Centre De Deportation A Bruxelles


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Vieux 03/11/2007, 16h59
 
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samedi 03 novembre 2007, 13:06

Laissez-passer d’un jour au centre fermé. Entre bruits d’avion, visages d’enfants et départs forcés. Reportage.
Pierre-Yves Thienpont


Tchetcheni mon Amour » (sic), « Bienvenu RDC », « Jesus my god », « Allez vous faire foutre ! »… Dans les couloirs du centre 127 bis, les murs parlent d’eux-mêmes. Tags enragés, slogans calligraphiés, dessins naïfs ou réalistes, une véritable tour de Babel. Des murs de blocs grossiers, salis par le temps. Où des dizaines d’illégaux, demandeurs d’asiles déboutés, ont déposé, au détour de leur détention, quelques états d’âme, des souvenirs lointains, beaucoup de colère rentrée. Nous sommes dans l’aile gauche du « 127 bis », celle réservée aux hommes. Au cœur du cinquième centre fermé pour étrangers de Belgique (Vottem, Bruges, Merksplas et Melsbroek). Là où transitent la plupart des « indésirables » avant leur rapatriement plus ou moins forcé. Un établissement construit en 1994 juste à côté de la piste de décollage de Bruxelles national. Le seul à accueillir des familles et des enfants…

Ce mardi 30 octobre, l’Office des étrangers a accepté, exceptionnellement, de nous accorder un droit de visite « Nous voulons être complets et transparents », dit sa porte-parole, Dominique Ernould. Pendant plusieurs heures, nous pouvons parcourir, sans restriction aucune, les lieux.

« La vie du résident commence ici… », nous explique la directrice, Carla De Becker, dans un très bon français. C’est le local d’admission (dite procédure « intake »). Le « résident » est fouillé, photographié, informé de ses droits et devoirs. S’il a des bagages trop volumineux, ils sont stockés. « Les chambres ne sont pas immenses, et on veut éviter les vols. » GSM, médicaments, objets en verre (miroir, parfums.) et coupants (rasoir…) sont prohibés. « Il y va de leur sécurité, celle du personnel et des autres résidents. » Un dossier d’admission est constitué. L’assistante sociale lui explique la procédure. Le « résident » reçoit un badge avec photo et numéro de dossier. « C’est utile pour faire l’appel après la promenade, s’assurer que tout le monde est bien rentré », explique la directrice. Un homme pénètre dans la pièce. « Vous n’avez rien en poche ? », lui demande un agent en enfilant un gant en plastique bleu. Le jeune Brésilien fait « non » de la tête. Il a le regard triste. Restera-t-il un jour ou quatre mois ? Au 127 bis, les pronostics ne sont jamais infaillibles…

Du local « in take », nous passons aux cellules d’isolement. Il y a en quatre. L’une est hors service. Aujourd’hui, elles sont vides. « Mais ça reste une mesure exceptionnelle », prévient Carla De Becker : 79 mises au cachot en 2006 (5 femmes, 74 hommes). La plupart pour « coups et blessures » ou « trouble de la sécurité ». Un matelas posé sur un sommier en béton, un WC en acier galvanisé, une couverture, le « strict minimum ». Sutka, Tuzlan, Hassan… Ici aussi, les murs parlent et les mots claquent (« Fuck you Belgium », « sale Flamant ! »…). « C’est 24 heures d’isolement au maximum avec l’aval de la direction, précise Dominique Ernould. Pour une prolongation en cas de trouble de l’ordre public, c’est le directeur de l’Office qui est compétent ».

Nous entrons ensuite dans le quartier médical. Quatre infirmières et un médecin généraliste y sont attachés. Une femme bulgare et ses enfants attendent sur un banc. Deux gardiens les surveillent. L’odeur d’éther envahit la pièce. Un bruit sourd d’avion en plein vol surgit de nulle part. « Nous recevons les gens sur demande, de 7 h 30 à 18 h et souvent plus tard, explique Hilde, une infirmière. Ils s’inscrivent sur une liste, nous faisons le tri. »

Le dispensaire est surchargé. « Beaucoup ont besoin de parler, c’est une occasion pour eux de sortir de l’aile », ajoute Tinne, sa collègue. Maladies chroniques, accidents de sport, blessures diverses… L’équipe doit être polyvalente. « Les cas les plus lourds (tuberculose, hépatite…) sont évidemment pris en charge à l’extérieur. Idem pour les suivis gynécologiques », insiste la directrice qui ajoute : « Le seul compétent pour les prescriptions de médicament, c’est le médecin. » Hilde ajoute : « Certains viennent nous voir avec des maladies imaginaires, des demandes d’attestation pour leur dossier, des choses irréalisables. » Angoisses liées à la détention, insomnies, barrage de la langue, histoires personnelles… L’infirmerie est le lieu de toutes les souffrances et de toutes les peines. « On fait notre travail au mieux, se défend Hilde. On leur donne le bien qu’il faut. »

