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#1
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salaam j'ai deux amis français qui sont actuellement en Palestine et ils m'ont fait part de leurs prises de notes , leurs remarques , leurs sentiments à l'égard de ce pays et de ses habitants et ils désirent que je relaye ce "carnet" de voyage ! c'est très agréable à lire , surprenant ,franc , ces deux personnes (Kwal et Fred) sont des artistes (musiciens , compositeurs , paroliers , producteurs) et vous allez vous en rendre compte , ils se sentent réellement touchés et concernés par la crise israëlo-palestinienne ! bonne lecture ! Bonjour à tous, > > Deux ans exactement après notre premier voyage, nous retournons en > Palestine. Deux années durant lesquelles bien des choses ont changé > là-bas, politiquement déja : les élections législatives > démocratiques, suivies de la prise de pouvoir du Hamas, puis les > sanctions de la communauté internationale, puis le gouvernement de > coalition, puis les affrontements Fatah-Hamas, puis la prise de > contrôle de Gaza par le Hamas, etc… à en croire les médias ici, la > situation ne s’est pas arrangée sur place, c’est pratiquement un > climat de guerre civile. Mais, en Palestine, nous savons désormais > que nous pouvons faire confiance à nos yeux et nos oreilles pour bien > saisir l’atmosphère qui règne sur place. Il était surprenant il y a > deux ans déjà de constater le décalage entre la Palestine comme on > l’imagine depuis la France (dangereuse, peuplée de terroristes) et la > réalité (des gens accueillants, charmants, instruits et politisés > pour beaucoup). > > Bon, nous n’irons pas à Gaza : ça, il faut l’admettre, c’est très > déconseillé par les temps qui courent. Mais nous irons en > Cisjordanie, avant tout pour revoir les gens que nous avions > rencontrés lors du premier voyage, nous avons envie qu’ils nous > racontent ce que sont devenues leur vie et la Palestine, deux ans > après. > Et puis, cette fois-ci, nous espérons approfondir les choses : nous > essayerons d’aller à Naplouse et Jénine, et aussi rencontrer plus > d’israeliens que lors de notre premier voyage, pour vraiment essayer > de comprendre un point de vue différent sur tout ce qui se passe > là-bas. > > Pendant tout le voyage, nous tiendrons un carnet de route, exactement > comme nous l’avions fait il y a deux ans, pour tenir informés ceux > qui le souhaitent de notre périple. N’hésitez pas à communiquer avec > nous, nous sommes connectés. > > Vincent & Fred > > fred@triptyck.com > > www.kwal.fr > www.myspace.com/kwalblog > www.creercestresister.org > www.myspace.com/kwalblog www.creercestresister.org -------------------------------------------------------- DEUX ANS APRÈS, RETOUR EN PALESTINE : Palestine, deux ans après. Il commence fort, ce voyage... dès l`aéroport de Roissy CDG. Nous voyageons avec la compagnie El Al, la compagnie officielle Israëlienne, et, avant même l`enregistrement des bagages, des qu`ils nous aperçoivent, ils nous séparent et nous posent des questions a chacun, question de sécurité: Pourquoi revenir en Israël? Où allez-vous en Israël? Vous êtiez a Jérusalem lors de votre premier voyage, vous avez visite quoi? Décrivez un peu vos visites a Jérusalem! connaissez vous des libannais, jordaniens, syriens, irakiens? Qui a fait votre sac? Vous êtes musicien, quel style de musique faites vous? Vous vous êtes souvent rendu au Mali... Connaissez vous beaucoup de maliens? Votre nom d`artiste est Kwal... est ce que ca une signification particuliere? Evidemment, coller au plus pres de la verite, ne surtout pas dire qu’on compte se rendre dans les territoires occupes, et ne donner aucun nom de contacts, surtout des noms arabes. Le moindre nom arabe est suspect ici, et même les français d’origine maghrébine qui veulent se rendre en Israel ont droit à un interrogatoire de plusieurs heures. En tout, pour nous, ce sera une heure de questions, suivie d`une fouille integrale de nos bagages avec des detecteurs d`explosif...ils se méfient tout particulièrement de nous, c’est clair, et nous montons en tout derniers dans l`avion, juste quelques minutes avant le décollage. Voila pour l`introduction du voyage. Ca met dans l`ambiance. Jour 1 Le lendemain