les savants musulmans oubliés de l'histoire ....




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  #1  
Vieux 05/11/2007, 15h05
 
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Ibn Sahl
Que dieu ait son âme

Mathématicien, opticien, géomètre de la deuxième moitié du Xè siècle, son destin fut étroitement lié à la dynastie des Bouyides. Il a vécu sous le règne et a dédié son principal livre : ‘les instruments ardents’ au célèbre ‘Adoud Ed-Dawla : ‘Samsam Ed-Dewla, il fut écrit aux environ de 985 très vraisemblablement à Bagdad e Irak. Le roi Samsam Ed-Dewla auquel ce livre a été dédié, fut intronisé à Bagdad et a régné entre 372/982 et 376/986, Ibn Sahl était actif en Irak. Le poète Abou El-‘Ala El-Mar’ri et Et-Tawhidi furent rassemblés autour de Samsam Ed-Dewla, ainsi que le mathématicien Es-Sidjizi qui avait rédigé son opuscule sur ‘les propriétés de trois sections’ avant 357/970.

L’histoire de la construction de l’heptagone régulier nous apprend que Ibn Sahl était un mathématicien chevronné, reconnu et actif.

Une anecdote : Selon le mathématicien Es-Sounni, Abou El-Djoudi Ibn El-Layth avait donné une mauvaise solution du problème de la construction de l’heptagone régulier. Après avoir constaté l’erreur d’Abou el-Djoudi, Es-Sidjizi a voulu à son tour résoudre le problème, mais comme cette solution lui était difficile, il l’écrivit à Ibn Sahl, le géomètre pour lui demander la division de la droite selon un rapport donné. Il a été possible à Ibn Sahl, d’analyser la droite selon un rapport par deux sections coniques opposées, une hyperbole et une parabole. Es-Sidjizi reconnaîtra, lui-même plus tard sa dette à l’égard d’Ibn Sahl c’étais en 359/968.
De toutes ses oeuvres, deux seulement nous sont parvenues, la première : (instruments ardents : 373-376/982-985), et la deuxième : (la preuve que la sphère céleste n’est pas d’une transparence extrême), la date de sa réaction est inconnue.

Ibn Sahl, dans l’introduction à son traité, il revendique sans ambiguïté aucune, la priorité d’avoir penser l’embrassement par la lumière qui traverse un prisme et qui se réfracte dans l’air, c’est-à-dire une lentille, ce qui l’intéressait, c’étais le miroir ardent et les lentilles.
Afin de penser le problème et de le résoudre, !ibn Sahl combine les éléments suivants : L’embrassement par réflexion (a) et l’embrassement par réfraction (b), le cas où les rayons peuvent être considérés comme parallèles (c) et le cas où les rayons sont issus d’un point à une distance infinie (d). il étudia le miroir ellipsoïdal, la lentille plan convexe et biconvexe, il ne se contente pas d’expliquer le fonctionnement idéal du phénomène, mais il expose également sa fabrication.

Le chapitre consacré à l’hyperbole nécessaire à la confection de la lentille plan convexe se divise en deux parties, l’étude de la courbe comme section conique et la construction mécanique de cette courbe. Ibn Sahl défini l’hyperbole par son sommet, son axe et son côté droit, il examine la tangente à partir de la propriété bifocale, passe ensuite à l’hyperboloïde et au plan tangente, dont il montre l’activité.

Ibn Sahl rompt avec la tradition des captopriciens grecs et Arabes en introduisant dans sa recherche la réfraction et les lentilles. Avant Ibn Sahl, deux savants arabes ont écrit sur le miroir paraboliue : El Kindi et Abou El Wafa El Banzdjani. Le projet d’Ibn Sahl est d’utiliser ce miroir pour répondre à cette question : Comment embraser par la lumière du soleil, c’est-à-dire une source considérée à l’infini pour que les rayons parviennent parallèlement entre eux au miroir ? E t comment, par cette lumière embraser à une distance donnée ?
http://smf.emath.fr/Publications/Gaz..._109_89-97.pdf

Feynman n'a pu concevoir qu'un autre que Snell (1621) eût pu découvrir la loi de la réfraction avant le XVIIe siècle et ailleurs qu'en Europe.
Or la loi de la réfraction semble avoir été écrite correctement pour la première fois par Ibn Sahl dans un traité écrit entre 983 et 985 (reproduction d'un de ses pages ci-dessous ; cf. Brahim Guizal et John Dudley, Pour la science, n°301, nov 2002).


