La Troisième Catégorie d'Indices prouvant l'existence d'Allah : Extraits des Dires de


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Vieux 30/10/2007, 17h02
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PARTIE VI

- la magie de la parole (les formules magiques, etc.) par contiguïté, affinité, connexion spatiale, contact au sens propre, comme dans la névrose obsessionnelle. L’exemple le plus évident est celui des prières qui «se réduisent aisément à la simple mention d’un nom divin ou démoniaque, ou d’un mot religieux presque vide (...) Les noms eux-mêmes se décomposent ; on les remplace par des lettres : le Trisagion par sa lettre initiale (...) on en arrive ainsi aux énigmes que sont les Ephesia grammata ou aux fausses formules algébriques, auxquelles ont abouti les résumés d’opérations alchimiques. (...) La magie a parlé sanscrit dans l’Inde des pracrits, égyptien et hébreux dans le monde grec, grec dans le monde latin et latin chez nous. Partout elle recherche l’archaïsme, les termes étranges, incompréhensibles.»[26] Et parfois, des termes allemands dans le discours analytique français...
La croyance en l’invisible a pour visée première l’effacement de la réalité externe inconnue pour une réalité interne et connue qui la remplace, et ne perdons pas «de vue» que bien des concepts ont cette fonction de représentation de remplacement.
«L’analyse des cas d’inquiétant nous a ramenés à cette ancienne conception du monde qu’est l’animisme, qui se caractérisait par le peuplement du monde avec des esprits humains, par les surestimations narcissiques des processus animiques propres, la toute-puissance des pensées et la technique de la magie fondée sur elle, l’attribution à des personnes et à des choses étrangères de forces d’enchantement aux gradations soigneusement établies (mana) ainsi que par toutes les créations grâce auxquelles le narcissisme illimité de cette période de l’évolution se défendait contre l’objection irrécusable de la réalité. Il semble qu’au cours de notre développement individuel nous avons tous traversé une phase correspondant à cet animisme des primitifs, qu’elle ne se soit déroulée chez aucun d’entre nous sans laisser de traces et des traces encore capables de s’exprimer, et que tout ce qui nous paraît aujourd’hui «inquiétant» remplisse la condition qui est de toucher à ces restes d’une activité d’âme animique et de les inciter à s’exprimer.»[27] L’invisible est le lieu externe où est projeté l’inquiétant interne – ou encore l’énigmatique.Le penser primitif est la projection de l’être interne sur le monde externe, puis la considération des manifestations extérieures comme semblable aux siennes. Ce que l’on retrouve chez l’enfant qui personnifie pour comprendre et maîtriser[28]. Nous attribuons à l’autre nos propres conscience et constitution par identification (identification projective), ce qui est le présupposé de notre compréhension et une source animiste ; de même, l’incompris en soi est jugé comme s’il appartenait à une autre personne en soi, une seconde conscience (un Autre, celui de l’altérité interne réfutée), ce qui fait que l’on refuse la reconnaissance psychique mais on l’interprète chez l’autre : c’est une inférence retournée.[29]
Le «stade animiste» est une phase première, narcissique. Le langage en porte le témoignage avec des tropes (le trope comme dépôt, témoin de cette opération et qui offre la possibilité de répéter ce procédé) telle la synecdoque ou encore la prosopée : mettre en scène les absents, les morts et les êtres surnaturels ou inanimés, en les faisant agir ou parler en s’efforçant de présenter comme énonciation directe ce qui n’est que récit, ce qui installe l’absent dans le présent.
Mais il ne faudrait pas réduire l’animisme à une seule pensée dite «primitive» ou «infantile». La pensée animiste peut recevoir des élaborations du moi cogitatif très poussées au point de devenir des théories d’apparence scientifique ou des systèmes : les métaphysiques en sont un bel exemple. Ces élaborations animistes oscillent entre animisme pseudo scientifique et paranoïa. Jean Beaufret, avec Heidegger, l’indiquait, comme bien d’autres : «C’est donc bien en climat de magie, c’est-à-dire de désir de toute-puissance, que se produit en Occident l’avènement de la science comme projet mathématique de la nature. Même la science de Descartes ne cesse de roder autour de la magie dont elle dénonce l’imposture, mais non pas l’ambition, dans la mesure où son but est de faire de «l’homme purement humain» le «maître et possesseur de la nature»[30]«.L’animisme et la toute-puissance magique de la pensée, sert donc au moins deux intérêts :
- la suppression de l’écart moi - monde, que ce soit dans une fusion ou une maîtrise (supprimant la différence, l’altérité de l’autre), comme fin utopique des angoisses et des énigmes du monde externe de la réalité ;
- le vœu de maîtrise du narcissisme qui se manifeste par sa tendance à l’unification, à la synthèse.
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Vieux 30/10/2007, 17h03
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PARTIE VII

