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| "Il faut se préparer au pire, c’est-à-dire à la guerre", Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères de la République française. Un grand Charles, un de mes mentors, l’a écrit avant moi : « Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France ». Cette phrase issue du premier tome de ses Mémoires de guerre résume parfaitement ma pensée. Cette « certaine idée de la France » semblait avoir été reprise par tous nos présidents : de droite, du centre ou de gauche. Même le socialiste Mitterrand, en dépit des idées internationalistes ! Une France libre, indépendante. Même dans l’Europe. J’ai toujours dit que j’étais fédéraliste en matière d’Union européenne. Mais ce, non pour annihiler la France mais, au contraire, pour la rendre plus forte grâce à la Fédération. Un cercle vertueux en somme. Et toujours cette même « idée de la France ». « Idée de la France » pour laquelle je m’inquiétais vivement au moment de partir pour cette année en Finlande : comment allais-je retrouver mon pays, après tout juste un an de « rupture » ? Je m’attendais à tout sauf à cela : mon pays allait donc devoir « se préparer à la guerre », pour reprendre les dires de notre héros national des droits de l’homme, Bernard Kouchner, tout en se mettant à plat ventre devant le président mangeur de hot-dogs, le dénommé G.W. Bush. La tactique politique - ou politicienne, c’est selon - est ancienne. Machiavel l’a théorisée fort tôt. Charles X l’a utilisée en se lançant dans la conquête de l’Algérie. Vladimir Poutine la met actuellement en pratique en survolant qui la Finlande qui la Norvège et l’Angleterre. Faire se tourner le regard de l’opinion vers l’étranger, quand la catastrophe à l’intérieur pointe le bout de son nez. M. Sarkozy et ses équipes tentent sans doute de nous amener sur le terrain glissant du sacrifice et de la nécessité, expressions propres de la marche vers la guerre, et de la culpabilisation de ceux qui entreraient en opposition, le tout afin de nous faire avaler de fâcheuses pilules, à commencer par une politique d’immigration inacceptable et de la rigueur économique (quand bien même Mme Lagarde s’est fait admonester pour sa sortie sur la question). Évidemment, il ne saurait être question d’entrer dans ce jeu-là. Mais au-delà de ces soucis de politique intérieure, ayons la présence d’esprit de porter un regard real-politicien sur les relations internationales ! Ce que tente Nicolas Sarkozy, c’est un alignement sur la position néo-conservatrice de George Bush. Peut-être par conviction. Sûrement par amitié et par sentiment que cela saurait lui apporter quelque intérêt. Est-ce là bien fin ? Est-ce là bien subtil au moment même où le président Bush s’apprête à rendre les clés de la Maison-Blanche, celles-ci pouvant fort bien échapper à la famille des Républicains ? Non. Est-ce là bien raisonnable d’envisager une guerre au moment où le président Poutine, lui aussi sur le point de partir, tente de tout faire pour réaffirmer la puissance, voire la super-puissance, de son pays face à l’Occident, créant ainsi un climat similaire à celui de la guerre froide ? Est-il réaliste de penser que nous aurons l’appui, nécessaire en cas d’action d’ampleur en Iran vue l’importance de son armée, sans conditions de la Russie ? Que celle-ci ne tentera pas une action visant à tirer quelque avantage de son rôle clé ? Non. Est-ce là bien réfléchi de se lancer dans un nouveau bourbier au Proche-Orient lorsque les points de friction avec la Chine (contrefaçons, question du Darfour...) sont à peine dissimulés ? Ou lorsque le Royaume-Uni, car chat échaudé craint l’eau froide, semble ne plus vouloir s’engager dans quelque guerre que ce soit, après l’échec cuisant en Irak ? Non. Vous l’aurez compris, les quatre pays sus-cités sont les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, ceux-là mêmes qui disposent d’un droit de veto s’il fallait décider de mener une guerre en Iran. Je me place, bien sûr, dans la perspective d’une guerre décidée au sein de l’ONU, l’épisode irakien rendant peu probable qu’un pays réitère le lancement de force d’un conflit armé. Mais ne sait-on jamais avec le président Sarkozy... En définitive, que l’on soit pacifiste par essence ou par réalisme ; que l’on soit de façon générale plutôt favorable à la guerre lorsqu’il s’agit d’implanter les droits de l’homme (on voit à quel point cela a fonctionné en Irak...) ou de lutter contre le nucléaire militaire, il est nécessaire de se poser les bonnes questions, de prendre le temps de la réflexion. De donner toutes ses chances à la diplomatie. De refuser de se « préparer à la guerre » tant que toutes les cartes de la négociation n’auront pas été abattues sur la table. Sans quoi, cela sera trop tard. Et dans cette guerre, comme nous l’avons montré plus haut, la France de Nicolas Sarkozy risquerait de se sentir bien seule... http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=29198
__________________ Paradis désert ou Désert paradisiaque ? |
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