La loi de la réfraction fut reprise ou redécouverte ensuite par Ibn al-Haitham dit Alhazen (965-1039) et par Thomas Harriot en 1602. C'est donc abusivement qu'on attribue la loi de la réfraction aussi bien à Snell (les anglo-saxon comme Feynman) qu'à Descartes (les francophones).

http://pcsi-unautreregard.over-blog....e-3840473.html


La date de sa mort nous est pas parvenue.
Que Dieu ait son âme
Miniatures attachées
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  #2  
Vieux 06/11/2007, 15h13
 
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El-Batani
(Que dieu ait son âme )

‘Par la science des astres, l’home à la preuve de l’unité de dieu et de a connaissance prodigieuse grandeur de la sublime sagesse de la puissance et de la perfection de Son oeuvre’

EL-BATANI (276/877 – 317/918)

Les astronomes arabes du neuvième siècle, pour la mesure du méridien, sont arrivés à 111 814 mètres, on l’évalue aujourd’hui à 110 938 mètres, n’est-ce pas extraordinaire de leur part, en tenant compte de la technologie et des moyens actuels ?

L’Albatanius Occidentale

Né en 276/877, Mathématicien averti, l’astronomie n’avait aucun secret pour lui, puisqu’il corrigea la valeur de l’année tropique, changea la constante de précession de Ptolémée et mesura l’obliquité de l’écliptique et trouva la valeur suivante : 23° 35’’. ( on la fixe aujourd’hui, onze siècle après à 23° 27’’). Il s’est tout bonnement trompé de huit secondes, n’est-ce pas merveilleux ?

Il calcula la précision des équinoxes et parvient à la valeur de 54 minutes et 05 secondes, c’est lui qui proposa une formule importante comprenant trois côtés et un angle d’un triange sphérique, ce qui n’a absolument pas d’équivalent chez Ptolémée.
Il mit le doigt sur les erreurs commises par Ptolémée, lorsque celui-ci supposa que l’angle entre l’écliptique et l’équateur céleste, l’obliquité de l’écliptique, était constant, et que le point de l’espace où le soleil paraît le plus éloigné, l’apogée du soleil était fixe. Bien entendu, il s’agissait là d’éléments capitaux pour l’avenir de l’astronomie de précision.

El-Batani fit plus que relever les erreurs, il les corrigea en effectuant lui-même des observations, et il parvint à des valeurs beaucoup plus précise.

Compléta les résultats obtenus par Thabit ben Qorra en calculant très exactement les différences de longueur de l’année tropique et de l’année sidérale, différences qu’il découvrit en mesurant la révolution de la Terre autour du Soleil, par deux procédés différents.

Il perfectionna les études astronomiques d’El-Khawarizmi par de nouvelles recherches sur l’apparition de la nouvelle lune, sur les éclipses de soleil et de lune et sur les parallaxes.

Il écrivit une introduction astronomique à ses célèbres tables sabéennes, qui fut traduite en latin, Regiomontanus la dota d’un commentaire et, conjointement avec les éléments d’astronomie d’Al-Farghani, elle fut publiée à Nuremberg, en Allemagne.

Il calcula également avec plus de précision encore l’obliquité de l’écliptique et découvrit de nouvelles méthodes propres à déterminer la latitude d’un lieu.

Il mourut en 317/918
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  #3  
Vieux 06/11/2007, 15h28
 
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El-Djahidh

Que dieu ait son âme

El-Djahidh disait : ‘Les Arabes sont la référence vu leur compétence dans la connaissance des animaux, en zoologie, je m’appuie essentiellement sur l’expérience des Arabes bédouins dans ce domaine. Toutes les espèces animales, depuis les bêtes féroces jusqu’aux produits de croisement, en passant par les bêtes de sommes, sont répandues dans les régions sauvages, les déserts, les gorges des montagnes, les vallées, les marais, les fourrés, les terrains boisés ou sablonneux et les cimes. Les bédouins ont grandi, vécu au milieu de ces animaux, ils ont installé leur demeure, ils se sont établis dans leur territoire et ils vivent environnés par eux ‘.

