouveau. Tout cela rend vraisemblable le fait qu'au sommeil de la mort succédera le réveil de la Résurrection. Il y a en effet un retour pour toute chose et Dieu se nomme Lui-même, dans le Coran, Celui qui crée et renouvelle : « De même qu'Il vous a créés, vous retournerez à Lui. » (Coran :7, 29) « C'est Lui qui donne un commencement à la création, puis Il la renouvellera. » (Coran : 10, 4) Toute chose, de l'atome à la galaxie, n'est-elle pas prise dans une rotation ? Même les civilisations de l'histoire ont leur cycle. Ce retour éternel et universel rend vraisemblable la Résurrection. Une autre preuve réside dans l'ordre parfait qui règne dans l'univers, un ordre sans la moindre faille. De la plus imposante galaxie au plus petit atome et à l'électron invisible, nous sommes en présence d'un ordre et d'une loi régissant toute chose. Même l'électron infiniment petit ne peut se déplacer d'une orbite à l'autre au sein de l'atome sans avoir donné ou pris une certaine quantité d'énergie équivalente à son mouvement, comme s'il s'agissait d'un voyageur en train qui ne peut se rendre à une quelconque destination sans avoir payé au préalable son billet. Comment peut-on concevoir que, dans un ordre aussi parfait, un assassin ou un oppresseur puisse échapper au châtiment qu'il mérite, pour le simple fait qu'il a déjoué la surveillance de la police ? La raison veut que le criminel reçoive inévitablement sa punition. Il est absolument nécessaire qu'il y ait un autre monde où les comptes seront établis équitablement. C'est la justice qui l'exige. Nous sommes créés ainsi par Dieu : nous aspirons à la justice ; nous l'aimons et la recherchons ; nous essayons de l'accomplir. Et pourtant, la justice n'est pas de ce monde. La philosophie l'affirme : si la soif d'eau est une preuve de l'existence de l'eau, la soif de justice est une preuve que la justice existe. Et si cette justice n'existe pas ici-bas, il doit nécessairement y avoir un jour, une heure où elle sera effectivement réalisée. Voici donc autant de preuves et d'arguments en faveur de l'existence de la Résurrection, du Jugement Dernier, de l'Au-delà. Mais le croyant qui s'en remet à la vérité du Coran n'a pas besoin de toutes ces démonstrations. La foi habite son coeur, le dispensant d'avoir recours à pareille argumentation. Il nous reste cependant à nous demander : qu'est-ce que l'Esprit ? |
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#19
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| Suite et fin du chapitre 8 « Ils t'interrogent au sujet de l'Esprit. Dis : l'Esprit procède du Commandement de ton Seigneur. Il ne vous a été donné que peu de science. » (Coran : 17, 85) L'Esprit est une énigme. On ignore absolument tout de lui. Nous relevons un fait étrange : chaque fois que l'Esprit est mentionné dans le Coran, il est dit qu'il procède du Commandement du Seigneur : « L'Esprit qui provient de son Commandement, Il le donne à qui Il veut de ses serviteurs. » (Coran : 40, 15) « Il fait descendre les Anges avec l'Esprit qui provient de son Commandement sur qui Il veut de ses serviteurs. » (Coran : 16, 2) « Les Anges et l'Esprit descendent durant cette Nuit [de la Révélation du Coran] avec la permission de leur Seigneur pour régler toute chose. » (Coran : 97, 4) « Nous t'avons ainsi révélé un Esprit qui provient de notre Commandement. » (Coran : 42, 52) Le Commandement de Dieu est-il Esprit ? La Parole de Dieu est-elle Esprit ? Dieu a dit de Jésus qu'Il était « un Verbe émanant de Lui. Son nom est : le Messie, Jésus, fils de Marie » (Coran : 3, 45), « sa Parole qu'Il a jetée en Marie, un Esprit émanant de Lui ». (Coran : 4, 171) Le Verbe, le Commandement, l'Esprit : ces mots sont-ils synonymes ? Ou bien de simples allusions ? Nul ne sait la vérité, sauf Celui qui est Omniscient. Venons-en maintenant à la question du spiritisme. Pour notre part, nous émettons des doutes sur ces phénomènes qui surviendraient dans une chambre obscure et auraient pour cause la présence de l'esprit d'un tel ou d'un tel. Un éminent penseur comme Henri Soudre soutient que ces phénomènes ont pour origine le subconscient et les facultés spirituelles du médium. Quant à la présence d'un esprit, absolument rien de cela ne se produit. Les penseurs hindous affirment que ce sont les mauvais esprits qui se dissimulent dans la personne du médium au cours de la séance de spiritisme. Ces esprits ont certaines connaissances sur les morts et ils les utilisent pour se moquer des assistants