Nous traversons la cour intérieure. Derrière le double grillage, nous apercevons le chantier en cours. Une nouvelle aile, huit chambres, quatre cellules d’isolement. La fin des travaux est prévue fin 2008. « On est un peu à l’étroit, confie Carla De Becker. Surtout pour accueillir les résidents d’un jour, qui viennent entre autres de Vottem, avant d’être rapatriés. » Faute de place certains aujourd’hui sont contraints de passer une nuit en cellule d’isolement…

La cour est vide, le béton fissuré. Quelques ballons traînent dans l’herbe. Un seau d’eau est rempli de mégots. Le panneau de basket n’a pas de filet. Les charters se succèdent au loin. Deux heures par jour, les femmes et les familles, de 13 à 15 h, les hommes, de 15 à 17 h ont le droit de profiter de cette enceinte extérieure…

Nous entrons dans l’aile gauche, réservée aux détenus masculins. Ils sont une quarantaine au maximum. Douze chambres sont réparties de part et d’autre d’un long couloir. À l’entrée, il y a un combiné téléphonique Belgacom et le local de l’assistante sociale. « C’est ici qu’ils peuvent appeler gratuitement leur avocat, régler un problème, obtenir un journal ou des choses utiles (une carte de téléphone, un rasoir…) en présentant leur badge. » Une demi-heure de « nettoyage des déchets » et le « résident » peut obtenir un bon de 5 euros…

Dans l’aile, l’air est enfumé. Les murs sont décrépis, les visages abattus. Dans le réfectoire, le téléviseur est branché sur MTV, des clips de R&B défilent en boucle. Un « Merry Christmas » en guirlande rouge se détache. Notre présence intrigue. Les langues se délient. Un Camerounais en veste de cuir nous parle de son GSM « confisqué ». Un Syrien de son boulot « laissé en Allemagne ». Un grand Black nommé Lumumba, de sa demande d’asile qui n’aboutit pas. La plupart sont en sandales, ils regardent les heures passer.

Chagrin, mélancolie et amertume se lisent dans les regards. Dans leurs chambres, toujours ces graffitis inscrits sur les murs. Quatre lits par terre, des fenêtres renforcées. « En 2002, après avoir enregistré 25 évasions, nous avons doublé le vitrage avec une plaque en polycarborne », explique la directrice. Le 4 novembre 2006, une gardienne a été violemment agressée par un détenu armé de ciseaux. Le personnel (90 agents, 10 éducateurs, 5 assistants sociaux, plus la direction) reçoit quelques formations (gestion de la violence, sécurité, communication…). Mais il faut composer avec les différences culturelles, la promiscuité, les peurs, les risques liés à l’univers carcéral… Récemment, un détenu est mort d’overdose. Durant l’été, l’affaire Angelica a provoqué des mouvements d’humeur. À l’occasion de la Saint-Nicolas, les ONG manifestent au pied du centre. « Cela crée des tensions, des incompréhensions et des colères qu’il faut gérer. »

Nous entrons dans l’aile jaune, réservée aux familles et enfants. En 2006, 2.228 détenus ont transité par le 127 bis : 1.693 adultes, 537 enfants. Parmi les pays les plus représentés figurent la Russie, la Roumanie, la Bulgarie, la Serbie et le Brésil.

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Vieux 03/11/2007, 17h01
 
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Par défaut Re : Centre De Deportation A Bruxelles

Sandra, la surveillante responsable, câline un petit garçon afghan. La télé est branchée sur Kanvas. Une maman et sa fille jouent au jeu de l’oie. L’atmosphère est moins pesante que chez les hommes, mais les mines tout aussi moroses. Une ado nous invite dans le « fumoir ». « Regarde, dit-elle en souriant. Les « résidents » ont assemblé des dizaines de paquets de Marlboro vides et réalisé un petit… sapin de Noël ! Et toujours ces mêmes murs délavés. Ces mêmes « dazibao », dizaines de phrases, dessins ou slogans…

Onze enfants sont aujourd’hui détenus, dont cinq Afghans. Cinq éducateurs, et depuis septembre, deux enseignantes, sont chargés de leur encadrement. Le 127 bis manque de place : deux chambres ont été transformées en salle de détente (dessin, jeux…). Un préfabriqué (40 m2) devrait servir de classe d’ici peu. De 10 à 11 h 30, Linda, régente en langues et en histoire, dispense quelques leçons : « Lire, écrire, compter, mesurer, des modules quasi sur mesure, car les niveaux et les âges varient tellement. » « Être », « avoir », « to be », « demain », « lundi »… Des petits panneaux et des visages d’enfants : Roman, 13 ans, Kazakstan ; Ranik, 8 ans, Afghanistan ; Arthur, 11 ans, Ukraine, etc. « Leur maîtrise du français ou du néerlandais est très variable. Prenez Arthur, il est né ici, il a un très bon niveau. » Né ici, enfermé… ici. Quelques heures par jour à peine pour sortir de ces murs tristes. Dehors, deux modules en plastique délavé, le tarmac défoncé par les camions du chantier, de la boue et toujours ces avions au loin…

