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| Actuellement, la controverse entre les évolutionnistes et les créationnistes ne passe pas inaperçue et l’on ne compte plus les articles dénonçant les manœuvres des fondamentalistes « biblistes » aux Etats-Unis. Cette tendance contredit d’ailleurs le principe progressif de la science censé être universel. Aucun physicien n’aurait le culot d’enseigner qu’Einstein et Newton se sont trompés et que le mouvement des astres est dû à des intelligences archangéliques, alors que les épicycles de Ptolémée décrivent parfaitement l’orbe des corps célestes. Aucun biologiste n’évoquerait la génération spontanée. Nul anthropologue ne se hasarderait à remettre sur le tapis la phrénologie, science avortée qui croyait établir un lien entre le psychisme et la forme du crâne, et dont la piètre gloire fut qu’elle servit à envoyer quelques innocents à l’échafaud ou à l’asile. On serait bien étonné de voir un thermodynamicien faire un cours présentant le phlogistique comme un fluide servant à véhiculer la chaleur. Et pourtant, dans quelques contrées aux States, en Turquie et ailleurs, quelques prétendus scientifiques, secondés par des théologiens, pensent que Dieu a créé les espèces et l’homme il y a 6 000 ans. Voilà un phénomène social des plus étonnants. Comme on connaît le peu d’intérêt des fondamentalistes pour les valeurs laïques et démocratiques, il semble salutaire de lutter contre ces tendances et d’éviter d’introduire le ver de l’erreur et du dogme dans les jeunes esprits. D’où le verdict d’un récent procès à Dover. Le créationnisme n’est pas une science. Du coup, un phénomène collatéral s’est produit. Toute critique sévère menée à l’encontre de la théorie darwinienne devient suspecte car dénoncée comme faisant le jeu des fondamentalistes. Et par la même occasion, toute idée non conventionnelle (par exemple un principe non mécanique, un dessein technique, une instance directrice analogue à la raison) se trouve rejetée, bannie de l’examen scientifique et de la discussion rationnelle. La critique de la théorie darwinienne ne date pas des controverses sur l’Intelligent Design. Bien avant la parution du livre de Behe, en 1996, sur la boîte noire de Darwin, des scientifiques issus de la biologie ou de la génétique se sont attelés à une sévère critique des bases du darwinisme ; Grassé en France ou Denton l’Australien, pour n’en citer que deux. Il faut bien comprendre que mettre en doute les fondements de l’édifice darwinien ne revient pas à nier l’évolution. On ne confondra pas darwinisme et évolution. Cette erreur épistémologique grossière est répandue, mais laissons-la à l’opinion et au journalisme approximatif. Allons droit au but. La pièce essentielle de la théorie darwinienne c’est la sélection naturelle. C’est cette hypothèse que je vais mettre en cause. Pour Darwin, la sélection naturelle est le principe majeur constituant le ressort de la transformation des espèces. Comme l’a explicité Gould (Le Pouce du panda, Folio, chap. II) quelques-uns parmi les successeurs de Darwin ont pêché par approximation, ramenant le darwinisme à une théorie de la sélection naturelle. En vérité, la lecture de L’Origine des espèces, ainsi que des témoignages laissés dans ses carnets par Darwin, montre que celui-ci avait placé la sélection au cœur du dispositif, mais sans en faire un principe exclusif, admettant même que certaines fonctions sélectionnées puissent avoir une utilité dépassant celles requises pour subsister dans un milieu naturel sélectif. Il y a dans la notion de sélection naturelle une idée de base, allégorique, issue de la sélection pratiquée par l’éleveur, mais aussi les idées de lutte pour la vie, de désir de reproduction, de compétition, d’équilibre naturel. Gould a fait une bonne mise au point en rappelant que premièrement, l’idée d’évolution était largement dans l’air en 1850 ; deuxièmement, Darwin a peiné pendant deux ans pour trouver une explication plausible à l’évolution par des moyens naturels ; troisièmement, que Darwin a très peu utilisé de connaissances en biologie, qu’il n’avait pas du reste, mais qu’il a fait appel à diverses disciplines dont les statistiques, mais aussi la conception de la main invisible qui régule « naturellement » les échanges économiques selon Smith. Marx d’ailleurs a fait remarquer comment la sélection naturelle ressemble à la situation sociale en Angleterre. Ces coïncidences non fortuites car créées par l’esprit scientifique ont jeté un trouble. Et Gould d’ironiser sur l’hyper sélectionnisme, option défendue par le confrère et ami de Darwin, Wallace, sorte de caricature qui finit par faire ressembler l’évolution à une création naturelle.
