Les trafiquants en tous genres continuent à sévir. Le tribunal correctionnel de Casablanca a condamné, la semaine dernière, à des peines allant de 2 à 3 ans d’emprisonnement ferme, trois individus qui abattaient et commercialisaient de la viande de chien. Entre autres affaires de fraude sur les produits alimentaires de nature à porter atteinte à la santé du consommateur.
Les très mauvaises conditions de conservation des produits d’origine animale sont retenues comme une calamité nationale. Des produits frais, particulièrement le poisson, les viandes, les œufs, le lait et ses dérivés, restent exposés dans une majorité de commerces à la température ambiante par ces jours de canicule voire au soleil lorsqu’ils ne sont pas déjà avariés avant leur arrivée aux étales. Mais tel n’est pas le sujet du jour. A propos, on peut seulement se demander sur l’origine de l’approvisionnement, par exemple en lait, des multiples laiteries servant le raïbi et le l’ben, par une année de sècheresse, à un moment de basse lactation, où on constate une pénurie et où le pays à recours aux importations pour faire face au déficit. Ce faisant, des « producteurs » qui ne disposent d’aucune vache, se permettent de livrer quotidiennement des dizaines d’hectolitres de « lait frais » aux transformateurs. Du lait qui serait obtenu de la reconstitution du lait en poudre dans des officines clandestines et dans de très mauvaises conditions d’hygiène comme cela a été démontré dans des affaires traitées par la police judiciaire.
Pour ce qui est des viandes, il se trouve qu’on sert fréquemment du chien au consommateur comme c’était le cas dans cette autre affaire traitée par le tribunal correctionnel de Casablanca et où un individu est poursuivi pour avoir régulièrement abattu des animaux de cette espèce et vendu leur viande à deux bouchers de Dar Bouazza. Une autre affaire de merguez grillé fabriqué avec de la viande de chien et vendu en sandwich par un ambulant à Hay Moulay Rachid avait défrayée la chronique des années auparavant, comme on ne compte pas les affaires d’abattage d’équidés, particulièrement des ânes, que d’autres délinquants commercialisaient comme étant de la viande bovine.
Et puis, il y a surtout ce phénomène qui ne fait que s’amplifier d’année en année, celui de l’abattage clandestin de bovins, d’ovins, de caprins et de camélidés qui ne subissent aucun contrôle vétérinaires et dont ne sait par conséquent leur état de santé de leur vivant, s’ils étaient enragés, présentaient d’autres pathologies ou s’ils étaient déjà morts avant leur dépècement. L’affaire des décès et des atteintes par le bacille gram positif, bacillus anthracis (antrax), survenus en juillet dernier dans la localité de Zeektawa, commune de Brikecha (province de Chefchaouen), est éloquente à ce sujet. Une affaire qui n’aurait jamais eu lieu si la chèvre responsable de la contamination avait subi un examen vétérinaire avant sa consommation..
Mais Zeektawa reste l’une de ces localités enclavées où non seulement les services vétérinaires mais les médecins font défaut. Et il en est autrement dans une aussi grande agglomération telle que Casablanca. Dans la capitale économique, le produit de l’abattage clandestin est estimé à 100.000 tonnes par an, sachant que les abattoirs de cette ville ne produisent que près de 20.000 tonnes et que sa consommation avoisine les 120.000 tonnes !
Quelle viande mangent les Casablancais ? Ni du veau ni de l’agneau mais souvent de vieilles bêtes ayant atteint la limite d’âge lorsqu’elles ne sont pas tout simplement agonisantes au moment de leur abattage. Aucun traçage permettant de remonter jusqu’à l’origine de cette viande dans un secteur où la falsification est la règle. L ’estampille verte, rouge ou bleue des abattoirs se limite chez les fraudeurs en un morceau de bois trempé dans de l’encre, comme cela a été rapporté dans plusieurs affaires traitées par la justice. Mais s’il s’agissait seulement d’un problème de tendresse de la viande. Abattues sans aucun contrôle vétérinaire et dépecés dans d’affreuses conditions d’hygiène, les bovins, ovins et autres caprins ne présentent aucune garantie mais que des risques pour la santé des consommateurs. Ces viandes d’origine suspecte, affirment les chevillards, sont commercialisées par les circuits parallèles qui alimentent non seulement les bouchers qui ont pignon sur rue, mais également les snacks et autres établissements de restauration.
Et si les autorités essayent de sortir de leur léthargie pour contenir cette dangereuse fraude en contrôlant sérieusement les boucheries et autres établissements. Ce ne serait pas trop leur demander.
Bon appétit