2 - La phase religieuse

Du fait de la difficile maîtrise des motions pulsionnelles et des affects, ceux-ci sont projetés dans le monde extérieur, puis transformés en forces supraterrestres ou suprahumaines : c’est-à-dire en entités invisibles, puisque ce sont des phénomènes psychiques. La projection apporte un autre bénéfice : celui de réduire l’éprouvé de l’origine interne des affects, voire d’en extérioriser la source (par exemple, avec le principe de la tentation qui est attribuée à un autre, à un diable ou à une épreuve divine).
Le souci et le vœu de maîtrise des pulsions n’étant pas - évidemment - réalisé, une élaboration secondaire vient alors créer et renforcer un maître de ces forces (pulsions et affects) : un Dieu (le texte même des prières répète la visée de cette création d’un Dieu), une puissance occulte, une Institution, etc., par reprojection de l’image des parents de l’enfance, accordant ainsi la croyance en une maîtrise toute-puissante à des figures des plus externes. Ceci entraîne la répétition de la dépendance infantile, déplacée de l’imago parentale vers celle de forces divines ou occultes : le gain est l’illusion d’un dégagement de la dépendance aux parents et de l’histoire œdipienne ; elles ne sont en fait que déplacées et répétées (transférées) telles quelles le plus souvent. L’œdipe est déplacé sur une autre scène, dans l’illusion d’une extériorité ; cette autre scène étant collective, cela renforce le déplacement, le fixe, et vient banaliser la question œdipienne et en bloquer toute possibilité d’élaboration. Car les religions monothéistes offrent une illusion de résolution : renoncement à la mère ou la femme, pour un patriarcat sous couvert de Loi du Père.
Le monde n’est plus que le miroir de la psyché. Mais l’acte projectif reste inconscient, et c’est pour cela que la croyance en des dieux est frappée d’un oubli, celui qui fait que leur existence n’est qu’un phénomène psychique. De même, mettre en question leur existence équivaut à mettre en doute le narcissisme du croyant et surtout, sa tentative de maîtriser ses pulsions et affects.
Alors, ces forces ainsi illusoirement maîtrisées (par un Dieu) peuvent faire retour en soi par identification et introjection, ce qui fait que le mortel participe à, devient une part de la divinité, et croit donc recevoir ainsi un fragment de la maîtrise divine via cette nouvelle éducation ou post-éducation que porte les textes dits sacrés (ou encore les rites et les prières). Cette opération psychique est défendue, protégée par un renversement en son contraire : l’affirmation que c’est le Dieu qui crée le mortel à son image réfute le fait (psychique) que c’est bien le mortel qui a créé un Dieu à son image idéale. C’est la fonction du sacré : interdit de toucher, de penser à ces opérations psychiques. Nous retrouvons ici le signe de la constitution d’un fantasme narcissique, cette phase du déni et du déplacement causal propre à la fantasmatique paranoïaque : «ce n’est pas moi, c’est lui».
Avec cette création d’un Dieu de la maîtrise, le résultat est la constitution d’un idéal religieux. Mais la domestication des pulsions réduit la possibilité de jouissance individuelle, la remplace par une jouissance psychique collective : faire un avec le tout (l’amour universel, par exemple). C’est à la fois une promesse différée, et réalisée hallucinatoirement dans l’idéal collectif, qui se reflète dans le mythe religieux d’être récompensé (satiété et jouissance), dans un au-delà, du renoncement aux plaisirs terrestres. Les religions y prennent appui dans leur visée de renoncer au plaisir sans pour autant y réussir, car il y a, par exemple, le péché : lieu de la résistance de l’individu et du pulsionnel.
Alors, face aux démentis qu’impose la réalité, il faut de nouvelles élaborations (des refoulements secondaires). Le temps suivant consiste à «scientificiser» l’animisme, ce qui crée un système et sa vision-du-monde. Ce qui nous donne dogmes et doctrines religieuses, avec une protection : l’impossibilité d’expliquer le phénomène (par exemple, l’origine des dieux ou du mot même de religion[31]) doit être maintenue pour défendre la projection endopsychique d’origine.La religion est ce que tout être doit traverser pour aller de l’enfance à la maturité, et il en est de même pour la névrose.
L’homme a besoin de la religion quand il ne parvient pas à dépasser la dépendance infantile ; d’où son recours aux contes de fées de la religion, selon l’expression de Freud[32]. «Tout cela est évidemment si infantile, si éloigné de la réalité que, pour tout ami sincère de l’humanité, il devient douloureux que jamais la grande majorité des mortels ne pourra s’élever au-dessus de cette conception de l’existence[33].» «Tous ceux qui attribuent la direction de ce qui arrive dans le monde à la Providence, à Dieu ou à Dieu et la Nature, éveillent le soupçon qu’ils se figurent toujours ces puissances extrêmes et lointaines comme des parents, qu’ils les conçoivent mythologiquement et se croient liés à elles par des liens libidinaux[34].»
Cette phase religieuse est donc le prolongement de la première. Mais il y a quelques différences, notamment :
- la toute-puissance est projetée (celle de la pensée infantile, de l’auto-érotisme), ou déplacée (celle attribuée aux parents). Cette projection se fait sur une entité supranaturelle, non humaine et invisible, renforcée par un clivage d’avec toute dimension humaine (clivage résultant d’un rejet, d’un déni ou d’un refoulement, ce qui produit trois modes de croyances) ;
- si l’animisme était essentiellement constitué par le mécanisme inconscient de la projection, avec la phase religieuse, cette projection est prolongée d’élaborations secondaires (œdipiennes par exemple) et de rationalisations très poussées. Cela fait de ces projections animistes un système, promulguant une synthèse expliquant le tout du monde et représentant un idéal du moi (c’est la systématisation d’un fantasme narcissique, dont une des particularités est de proposer une voie de réunification avec le tout ou le un, en fait la réunion des instances clivées, c’est-à-dire de compenser le clivage d’origine, celui créé par la projection, de même que le délire tente de réunifier ce que le rejet a clivé) ;
- le but d’un tel système est, entre autres, le remplacement de la toute-puissance infantile par la toute-puissance divine, d’en déposséder l’individu, et de remplacer son moi idéal par un idéal du moi collectif, et transmis surmoïquement par les parents en un premier temps (ce qui est source, aussi, de réassurance par massification au groupe social). C’est du fait de cette transmission parentale que le déplacement des parents (via les figures du Père Noël ou du gendarme) vers un Dieu est opéré, suscité et préparé ;
- ce qui prédomine ne consiste plus essentiellement en une magie de l’acte (d’imitation et de mimétisme) mais en une magie de la parole, parole peu à peu déposée en des livres sacrés et intouchables. Ainsi, c’est le verbe qui devint fondateur. Dès lors, prime un principe universel (Dieu ou théorie) qui ne représente ni ne repose sur un perçu mais qui promeut de l’invisible (métaphysique). La toute-puissance se trouve ainsi incarnée (faite chair, visible) mais seulement par un fait de langage, dans un Dieu ou une conception du monde, conception qui réclame, exige adhésion en cette vérité écrite en un livre dès lors dit «sacré» (soit un interdit d’y toucher), lieu de toutes les réponses a priori (soit un interdit de penser, penser remplacé par la croyance qui est un pseudo penser, un comme si) ;
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Vieux 30/10/2007, 17h04
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PARTIE VIII (la dernière, ouf!)