matin, arrivee sans autres problèmes a Tel Aviv. Un contact vient nous chercher et nous emmene directement a Ramallah. Lui, il est arabe mais originaire de Kelendiya, pres de Jerusalem, alors il peut circuler partout, en Israel comme en Palestine. Les autres, ceux des territoires occupes, ne peuvent aller nulle part, il est déjà difficile pour eux de circuler à l’intérieur des territoires occupés, il leur est impossible de se rendre sur le territoire israelien sauf si ils ont une autorisation et, quand ils ont un passé politique (c’est a dire souvent), il peut leur être très difficile de se rendre à l’étranger. Nous en avons fait la triste experience depuis deux ans, en essayant a cinq reprises de faire venir en France notre ami Mohammed, sans succès. Concrètement, lui habite dans une prison à ciel ouvert. Sur le chemin de Tel-Aviv à Ramallah, on voit tout un tas de nouveaux murs, des murs autour des camps militaires, des murs autour des colonies, partout. Ca me frappe. Israel devient un pays fortifié Et puis, sur la route ,on passe forcement par le check point de Kelendiya, le point d’entrée dans les territoires occupés : en deux ans, il s`est aggrandi de facon monstrueuse : c’est devenu une sorte de terminal d’aéroport, avec un immense hangar entouré de mur et de grillages. Le mur, lui, celui qui encercle la Cisjordanie, se porte bien, il est toujours là malgré son illégitimité et son caractère monstrueux. Sur ce mur, à Kélendiya, toujours des graffitis chargés de sens : la petite fille aux ballons, le portrait de Gandhi, et le visage d’un palestinien dessiné, à coté duquel est marqué : je ne suis pas un terroriste. Voilà, deux ans après, nous sommes de retour à Ramallah, et, si la ville a continué à se construire sur le flanc des collines, les gens, eux n’ont pas l’air d’avoir changé. Ici, c’est toujours « welcome in Palestine », et tout particulièrement quand on dit qu’on est français. L’accueil dans la famille de notre ami Mohammed lui non plus n’a pas changé : ils sont contents de nous voir, ils nous logent, nous nourrissent et nous offrent le thé et le café à longueur de journée sans jamais rien nous demander en retour. C’est l’hospitalité d’ici. Nous logeons tout près de la Muqataa, le quartier général du Fatah, où se réunissent Mahmoud Abbas et ses ministres. Mais politiquement, les choses ont changé, ici, ces deux dernières années. Le Fatah est discrédité pour avoir détourné des milliards de l’aide internationale, et la situation a profité au Hamas, grand vainqueur des dernières élections (les premières élections démocratiques du monde arabe). Les gens que nous cotoyons, nos amis, les jeunes, la plupart des gens que nous rencontrons, sont pour la plupart proches de la gauche palestinienne. Avant, ici, le parti communiste palestinien était un parti fort, le second après le Fatah, mais la situation s’est tellement empirée qu’une majorité de gens s’est tournée vers le Hamas, un parti religieux radical. Mais il n’y a pas que des « barbus » qui ont voté pour le Hamas, il y a de tout : des médecins, des avocats, des gens désabusés… même des chrétiens ont voté pour le Hamas. Il faut dire que le Hamas avait un objectif politique clair : jugement des anciens ministres corrompus du Fatah, non-reconnaissance de l’Etat d’Israël, surtout tant que celui-ci ne reconnaîtrait pas l’existence de l’état palestinien, résistance à l’occupant et exigence de la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, démantèlement des colonies, retour des réfugiés, etc… Face à un Fatah corrompu, qui a déçu en cédant à toutes les exigences d’Israël, le Hamas est apparu aux yeux de tous comme une alternative. La suite, tout le monde la connaît : après la suppression des aides internationales suite à l’élection du Hamas, le pays s’est encore appauvri. Le gouvernement Hamas n’a pas pu faire ses preuves politiquement, et après l’échec du gouvernement de coalition, le Hamas a fini par gagner par les armes face au Fatah à Gaza. Et en Cisjordanie, le Fatah a gardé le contrôle par les armes également. Il s’est passé tout ça depuis deux ans, et aujourd’hui, le Hamas est un parti fort. Mais, aux yeux de nos amis de la gauche palestinienne, la société palestinienne se replie sur elle-même, elle se fige de plus en plus et, avec la montée en puissance de partis comme le Hamas, l’islam ici se radicalise et la société aussi, alors qu’autrefois, la Palestine était la région la plus laïque du monde arabe. Mais tout ça est le résultat de l’appauvrissement, de la déception après tous les accords de paix, de l’occupation et de l’attitude d’Israël et du monde occidental en général. Dernière modification par shehzad ; 27/08/2007 à 21h25. |