et ridiculiser leur crédulité. Les mystiques musulmans pensent, pour leur part, que ce n'est pas l'esprit qui est présent durant ces séances, mais son "compagnon", à savoir le démon qui accompagnait le défunt au cours de sa vie terrestre et qui connaît donc tous ses secrets. Étant donné qu'il est maintenu en vie par Dieu, ce démon ne disparaît pas à la mort de celui qu'il accompagnait. Au cours des séances où c'est lui qui est présent, il divulgue les secrets de son défunt, imite sa voix et ses habitudes dans le but de se jouer de l'assistance. C'est ainsi que procèdent les démons pour manifester à l'homme leur hostilité. Les mystiques musulmans ajoutent : si nous sonnons à la porte d'un bureau, c'est le serviteur qui répond, car Monsieur le Directeur ne dérange pas pour si peu. Il en est de même dans le monde des esprits. Ce sont les mauvais esprits, les démons et leurs semblables qui sont présents aux séances de spiritisme pour ridiculiser l'assistance. Quant aux esprits des humains, ils sont dans un autre monde, le Barzakh, et il est impossible d'invoquer leur présence. Ils peuvent cependant, au cours d'un rêve, communiquer avec ceux qu'ils aiment. Cela peut encore se produire à l'état de veille si les conditions requises sont remplies. En nous basant sur les nombreuses séances auxquelles nous avons assisté ainsi que sur notre expérience personnelle en ce domaine, nous prétendons qu'il n'existe aucune preuve pour démontrer que les phénomènes se produisant à l'intérieur de la chambre obscure ont pour cause la présence de l'esprit invoqué. L'opinion des mystiques musulmans est peut-être la plus apte à fournir l'interprétation des faits. En tout cas, la question est toujours à l'étude... Malheureusement, les fumisteries abondent ici plus que les vérités, et le dernier mot n'a pas encore été dit. Je ne doute pas, cher ami, que les mots "démon", "mauvais esprits" et "compagnon" te fassent rire. Tu as tes excuses, car si tu ne crois pas à ton propre esprit, comment peux-tu croire à mon démon ? Si tu n'admets pas l'existence de Dieu, comment attendre de toi que tu admettes celle des mauvais esprits ? Et pourtant, en supposant que tu sois né il y a cent ans de cela et que quelqu'un soit venu te trouver pour te parler de rayons laser capables de transpercer le fer, ou bien d'images transmises par les airs au-delà des continents en moins d'une seconde, ou encore d'un astronaute marchant sur la lune, ne serais-tu pas tombé à la renverse ? N'aurais-tu pas pouffé de rire deux fois plus fort que maintenant ? N'aurais-tu pas dit : Voici un homme qui s'est échappé de l'hôpital psychiatrique ! Et pourtant, aussi extraordinaires soient-elles, ces réalités peuvent parfaitement être constatées de nos jours. |
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#20
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| Chapitre 9 La conscience Mon ami me dit : - Vous parlez de la conscience avec une telle vénération qu'elle semble être pour vous un absolu, alors qu'elle est en fait un produit de la société, une monnaie - rien de plus ! - frappée et fondue dans le creuset des relations sociales.Pour nous, cette conscience est quelque chose de fluctuant. Ses jugements et ses préceptes varient au gré des intérêts. D'une valeur utile, nous disons qu'elle est un « bien ». Par contre, nous appelons « mal » toute valeur causant un préjudice, s'agirait-il même de cette intégrité à laquelle vous tenez comme à la prunelle de vos yeux ! Je répondis calmement : - Oui ! Si j'ai bien entendu, c'est là la point de vue d'un philosophe matérialiste. La conscience aurait pour fonction d'imposer des restrictions et des limites. Elle serait née des contraintes sociales. Elle serait le fruit d'une expérience qui diffère selon les personnes, les époques et les pays. C'est ce que vous affirmez. Mais la réalité est autre, car la conscience est une lumière déposée par Dieu dans notre nature. Elle est un indicateur, un guide, une boussole que nous possédons dès notre naissance et qui nous conduit vers la vérité. L'acquis social n'a pas d'autre rôle que de nettoyer et polir le verre de cette boussole. Nous possédons des arguments pour appuyer nos dires et réduire à néant les vôtres. Observe le monde animal où n'existe aucune vie en société ! Regarde le chat par exemple ! Lorsqu'il fait ses besoins, il se retourne pour recouvrir de terre ses excréments. Le chat vit-il en société pour avoir appris à se plier à une telle contrainte ? Et comment a-t-il