- le souci n’est plus celui d’une explication des mondes énigmatiques externe et interne, mais surtout celui d’une maîtrise par la pensée des forces externes du monde créées par la projection des forces psychiques internes inconscientes ;
- enfin, ce système est collectif et vise à l’universalité, en étant imposé de force à l’individu, sous la forme d’un système identitaire qui doit remplacer toute représentation de lui-même (c’est donc une opération d’aliénation à la masse). Cette universalisation du système le dote d’une qualité de pseudo vérité de par la loi du plus grand nombre, l’effet de masse, et se pose en comme si c’était du réel. Pour ce faire est-il assortit d’un interdit de penser et de le penser, renforcer par l’interdit de la curiositas depuis Augustin et Thomas d’Aquin.
Si, dans le mouvement animiste, une organisation était nécessaire afin de se retrouver dans le foisonnement des esprits et des dieux, par l’instauration d’un chef suprême à l’image du roi des sociétés humaines (ou dans le foisonnement des connaissances grâce à une théorie – système – universelle), néanmoins ce dieu n’était pas entièrement tout-puissant et omniscient, ni créateur de toute chose (il n’était pas le Un absolu : Zeus en est un bel exemple). Nous avions à faire avec un polythéisme, chaque dieu avait son indépendance et donc chaque individu restait libre de choix.
Avec le monothéisme, les choses changent : une sorte de synthèse et de centralisme s’installe avec la création d’un Dieu unique, tout-puissant, omniscient et créateur. Mais là où dans l’animisme, c’est moi qui créais le monde à mon image, avec la phase religieuse, un renversement s’opère : c’est le Dieu qui crée le monde à son image, à l’instar des parents supposés m’avoir créé à leur image (soit le vœu narcissique que mes parents pensaient à moi lorsqu’ils me firent).
Mais la toute-puissance individuelle est néanmoins préservée grâce à cette notion qui apparaît ou qui est développée dans les religions : la culpabilité. En effet, le péché, le «c’est ma faute», au-delà de la souffrance morale qui est le plus souvent éprouvée en toute conscience, préserve la toute-puissance : ce qui arrive ne tenait qu’à moi, «si j’avais su», etc. C’est pour cela que la culpabilité est si tenace : en fait, je la préserve puisqu’elle est la gardienne masquée de ma pensée magique de puissance. La culpabilité est une représentation qui remplace (vertreten) cette pensée magique.