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#2
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Ci-après la suite de notre carnet de voyage... un week-end à Ramallah pour profiter encore plus de nos amis palestiniens... Ce report est un peu plus long que d'habitude mais au vue des discussions et palabres du week-end, ils nous semblaient importants de vous transmettre le maximum des informations en notre possession... nous avons même un peu bouleversé notre trip pour envoyer ce report dans les délais annoncés et que vous puissiez ainsi partagé "en direct" notre voyage... Fred et Vincent Jour 2 Ce matin, nous accompagnons Aata, le fils de Mohammed, a Naplouse, au nord de la Cisjordanie. Il donne des cours de danse aux enfants la bas. Sur la route, trois check-points. Il est facile de se rendre de Ramallah a Naplouse mais le retour peut etre tres long. Au retour, verification des passeports, etc... Les soldats israeliens prennent leur temps, ils ont tout leur temps. La plupart sont en service militaire (deux ans pour les garcons, trois pour les filles). Aujourd`hui nous passons sans problème puisque c`est vendredi et que les musulmans ne se déplacent pas beaucoup le vendredi mais demain, il pourra y avoir jusqu’à trois heures d`attente au check point, si il y a beaucoup de circulation et si les soldats israeliens decident de bloquer. Sur la route, une chose me frappe: les colonies. A l`approche de Naplouse, clairement, il y en a partout, sur tous les sommets des collines les plus vertes. Chaque colon israelien est arme ici et les colonies sont de toute facon protegees par l`armee. Arrivee a Naplouse: la ville est une cuvette entouree par plusieurs hautes collines. Au sommet de l`une d`elles, une colonie. Au sommet de l`autre: un camp militaire israelien, de la, n`importe quel point de la ville peut etre vise. D`ailleurs, a Naplouse, durant la seconde intifada en 2002, la ville a ete en grande partie demolie. Je me rappelle le film Paradize Now qui met en scene deux palestiniens de Naplouse qui deviennent des kamikaze. Je conseille a ceux que ca interesse de voir ce film: il montre une vision interessante de la vie en Palestine. D`apres Aata et un bon nombre de palestiniens que nous avons rencontre, Naplouse est une ville beaucoup moins ouverte que Ramallah. Plus isolee, beaucoup plus pauvre, Il est difficile d`y monter des ateliers de danse avec des enfants garcons et filles ensemble, La religion est beaucoup plus stricte qu’a Ramallah, notamment car la région est repliée sur elle-même. Sur les murs de la ville, encore plus qu’à Ramallah, partout, partout, les photos des martyrs. Membres des branches armees du Fatah, du Hamas, du Djihad islamique, tous sont des jeunes d’une vingtaine d’années, semblables à ceux que nous croisons un peu partout dans les rues et qui prendront tous les armes si demain la situation dégénère. Tous ici sont politisés, tous ont la même colère contre l’occupant. Vendredi soir : retour à Ramallah, et visite des locaux de l’association Al Kamandjati de notre ami Ramzi. C’est impressionnant. Ici, une quinzaines de professeurs enseignent les instruments de musique à plusieurs centaines d’enfants palestiniens, dans les locaux, mais aussi dans les villages et dans les villes un peu partout en Cisjordanie. Quand nous étions venus il y a deux ans, le centre était à peine terminé. Aujourd’hui, des enfants pratiquent plein d’instruments : cordes, harpe, accordéon, piano, guitare, etc… c’est impressionnant et ça donne de l’espoir, tout comme le popular art center de notre ami Mohammed qui organise cette semaine un énorme festival de musique et de danse pour les enfants à Ramallah et Naplouse. Je finis ces lignes sur une note positive après avoir brossé un très rapide tableau de la situation politique de plus en plus désastreuse ici parce que la Palestine, c’est aussi ça : des gens qui résistent mais pas seulement par les armes, qui cherchent poliment à entrer en contact avec nous, qui savent garder le sens de l’humour et le sourire, des enfants qui s’amusent autant que partout ailleurs dans le monde, etc… ici, aux bout de deux jours, nous nous sentons bien, la situation est calme malgré une tension latente incarnée entre autres par la présence de nombreux soldats du Fatah, et, plus que jamais, je le pense : la Palestine ne ressemble pas du tout à l’image que nous en avons en France. Vincent et Fred Dernière modification par shehzad ; 27/08/2007 à 21h26. |
