Sarkozy rode sa nouvelle diplomatie à Moscou


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Vieux 09/10/2007, 12h10
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Par défaut Sarkozy rode sa nouvelle diplomatie à Moscou

ALAIN BARLUET. Publié le 09 octobre 2007

Le président de la République française effectue aujourd'hui et demain sa première visite officielle en Russie.


« DÉFENDRE nos intérêts et dire franchement ce que nous pensons, c'est faisable. » Nicolas Sarkozy, en partant aujourd'hui pour Moscou, aura peut-être à l'esprit ce propos figurant dans le rapport que lui a récemment remis Hubert Védrine sur « La France et la mondialisation ». Cette visite officielle, certainement l'une des plus importantes depuis le début du quinquennat, aura valeur de test pour la diplomatie d'un président qui répète inlassablement que toutes les promesses du candidat Sarkozy seront tenues. Sa campagne, on s'en souvient, avait été émaillée d'engagements annonçant un durcissement à l'égard du Kremlin sur des sujets que Jacques Chirac évitait de mettre publiquement sur la table : la Tchétchénie, les droits de l'homme, le comportement « impérial » de la Russie vis-à-vis de son « étranger proche ». Dès sa prise de fonction, le nouveau président s'était prononcé pour un « dialogue franc, confiant, régulier » avec Moscou.

« Une certaine brutalité »


Le discours n'a guère changé. Fin août, devant les ambassadeurs, le chef de l'État avait taxé la Russie d'une « certaine brutalité » en visant notamment son comportement sur le marché pétrolier et gazier. La semaine dernière, à Sofia, Nicolas Sarkozy a décrit la Russie comme « un pays qui complique la résolution des grands problèmes du monde » plutôt qu'un « facilitateur ». Au lendemain du premier anniversaire de l'assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa, les droits de l'homme s'imposeront à l'agenda. Le sujet ne manquera pas d'être évoqué lors de la rencontre, prévu demain avec des étudiants, à l'université Bauman, qui forme l'élite scientifique russe.


Ce changement de ton n'exclut pas des relations personnelles raisonnablement chaleureuses entre les dirigeants russe et français. Certes, la confiance n'est pas celle qui avait été nouée avec Jacques Chirac. Mais les personnalités de Nicolas Sarkozy et de Vladimir Poutine peuvent, à certains égards, se rejoindre, comme en a témoigné la complicité qu'ils ont affichée en juin dernier au sommet du G8 d'Heiligendamm.


Ce soir, le président français sera reçu par Vladimir Poutine dans sa datcha de Novo Ogarevo, dans la banlieue de Moscou. Ils se retrouveront demain pour un entretien et un déjeuner au Kremlin.


Une collaboration active prévaut dans le domaine économique. En juillet dernier, Total a été retenu pour participer à l'exploitation du gisement gazier très convoité de Chtokman, en mer de Barents. Un accord a été signé entre Airbus et Aeroflot pour la livraison d'A 350. D'autres projets seront évoqués dans le domaine de l'aéronautique.


« Pas de concessions sur le fond »


Il n'en va pas de même sur le terrain diplomatique, où la méfiance domine. La Russie s'efforce de faire son retour en tant que grande puissance sur la scène internationale. Ses partenaires du Conseil de sécurité de l'ONU la jugent cassante, intransigeante. La tension avec les États-Unis, focalisée sur le bouclier antimissile et l'Otan, recèle un parfum de guerre froide.

À Paris, on se dit prêt à prendre en compte le souci russe de relever la tête, l'histoire particulière de l'ex-empire et l'humiliation qui a suivi son effondrement, à le considérer comme un « acteur majeur des relations internationales ». Mais pas question pour Nicolas Sarkozy de « faire de concessions sur le fond de ses valeurs », a prévenu le porte-parole, David Martinon. Dans le même temps, il entend renouer avec les anciens pays « satellites » d'Europe centrale, traités naguère avec bien peu d'égards par Jacques Chirac. Il s'est déjà rendu en Pologne, en Hongrie et en Bulgarie. Et cherche à y disputer son ascendant à Angela Merkel.


Le balancier ne peut pas aller trop loin. Car la France et l'UE ont besoin de la Russie, partenaire « majeur » autant que malaisé dans la crise du nucléaire iranien. Ce dossier clé sera bien évidemment abordé par Nicolas Sarkozy et Vladimir Poutine, qui s'entretiendront également d'une autre affaire explosive, l'indépendance du Kosovo, à laquelle Moscou est moins que jamais prêt à consentir.
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