Feuerbach avait énoncé que la religion est de la pathologie qui s’ignore. Freud a précisé : la religion est donc un délire de masse, une paranoïa collective ; une formation de souhait vient remplacer (vertreten) un aspect insupportable du monde, inscrivant ce délire dans la réalité du fait d’être partagé par une communauté. Elle se met à la place du «programme du principe de plaisir» et impose une voie unique à tous, promettant bonheur et protection magiques contre la souffrance au prix de la soumission à une névrose universelle,
- qui rabaisse la valeur de la vie du sujet (sa vie devient La Vie) ;
- déforme l’image réelle du monde de façon délirante, opérant un délire de masse ;
- par intimidation de l’intelligence et fixation dans un infantilisme psychique.
«À ce prix, en fixant de force ses adeptes à un infantilisme psychique et en leur faisant partager un délire collectif, la religion réussit à épargner à quantité d’êtres humains une névrose individuelle, mais c’est à peu près tout.» Chaque chrétien aime le Christ comme son idéal et est lié aux autres par identification commune à cet idéal, ce qui renforce le gain en grégarité.
La croyance est donc une pathologie narcissique, née du narcissisme primaire, de cette nostalgie du temps de l’indifférenciation moi - monde : nous ne faisions qu’un. Le religieux, le lien religieux, n’est pas seulement celui d’une croyance en un Dieu, il peut tout aussi bien être déplacé, transféré sur une théorie, répété dans l’adhésion en une croyance scientifique : la psychanalyse par exemple, ce qui se dévoile dès lors qu’apparaissent dogmes, doctrines, fanatismes, etc.


3 - La phase scientifique

(Conceptions de Freud à partir des années 1930).
Comment réussir là où le paranoïaque, faiseur de système, échoue ? Comment se dégager des emprises narcissique et animiste, de leurs modes de penser ?
Freud y répond par l’accession à la phase scientifique, qui notons-le, n’est pas un état acquis une fois pour toute, mais un incessant processus. Elle ne peut conférer de statut ou d’état particulier, puisque la phase scientifique n’est plus un temps de toute-puissance mais de «petitesse», l’homme «se soumettant avec résignation aux nécessités naturelles» et aux processus constitutifs inconscients. Phase de renoncement au principe de plaisir, d’adaptation à la réalité, de la recherche de l’objet dans le monde extérieur. Et il n’existe pas d’ultime vérité, mais seulement du fragmentaire. «La science ne constitue-t-elle pas le plus parfait renoncement au principe de plaisir dont notre travail psychique soit capable ?»[35]Le jugement d’existence est constitutif du scientifique selon Freud, ne peut donc :
- que dépendre du perçu, c’est-à-dire de l’expérience comme première, ce qui exclut toute attente, tout a priori ou toute préconception, fusse le savoir analytique lui-même en séance qui s’oppose à la perception du transfert. De là découle la méthode ;
- et les acquis ne peuvent donc être que fragmentaires et en aucun cas amener une synthèse générale ou globale qui ne serait qu’un système, c’est-à-dire une représentation qui remplace (vertreten) et réfute le perçu.
Cette méthode est typique des Lumières : primat de la perception de l’expérience avec questionnement sur le mode de perception, primauté d’un esprit non prévenu pour une virginité de perception (c’est un idéal, bien sûr) et suspension de tout jugement a priori. Or, c’est cette méthode qui deviendra la technique analytique.

Dernière modification par Darth ; 30/10/2007 à 17h07.
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