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#3
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(je continue, je mettrai le texte au fur et à mesure que je recevrai la suite ) -------------------------------------------------- Ce week-end, nous n’avons pas bougé de Ramallah. Nous avons simplement passé du temps dans la famille de Mohammed, nous avons joué avec Aiya, sa fille, nous avons mangé et bu le thé avec sa mère, nous avons appris en direct la naissance de la fille de notre ami Ramadan, le frère de Mohammed, en France, et nous avons partagé la joie familiale qui a suivi cet événement. Nous avons blagué et rigolé avec tout le monde. Nous nous sentons bien. Nous sommes accueillis comme des fils, tout simplement, et nous avons eu envie de passer du temps ici. Et puis nous avons discuté, pendant des heures et des heures, avec différents amis de Ramallah, de tout ce qui se passe ici. Aujourd’hui, je voudrais pour commencer revenir sur un point : pourquoi la Palestine et pourquoi ce carnet de voyage ? J’ai rencontré des palestiniens comme Ramzi et Ramadan un peu par hasard, il y a quelques années, sur Angers. Et, naturellement, j’ai commencé à m’intéresser d’un peu plus près à l’histoire de la Palestine, un sujet dont j’entendais quotidiennement parler à la radio ou à la télé depuis mon enfance, sans jamais rien y comprendre. Aujourd’hui, Fred, moi et l’équipe des gens qui travaillent avec nous, nous sommes plus sensibles que jamais à ce qui se passe ici, parce que c’est le point précis du globe où le monde judéo-chrétien occidental auquel nous appartenons rencontre de front le monde arabo- musulman. La nature de cette rencontre est aujourd’hui symbolisée par le mur qui encercle la Cisjordanie, comme il n’y a pas si longtemps un mur séparait Berlin Est de Berlin Ouest. Ici, en Palestine, les deux mondes ne cohabitent pas mais s’affrontent, et je n’adhère pas à l’idéologie répandue notamment aux Etats Unis et en Israel mais aussi ailleurs, en Europe, selon laquelle le monde occidental serait détenteur d’une conception moderne et juste de la civilisation, contrairement au monde arabo- musulman. Tout d’abord, historiquement, c’est faux : quand les chevaliers croisés venus de toute l’Europe ont assiégé et pris Jérusalem en 1099, ils ont massacré tous les habitants de la ville, hommes, femmes et enfants, juifs, chrétiens et musulmans. C’était l’une des premières « rencontre » entre l’occident et l’orient. Un siècle plus tard, Saladin, chef des armées musulmanes, reprend Jérusalem… et épargne tous les habitants et défenseurs de la ville. Beaucoup d’historiens considèrent qu’à cette époque, le monde arabo- musulman était beaucoup plus avancé que le monde occidental sur bien des points : médecine, science, commerce, etc…et qu’il était plutôt plus ouvert et plus tolérant, et donc que la civilisation arabe de l’époque était sans doute à bien des égards plus brillante que la civilisation européenne de l’époque. Aujourd’hui, la Palestine telle que je l’ai sous les yeux ne m’apparaît pas comme une région barbare peuplée de terroristes intégristes tous prêts à aller se faire exploser dans des lieux publics remplis de femmes et d’enfants. Cette image, largement répandue chez nous, est fausse et les palestiniens en souffrent. La Palestine, telle que je la vois aujourd’hui, est une région belle, extrêmement hospitalière, peuplés de gens cultivés et politisés pour la plupart, qui aspirent à vivre en paix. La Palestine est sûrement une des régions les plus accueillantes et les plus riches dans tous les sens du termes du monde arabe. Ca ne veut pas dire qu’il n’y a que