Il suffit de taper "Nicolas Sarkozy" et "visiblement ému" sur un moteur de recherche pour constater l’efficacité des scénarios du Président dans les médias. Eric Fassin, sociologue, professeur agrégé à l’Ecole Normale supérieure est l’auteur d’un texte récemment mis en ligne sur le site de la revue Mouvements : Guy Môquet et le théâtre politique des émotions. Il analyse la place de l’émotion et de sa mise en scène dans la politique de Nicolas Sarkozy.
« La politique est toujours un théâtre mais la spécificité du théâtre de la politique avec Nicolas Sarkozy, c’est la mise en scène permanente des émotions. Les émotions ne sont pas seulement l’accompagnement de la politique : elle sont le combustible de la politique sarkozienne.
Avec Guy Môquet, on nous met en scène une émotion qui ne nous appelle à aucune action. Il s’agit de manière rétrospective, de manière mémorielle, de se repencher sur une personne dépolitisée, décontextualisée. La question de savoir de quelle mesure cette émotion pourrait avoir une signification politique aujourd’hui disparaît. C’est un théâtre au sens où nous en sommes les spectateurs. Nous ne sommes pas invités à agir, mais à regarder, à nous émouvoir de ce spectacle. En ce sens là, c’est une manière politique de nous engager à ne pas nous prendre au jeu politique, en particulier à ne pas nous intéresser à d’autres malheurs. »
« Les malheurs d’hier ne nous encouragent pas à penser les malheurs d’aujourd’hui. Ou à penser les malheurs d’aujourd’hui sur un mode dépolitisé. Cela va être la mise en scène, le 14 juillet, de toutes ces victimes, ces accidentés de la vie (ndlr : invités à l’Élysée), en particulier un jeune garçon handicapé qui va être le héros de la fête en quelque sorte. Le malheur de ce garçon ne signifie rien politiquement. La compassion que nous pouvons ressentir pour lui n’appelle pas d’action. Il n’y a rien à changer au monde, il faut seulement s’attrister. En revanche on pourrait s’émouvoir de ce qui se passe pour les sans-papiers aujourd’hui, puisqu’on sait qu’il y a des enfants, qu’il y a des morts, des situations tragiques. Ce que nous dit Sarkozy, c’est que, certes, il faut être émus, mais non pas par ces souffrances-là, parce que ces souffrances sont politiques. Donc soyons émus, mais pas par la politique. Soyons émus, pour ne pas nous en engager, pour ne pas agir sur le monde.
lasuite par ici:
http://www.alterinfo.net/Nicolas-Sar...4e60517f7d83cc