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| Le principe de la sélection naturelle représente donc l’armature de la théorie darwinienne, celle qui est née en 1859, mais aussi celle qui prévaut actuellement et qui est désignée comme théorie synthétique de l’évolution. Il faut y ajouter deux autres ingrédients, la présence de mutations et la recombinaison génétique lors de la reproduction sexuée, source elle aussi de différenciation génétique. Mais aussi de la transmission de patrimoine génétique entre génération. Car sans hérédité, l’hypothèse de la sélection naturelle ne tient pas. Mutations et recombinaisons constituent des mécanismes moléculaires, de nature physico-chimiques, dont la description est bien établie. Mais pour parler comme les sociologues, le ressort de l’évolution, d’un point de vue zoomorphique et zoologique, c’est la sélection naturelle. Il aura fallu attendre les années 1980 pour voir se dessiner une mise en cause scientifiquement établie du rôle de la sélection naturelle. Le Japonais Motoo Kimura a développé une théorie alternative, celle d’une évolution neutre. Sur la base de calculs élaborés, effectués sur les analyses des séquences de gènes, il a établi que les mutations géniques fixées (transmises par l’hérédité de génération en génération par une espèce) ne correspondent pas aux besoins de la sélection naturelle. Autrement dit, il y a un découplage causal entre la pression sélective et le processus de transformation des gènes (Kimura, Théorie neutraliste de l’évolution, Flammarion). Ce qui n’empêche pas nombre de biologistes de croire en la réalité de la sélection naturelle et de son rôle déterminant dans la transformation des espèces. On comprend maintenant qu’il existe deux domaines, celui de l’existence dans un milieu, dont on impute une supposée sélection comme ressort, et celui de la vie, avec ses mécanismes, sa complexité, ses ontogenèses, ses reproductions sexuées. Darwin a peiné à trouver un graal théorique pour asseoir l’évolution et naturaliser des espèces que la théologie naturelle croyait créées de Dieu. Mais cette sélection naturelle, elle n’est qu’une hypothèse, ayant servi de levier pour libérer la science de la théologie et de permettre à l’évolution d’être établie car l’évolution est avérée, ce n’est plus une hypothèse, c’est une évidence, un fait naît de la nature et de millions d’années. Comment présenter alors cette nouvelle hypothèse que je propose dans le sillage d’une formule radicale signalant l’erreur de Darwin. Mon hypothèse, c’est que la sélection naturelle ne joue aucun rôle dans la transformation des espèces, même pas marginal. Peut-être, aux origines, quand les êtres étaient unicellulaires, sans doute cette sélection a permis d’éliminer les erreurs de conception moléculaire, mais est-ce vraiment un moteur de l’évolution ? Non en vérité. Prenons pour comparaison la civilisation, ses œuvres, ses institutions. Quel en est le ressort ? Les philosophes et les anthropologues connaissent ce ressort, c’est la volonté. Et la représentation qui éclaire, guide, oriente la volonté. Maintenant, la question essentielle, c’est le ressort de l’évolution. Et mon hypothèse, c’est que la sélection naturelle ne joue aucun rôle dans l’évolution. Elle n’en est que le résultat, la conséquence, à l’instar de la décharge publique qui élimine les déchets industriels dans les sociétés techniciennes. Une théorie de l’évolution qui utilise d’autres hypothèses que la sélection naturelle comme ressort, voire finalité en plus, est-elle envisageable ? Je réponds par l’affirmative, non sans ayant en arrière-pensée quelques embryons d’idées que je me garderais d’exposer ici. Par contre, je soulignerai la joie de voir que se dessine un champ théorique nouveau à explorer. N’oublions pas que Darwin a passé des années avant de trouver le déclic et, qu’actuellement, le travail intellectuel, allié à l’inspiration spirituelle, saura œuvrer dans le temps et faire émerger une théorie nouvelle, audacieuse, que pour l’instant les éclaireurs de la biologie pressentent sans en voir l’essentiel des contours. La conjoncture épistémologique est par ailleurs similaire. Si Darwin a utilisé la sélection naturelle, c’est parce que cette notion était productive tout en court-circuitant un déficit de connaissance en biologie. Actuellement, la génétique et la biologie moléculaire ont fourni des tonnes de donnés, alimentant notamment l’alternative de Kimura, mais c’est en terme de qualitatif, de compréhension de l’essence du vivant, que la biologie pèche, et c’est l’une des raisons pour laquelle la sélection naturelle persiste, à cause de ce déficit théorique qui, peut-être, sera comblé. L’erreur de Darwin, c’est que la sélection naturelle ne joue aucun rôle dans l’évolution, elle n’en est pas le ressort ! La fin de cette histoire ne sera connue que quand les scientifiques auront misé idées et hypothèses. Je suis prêt pour le jeu, à condition qu’on me fasse entrer sur le terrain (clin d’œil aux labos, universités, éditeurs, mécènes... no comment !) agoravox.fr
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