« Nous faisons tout ce qui est possible pour les rendre heureux », dit une surveillante avec conviction. Nous repensons aux pictogrammes affichés dans le quartier réservé au personnel : « loyauté, qualité, disponibilité, responsabilité, etc. ». Kim, l’assistante sociale, ajoute : « Ils font des jeux, du dessin, des promenades ». Carla De Becker précise : « Les adultes ont choisi leur voie, les enfants ils n’y peuvent rien. C’est pas simple, mais c’est la moins mauvaise des solutions. »

Nous retraversons l’aile jaune. Un petiot aux yeux d’amande nous crie « photo, oui, photo ». Une mère en jupe longue nous regarde, rongée par le silence. Nous franchissons dans l’autre sens le double grillage. Reste à aborder la procédure « out take ». Le départ. Le rapatriement. La déportation. À chaque corps son vocable. Fouille, remise des effets personnels, signature… Un laissez-passer délivré par le pays d’origine. Un rapatriement sur une base volontaire (via l’Office des migrations), accompagné, escorté ou en vol sécurisé. Tout dépend, comme le précise le DVD réalisé par le SPF Intérieur et présenté au « résident » la veille de son départ, de son « degré de coopération » et de son « comportement ». Un départ en avion, à l’autre bout de la piste. Une autre histoire qui recommence loin des murs tagués du 127 bis.


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Isthmique dit le 3/11/2007, 15:19
Fermeture ou fermete?
Des cas comme celui de Arthur montrent bien que certains enfants ont pris racine en Belgique et la loi devrait les proteger: Si des personnes en situation irreguliere vivent tranquillement cinq ou dix ans en Belgique sans causer de prejudice a personne, et ont des enfants, pourquoi est-ce que le Ministere de l'interieur vient les enfermer apres tout ce temps? Pourquoi? On devrait fixer un temps limite (par exemple trois ans) au terme desquels les personnes en sejour illegal avec enfants scolarises en Belgique ne seraient plus expulsables. Cela contraindrait les autorites a agir rapidement ou a regulariser les parents. Ce qui est intolerable pour moi, ce sont ces delais arbitraires qui donnent a la procedure un aspect de loterie, dont les enfants sont les victimes.
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Flupke dit le 3/11/2007, 14:31
Les passeurs
Les passeurs, ceux qui exploitent la misère humaine dans leur pays à coup de milliers d'euros, méprisent les droits humains. Ce sont ces derniers qui sont condamnables.Et comparer Breendonck au centre 127bis c'est pire que ce qu'à vociféré BDW. Et c'est pas peu dire.
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leuvarden dit le 3/11/2007, 11:45
Nous sommes en 2007 notre pays méprise les droits humains
Sans aucun doute la réalité la plus écoeurante de notre Belgique contemporaine: notre état, nos fonctionnaires et nos élus jettent des milliers d'innocents en prison, et parmi eux des centaines d'enfants.Car c'est bien d'une prison qu'il s'agit; des magistrats y ont d''ailleurs déjà envoyé des criminels en attente d'expulsion, par manque de place dans une autre prison.Les visages sont tristes, les murs transpirent l'angoisse et la souffrance; ces murs dont les inscriptions rappellent les cris d'angoisses d'autres prisonniers, livrés à l'arbitraire d'un état fasciste, il n'y a pas si longtemps d'ici...Breendonk, vous en souvenez-vous ?Non, la comparaison n'est ni déplacée, ni exagérée: sil n'y a pas d'exécution et qu'on ne peut pas parler de torture au 127bis, les déportés qui s'y trouvent ne sont là qu'à cause de leur origine.Et les résistants qui sont passés par Breendonk, croyez-vous que c'est ça, la liberté dont ils rêvaient pour la Belgique ?
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ycar dit le 3/11/2007, 11:41
Impressionant de sincérité
La simplicité et l'intensité de ce reportage confirment l'immense malaise qu'il y a à poser des choix. Choisir de fuir. Choisir d'expulser. Ces choix antagoniques exigent toujours d'énormes prises de responsabilités. Personne ne peut parier avec certitude sur une vie meilleure, sur l' "après". Ni le réfugié qui quémande, ni celui qui n'est pas prêt à partager. Ce sont d'affreuses histoires vraies. Ce reportage me dérange, mais à la juste mesure pour faire me réfléchir, pour me marquer. C'est humain.
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  #3  
Vieux 03/11/2007, 23h51
Avatar de zouhir001
je pense, donc je suis
 
Date d'inscription: mai 2006
Âge: 26
Messages: 14 964
Par défaut Re : Centre De Deportation A Bruxelles

on peut pas acceillir tous les réfugiés économique de la terre...

apres on s'etonne que le cpas donne le strict minimum vital


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