des gens de paix ici : je n’adhère absolument pas aux convictions religieuses du Hamas ni à celles du Djhad Islamique, et je n’ai aucune sympathie pour les « barbus ». Tout ça pour en venir à cette conclusion : si aujourd’hui nous choisissons de revenir ici et d’écrire ces lignes, ce n’est pas par antisémitisme, ni par un, quelconque besoin de faire du militantisme de base. Si nous revenons ici, c’est parce qu’ici précisément, l’occident auquel nous appartenons écrase et humilie le monde arabe. Et ce qui se passe ici nous concerne tous. Le fossé se creusant, les injustices s’accentuant, en Palestine mais aussi en Irak par exemple, le ressentiment de bon nombre d’arabes et de musulmans à l’égard de l’occident pourrait parfaitement aboutir un jour à un choc des civilisations meurtrier. Et c’est ici, en Palestine, que tout se joue. Ici, c’est une poudrière, et le monde entier a les yeux tournés vers la Palestine. C’est pourquoi, en tant que musiciens, et parce que les palestiniens que nous avons rencontré sont vraiment des amis, nous avons envie de contribuer un tout petit peu, à notre échelle, à établir des ponts et non des murs, avant qu’il ne soit trop tard. Nos amis palestiniens ont envie qu’on parle, ils ont besoin qu’on parle. Voilà pourquoi nous donnons volontairement un ton très politique à ce carnet de voyage, sans nous attarder sur les bons moments tout simples que nous passons ici. Samedi, nous étions en compagnie de Raed, le neveu de Mohammed. C’est notre ami, il nous a accueilli dans la maison familiale depuis le premier jour. Comme nous, il aime bien discuter et faire la fête, et il a un profond sens de l’humour. Il a vingt-huit ans, et il y a un mois, il est sorti de trois ans de prison. Trois ans de prison dans les prisons israeliennes en plein milieu du désert. Il y a11 000 autres prisonniers, hommes femmes, et enfants, pour la plupart des prisonniers politique palestiniens, en Israel. Il y a un mois, l’Etat d’Israel a fait un « geste » pour montrer sa « bonne volonté » : il en a libéré 250, dont Raed. Raed était en prison pour « activisme politique ». A la radio, en France, j’entend parfois : « cinq activistes palestiniens tués par l’armée israelienne », par exemple. Mais ici, tout le monde est activiste. Un activiste comme Raed, c’est simplement un civil qui est membre d’un parti politique, comme à peu près tout le monde en Palestine. La plupart des « activistes » n’ont jamais tué personne. Certains ont juste jeté des pierres sur des chars. Ca, ça suffit pour aller en prison pour plusieurs années. Certains sont en prison pour six mois reconductibles sans jugement simplement parce qu’ils sont soupçonnés d’appartenir à un parti. Voilà ce que sont la plupart des gens que la presse chez nous appelle « activistes ». Raed est sorti il y a un mois. Les conditions en prison étaient dures, et les fréquentes visites des organisations de défense des droits de l’homme n’y changent rien. En prison, Raed était juste un matricule, un numéro. Aujourd’hui, après avoir vu sa mère deux fois en trois ans, il est sorti, et je ne le trouve pas haineux. Son discours est simple : « Je n’ai absolument aucune haine contre les juifs, ni contre qui que ce soit, qu’il soit juif ou autre. Ca, je m’en fiche. Je ne veux juste pas continuer à vivre sous l’occupation. Moi je veux vivre libre, en paix, et être heureux. J’ai retrouvé ma copine, je veux me marier avec elle et avoir des enfants. C’est tout. » Raed est communiste, sa fiancée est communiste elle aussi. Elle ne porte aucun voile, elle sort le soir, boit, fume, et elle n’a rien d’une femme soumise. Je l’ai dit à plusieurs reprises : ici tout le monde est politisé. Et le système des prisons israeliennes y est pour beaucoup. Ici, le palestinien qui rentre en prison rejoint un parti politique, dans la prison. Je pense que c’est un peu comme le système des gangs en prison aux Etats-Unis : personne ne reste seul, chacun choisit un camp en arrivant. Le résultat est simple : beaucoup ressortent de prisons plus politisés qu’ils ne l’étaient en rentrant. Israel fabrique ses ennemis de demain dans ses propres prisons. Dernière modification par shehzad ; 27/08/2007 à 21h27. |
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up !!!!!!!!!!!!!!!!!