appris à faire la distinction entre saleté et propreté ? Lorsqu'il dérobe un poisson et que tu l'attrapes pour lui donner une tape sur la tête, tu le vois baisser le nez, tout honteux. Il est clair qu'il ressent sa culpabilité... Lorsqu'il joue avec les enfants à la maison et qu'au cours du jeu, il casse un vase, que se passe-t-il ? Il se met à courir avec frayeur pour aller se cacher sous les chaises. Il sait très bien qu'il a commis une faute. Tous ces comportements sont des traits révélateurs d'une conscience. Or il n'existe pas, dans le monde des chats, de raisons à l'apparition d'une telle sensibilité. Et rappelons qu'au point de départ, nous n'observons pas de vie en société parmi les chats. Voici d'autres exemples : les traditions de fidélité au couple chez les pigeons ; la noblesse du cheval dans l'attachement à son maître, jusqu'à la mort ; l'orgueil du lion qui ne condescend pas à attaquer sa proie par l'arrière ; le honte du chameau qui interrompt l'accouplement avec sa femelle lorsqu'il remarque qu'on l'observe. On se souvient aussi du grave accident que tous les spectateurs ont pu voir au cirque al-Hélou, au Caire, lorsqu'un lion sauta par l'arrière sur le dompteur Muhammad al-Hélou et qu'il lui planta ses griffes dans les épaules, le blessant à mort. Les responsables du cirque nous racontent les suites de l'accident : le lion refusa toute nourriture et il se confina dans sa cage, sans la quitter un instant. On le transporta ensuite au zoo où on lui présenta une lionne pour le distraire ; mais il la frappa et la rejeta. Il demeura ainsi, refusant de manger, jusqu'au jour où, rageur, il déchiqueta sa patte criminelle, provoquant une hémorragie dont il mourut. Un animal qui se suicide de remords en repensant au crime qu'il a commis ! De quelle société, dans le monde des fauves, le lion a-t-il appris un tel réflexe ? Dans la société des fauves, le meurtre d'un homme est-il un crime qui appelle le suicide ? Nous sommes ici en présence d'une noblesse, d'une morale et d'une conscience que nous ne rencontrons pas chez certains humains ! La représentation et l'interprétation matérialistes de la réalité sont vouées ici à l'échec. La religion nous apporte la seule explication possible : la conscience est une Lumière déposée par Dieu dans notre nature. Tout le rôle de l'acquis social est de nettoyer la rouille de l'âme pour que transparaisse cette Lumière divine. C'est ce qui s'est passé entre le lion et son dompteur. L'amour et l'intimité des rapports ont affiné le psychisme de l'animal, ranimant en lui la flamme de la pitié. Et voici que le lion, sous le coup de la tristesse et du remords, se suicide comme le feraient les hommes. « Le permis et le défendu, affirme notre Prophète, sont manifestes. » « Consulte ton coeur, même si l'on t'a donné une sentence légale ! » Nous n'avons besoin d'aucune faculté de la Loi religieuse pour distinguer la faute de ce qui est juste, la vérité de l'erreur, le défendu du permis. Dieu a en effet déposé cette "faculté" dans le coeur de chacun d'entre nous. Il nous a fait don d'un critère infaillible. Il nous est demandé uniquement de libérer notre coeur de la gangue qui l'enveloppe et des passions qui l'obscurcissent. Nous pourrons alors percevoir, regarder, connaître et discerner, sans que soit nécessaire l'aiguillon de l'acquis social. Il suffit de la Lumière divine qui a pour nom la conscience. « Ô vous qui croyez ! Si vous craignez Dieu, Il vous accordera la possibilité de distinguer le bien du mal. » (Coran : 8, 29) Dieu dit de Lui-même, en s'adressant au mystique Muhammad Ibn Abd al-Jabbâr : « Comment désespères-tu de moi, alors que j'ai mis en ton coeur celui qui me représente et parle en mon nom ? » À l'instar de la réalité de la conscience, les principes moraux fondamentaux sont immuables. Tuer un innocent ne deviendra jamais un acte vertueux. De même le vol, le mensonge, l'offense faite à autrui, la fornication, la débauche, l'indécence, la grossièreté, la cruauté, l'hypocrisie et la traîtrise, tous ces défauts le resteront jusqu'à la fin des temps, lorsque Dieu « héritera de la terre et de tous ceux qui s'y trouvent ». Par contre, l'amour, la miséricorde, la sincérité, la mansuétude, le pardon et la bonté resteront toujours des vertus et ne deviendront jamais des crimes... à moins que tout ne se corrompe dans les cieux et sur la terre. Ce serait alors le triomphe de la folie et la fin de la raison. |
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