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| Etre berbère en France Source : Coordination des berberes de France Les Berbères, en France, constituent une « communauté » complexe à appréhender à la fois par la singularité de son histoire, les différents contextes sociopolitiques de son insertion dans la société française, par les représentations qu’elle a d’elle-même et par la diversité des identités qui la désignent et dans lesquelles ses membres peuvent ou non se reconnaître. Du point de vue des représentations internes à la collectivité humaine, des processus de construction des identités, plusieurs théories ont été formulées. Certains auteurs considèrent que l’auto-identification est l’élément central de l’identité. D’autres optent plutôt pour les valeurs partagées ou pour les attitudes envers les autres groupes. Enfin, des théories se concentrent davantage sur les aspects culturels de l’identité ethnique dans leur tentative de définition. Quelque soit l’hypothèse retenue, il est donc important pour un individu, sorti du cadre familial, de retrouver dans son environnement des éléments identificateurs, lui apportant une légitimité dans son existence en tant que telle. Pour la culture berbère, la langue est un de ces éléments identificateurs. Tout comme la connaissance des valeurs, de l’histoire de son groupe, de ses pratiques culturelles... La difficulté est de poser les bases pour assurer la transmission de ces éléments, de plus en plus rompue au sein de la famille. DES REPRESENTATIONS ASSIGNEES S’agissant des Berbères, le poids des représentations assignées est lourd. Incontestablement, les discours, à teneur idéologique, politique ou médiatique, ont produit des représentations qui se sont ancrées dans les imaginaires collectifs et se sont intériorisés. Même si ces représentations sont réductrices et globalisantes, ce ne sont plus les individus qui se définissent mais la société qui leur assigne une identité. Les Berbères en France ayant le sentiment d’appartenir à cette communauté ou d’en être issu, peuvent se distinguer en plusieurs groupes : ceux qui adaptent leur identité en fonction des situations, des avantages qu’ils peuvent en tirer ou des inconvénients qui peuvent en résulter ; ceux qui cultivent un sentiment d’appartenance très fort à l’identité berbère (signes apparents etc...) ; ceux qui s’impliquent, portent des projets et constituent la nouvelle génération d’acteurs franco-berbères. D’autres vont être beaucoup plus discrets, se définissant souvent par les identités assignées. Et si la conscience de soi peut être palpable au niveau privé, elle est bien plus effacée au niveau de la sphère publique. C’est aussi la responsabilité de tout un chacun qui souhaite redonner la place qu’elle mérite à la culture berbère et permettre aux jeunes franco-berbères de conjuguer leur double appartenance et de se créer une identité personnelle cohérente, mélangée de codes culturels transmis et acquis. UNE IDENTITE OU DES IDENTITES ECLATEES Du passé de leurs parents, souvent, les enfants ne connaissent que des bribes : colonialisme, guerre d’Algérie, indépendance, immigration... Mais aujourd’hui, plusieurs générations descendant d’immigrés berbères vivent une double appartenance : leur berbérité et leur francité. Ils sont « franco-berbères ». Il s’agit pour eux de conjuguer leur double appartenance, de créer une identité personnelle cohérente, mélangée de codes culturels transmis et acquis. Comment dans des contextes sociopolitiques et à des moments différents, s’identifie-t-on ? Quelle en est la signification sociale ou politique ? Comment est-ce que l’imaginaire historique d’une communauté (ses mythes fondateurs, ses symboles-clés, la représentation de sa place dans le passé et ses aspirations pour l’avenir) se construit ? L’identification socioculturelle change au fil du temps. Ce n’est pas une catégorie stable, invariable. On peut voir, à travers un travail historique, les significations se modifier, prendre de nouveaux aspects, de nouvelles charges sémantiques et symboliques. Nommer les choses, les gens ou les lieux n’est jamais une opération innocente. Cela implique toujours une prise de position, un projet, souvent de portée politique, qu’il soit libérateur ou répressif. Alors, plutôt que de reprendre cette dichotomie comme outil analytique qui pourrait de lui-même expliquer certains conflits sociaux, il faut peut-être voir comment est-ce qu’une telle conception devient opératoire dans l’articulation de conflits, étant donné que les termes eux-mêmes n’ont pas de référents invariables. Cependant, ces termes ne sont pas des étiquettes dépourvues de sens. L’histoire se constitue par la construction de la signification de ce qu’on est capable de mobiliser, en tant que sujet actif. En France, les Berbères, en raison de la complexité de leur histoire, peuvent décliner leur identité de différentes façons et selon plusieurs appartenances. La référence peut se faire en fonction d’un ou plusieurs critères : - l’identité spécifiquement berbère, ou référée aux particularismes régionaux : kabyle (berbère de Kabylie), chaoui (berbère des Aurès), chleuh (berbère du Souss), rifain (berbère du Rif)... - une identité nationale, en référence au pays d’origine : identité algérienne, marocaine, ou encore l’identité nationale française - une identité géographique, territoriale : maghrébine, nord-africaine ou villageoise - une identité « imaginaire », construite (« beur ») - une identité religieuse : musulmane et marginalement catholique - une identité maraboutique RECOUVRER SA MEMOIRE - CULTURE, ARTS, AUDIOVISUEL Les associations ont été le principal acteur du développement de la culture berbère en France, qui, pendant longtemps, n’a pas trouvé de soutien auprès des pouvoirs publics et des institutions culturelles. Elles ont eu un rôle important dans la diffusion des artistes, dans le soutien à la création mais elles se sont aussi attachées à favoriser le développement des pratiques à travers la création de cours de danses, percussion, ateliers, chorales... L’enjeu pour ces associations est non seulement de répondre à la demande du public en terme d’activités culturelles, mais aussi de s’investir dans la transmission du patrimoine culturel berbère en tant que « relais » des familles. En effet, le milieu associatif permet de retrouver et approfondir les éléments culturels transmis par la famille, mais aussi de se réapproprier sa mémoire, ses valeurs, son origine qui ne trouvent pas d’écho en dehors du milieu familial. C’est aussi le rôle des artistes, des médias tels que Berbère Télévision, des militants et des réseaux associatifs tels que ceux de la Coordination des Berbères de France, organisations qui détiennent un rôle majeur dans l’identification des Berbères à leur communauté. Le travail à mener est considérable pour assurer la transmission de cette culture millénaire, dans ce qu’elle a d’universel et de spécifique. Plus généralement, approcher la diversité de et dans ces cultures, c’est interroger la notion même des différentes formes de mixité culturelle qui s’affirment et, en matière de gestion de cette diversité, des différentes ressources qui permettent aux individus de ces générations de se reconnaître, malgré tout, d’un même monde, sans pour autant inscrire leur culture sous la seule figure d’un groupe stigmatisé ou d’héritiers d’une communauté héritée et déjà donnée. |
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