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#5
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salam c'est trop trop j'ai vraiment la flemme de lire ![]() mais peux tu nous faire un resumé, ils sont partis quand, revenus, quand, ils sont partis pourquoi d'ailleurs?? c'etait la 1ere fois???
__________________ "Le plaisir peut s'appuyer sur l'illusion, mais le bonheur repose sur la réalité" |
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#6
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ils sont partis il y a environ une semaine , ils n'y avait pas posé les pieds depuis deux ans ... pourquoi sont-ils partis ? pour revoir leurs amis , parce-qu'ils se sont attachés à la Palestine , parce-qu'ils se sentent concernés par le conflit , parce-qu'en tant que musiciens ils veulent eux aussi faire tomber les murs qui séparent l'Occident et le monde arabo-musulman ,(d'ailleurs ils font des concerts là-bas et leur musique a vraiment l'air de plaire ) ils veulent montrer que la vision que l'on a ici en France de la Palestine et des palestiniens n'est pas toujours vraie etc....je pensais que ca intéresserait d'autres membres , c'est dommage que personne ne réagisse à part toi parce-que ca vaut la peine de lire leurs remarques et points de vue en tant qu'occidentaux voilà ! Dernière modification par shehzad ; 28/08/2007 à 15h10. |
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#7
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je mets la suite ( je l'ai reçu ce matin )Samedi après-midi, au Zam café, un bar assez classe en plein milieu de la ville de Ramallah, j’ai eu l’occasion d’avoir une discussion de plusieurs heures avec Ashraf, un ami palestinien que nous connaissons depuis Angers. Il est étudiant en guitare et oud au conservatoire d’Angers, c’est un musicien brillant, nous avons eu la chance de jouer avec lui à un concert en mars dernier. Ashraf est palestinien de famille chrétienne, il habite en France depuis un an, il ne parlait pas un mot de français en arrivant, aujourd’hui, il s’exprime dans un français impeccable. Sa gentillesse et sa générosité m’ont beaucoup touché, et c’est quelqu’un de très cultivé, qui a une vision très intéressante sur ce qui se passe en Palestine. Pour lui comme pour énormément de gens ici, le fond du problème est avant tout politique (et aussi économique) et tient en un mot : occupation. Après l’avoir écouté, après avoir vu, lu et entendu un certain nombre de choses ici, l’opinion largement répandue chez nous comme quoi il y a une haine millénaire entre juifs et arabes ou comme quoi c’est un problème avant tout religieux me paraît aujourd’hui fausse et dangereuse. Elle masque une autre réalité : ici, il y a un fort, Israel, soutenu sans conditions par les Etats Unis depuis sa création, et un faible, le peuple palestinien, abandonné à maintes reprises par les autres pays arabes. Ici, il y a un occupant et un occupé. Et je pense qu’il est impossible à celui qui n’a pas vécu sous l’occupation de comprendre ce que ce mot signifie. Moi même, j’ai du mal à imaginer. |
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| Dommage pour toi ce texte est superbe
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(suite )Tout est politique en Palestine : même la haine a des racines politiques. Ceux qui aujourd’hui n’ont pas la sagesse de Raed et sombrent dans la haine d’Israel tout entier, voire du peuple juif en général, sont devenus souvent haineux à la suite de ce qu’ils vivent sous l’occupation. Quand il y a haine, elle semble être plus une conséquence qu’une cause. La politique passe avant la religion ici. Le Hamas est, c’est vrai, un parti religieux, issus des frères musulmans d’Egypte, qui comptent parmi les radicaux du monde musulman. Mais le Hamas a été élu ici pour son programme politique avant tout le reste. Les guerres civiles entre Fatah et Hamas sont des guerres politiques. Dimanche, nous avons réussi à passer un peu de temps avec Mohammed. Mohammed est très occupé en ce moment, il prépare un très gros festival de musique et de danse pour les enfants, et il travaille énormément, ce qui ne l’a pas empêché, malgré la fatigue, de prendre du temps avec nous. Mohammed est un personnage incroyable, très respecté par tous ceux qui le connaissent. Il est chorégraphe pour une troupe de danse très réputée en Palestine qu’il a montée il y a des années, il organise plein d’évènements culturels, il gère le Popular Art Centre, etc…c’est un grand artiste, et c’est un homme de convictions. Il a un rêve : la fin de l’occupation. Il nous le dit : toutes les occupations dans le monde ont fini tôt ou tard par disparaître, parce qu’une occupation ne peut pas tenir indéfiniment. Elle est la négation de ce à quoi tout être humain aspire : vivre libre sur une terre. L’occupation israelienne des territoires palestiniens est une erreur qui ne tire pas les leçons du passé. Lui, comme énormément de palestiniens (y compris le Hamas), est prêt à concevoir la création d’un état palestinien dans les frontières de 1967, mais c’est pour lui le point de départ qui pourrait aboutir un jour à autre chose : un seul Etat sur toute la terre de Palestine, un état laic et démocratique, peuplé de juifs, d’arabes, et de tous ceux qui voudront y vivre en paix. Pour lui, la religion est une affaire privée. Les convictions de chacun, leur façon de vivre, il les respecte. Cette conception est à l’opposé de la vision sioniste des choses : un état 100% juif, Israel. Et pourquoi pas la création d’un Etat palestinien, même si, pour l’instant, aucun gouvernement israelien, même de gauche, n’a réellement avancé dans ce sens, puisque la création d’un état palestinien signifiait le démantèlement des colonies. Même après les accords de paix d’Oslo entre Arafat et Rabin, les choses ont empiré. Oslo est la grande déception des palestiniens, c’est une des raisons pour lesquelles le Hamas est aujourd’hui un parti si fort : les palestiniens sont désabusés. Après Oslo, les colonies ont doublé, et la question du droit au retour des réfugiés palestiniens n’a pas été résolu. Mohammed n’a aucun problème avec les juifs. Dans le village d’origine de sa grand-mère, aujourd’hui situé en territoire israelien, il y avait des familles juives, des gens que sa grand-mère connaissait très bien et qui vivaient en paix avec tout le monde. Mohammed a des amis juifs un peu partout, en Israel et aux Etats-Unis. Mais ce sont des juifs anti-sionistes. Le sionisme, voilà l’ennemi de nombreux palestiniens ici. L’idée sioniste, né au début du vingtième siècle, a été concrétisée en 1948, après les horreurs de la Shoah. Ca me rappelle un livre que j’ai lu : « le sionisme expliqué à nos potes ». J’avais compris une chose en lisant ce livre : le besoin de nombreux juifs après la guerre de trouver une terre à eux, parce que, après la Shoah, les pogroms, et les massacres incessants dont avait été victime le peuple juif tout au long de son histoire, de nombreux juifs du monde entiers ne pourraient plus se sentir en sécurité que sur une terre à eux, où ils pourraient vivre en paix, et qu’ils pourraient défendre. Mais, d’un autre coté, la devise du sionisme était : « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». C’est là ce qui fait réagir les palestiniens : il y avait des gens en Palestine, quand les futurs israéliens sont arrivés en 1948 : des arabes, et même des juifs, qui vivaient là, sous domination ottomane puis britannique, depuis des générations. Les palestiniens avec qui nous discutons nous disent qu’il y a eu une réécriture de l’Histoire par les sionistes. Un exemple : Dans les livres d’Histoire israeliens, il est dit que Tel- Aviv a été construite sur des marécages, mais les palestiniens, surtout les descendants de réfugiés, eux disent que non : à l’emplacement de l’actuelle ville de Tel-Aviv, il y avait des villages palestiniens, qui ont été détruits et dont la plupart des habitants ont fui. Ceux qui sont restés et qui sont les actuels arabes d’Israel sont victimes aujourd’hui encore de nombreuses discriminations. Kwal et Fred (Ramallah) |
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#10
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