Abou ‘Othman ‘Amir ibn Bahr, il naquit en 160/777 à Bassora en Irak, plus connu sous le surnom d’el-djahidh, issu d’une famille arabe de pure souche. Il appartenait à un milieu très modeste, sa mère le tournait en dérision, parce qu’il ne ramenait pas assez d’argent.

Le zoologue arabe laissa un livre intitulé Kitab el-Hayawen ‘Livre des animaux’, est une sorte de bestiaire, où l’on voit apparaître une institution de l’évolution des espèces, des considérations sur la psychologie animale, sa classification est méthodique et d’une clarté sans précédent.

Voyons voir le surnom d’el-Djahidh, ce surnom veut dire en arabe (celui dont les yeux sont exorbités), effectivement, Abou ‘Othman, puisque c’est ainsi qu’il voulait qu’on l’appelle, était un homme de taille moyenne, de constitution physique normal, un visage sympathique,, mais ses yeux étaient exorbités, c’est lors de la croissance que les yeux avaient atteint leur taille d’adulte normal, mais les orbites n’ont pas suivies, et c’est ainsi que les yeux qui étaient de taille tout à fait normale logeaient dans de petits orbites, d’où l’extériorisation des yeux. Ce surnom passa à la postérité, sans qu’il ne puisse rien y changer, hélas ! et pourtant, il aimait être appelé Abou ‘Othman.

L’orientaliste allemand Mez le comparait à Voltaire et Charles Pellat de l’assimiler : ‘Effectivement, c’est à Voltaire, qu’il fait le plus communément songer, mais comme certains passages de ses oeuvres s’apparentent à Rabelais, à La Fontaine, à La Bruyère, à Molière, à Descartes et à Darwin’.

Comment un orientaliste de la notoriété de Mez, peut-il raisonner de cette manière ? Il aurait été plus simple d’inverser les rôles, c’est-à-dire, pour être plus honnête, il fallait qu’il dise :’El-Djahidh a énormément influencé Voltaire’ Ou bien : ‘L’influence d’El-Djahidh sur Voltaire était considérable’.

Quant à Charles Pellat, il aurait mieux fait de dire : ‘L’impact d’El-Djahidh sur Rabelais, La Fontaine, La Bruyère, Molière, Descartes et même Darwin, était prépondérante, ‘A mon humble avis, c’est plus légitime, plus honnête, plus logique, plus raisonnable et plus judicieux, il n’y a qu’à comparer leurs dates de naissance respectives, ces messieurs attachent la charrue avant les boeufs, pourquoi ?’

El-Djahidh est un personnage émérite et ses oeuvres sont d’une richesse hors du commun, c’est une figure marquante de la culture arabo-islamique, il a écrit plus de trois cent ouvrages, très peu d’ouvrages nous sont parvenus. La liste nous donnera une idée de l’hétérogénéité de son oeuvre :

1- El ma’ch we-l ma’ad ‘la vie future et la vie terrestre’
2- Kitmen es-ser wa hifd el-lissan ‚l’art de garder un secret en tenant sa langue’
3- Kitab fi el-djed we-l hazl ‘livre sur le sérieux et le plaisir’
4- Kitab el boukhala ‘livre sur les avares’
5- Fasl ma bayna el-‘adawa we-l-hesd ‘Différence entre l’hostilité et la jalousie’
6- Kitab el Hayawen ‘Le bestiaire’
7- El Qadi we-d-doubaba ‘le cadi et la mouche’
8- Bayan we-t-bayin ‘ Preuve et démonstration’

Son livre sur les animaux dénote une très vaste culture, un savoir faire exceptionnel et une connaissance précise des moeurs animales. Un bel esprit critique qui fourmille de réflexions fondées sur des témoignages solides. La plus étonnante est la description exacte de la famille des marsupiaux tels que les kangourous entre autre.

Entre autre, plusieurs interprétations de songes d’Ibn Sirin sont citées dans Kitab el-Hayawan ‘le livre des animaux’.

Une des plus grandes oeuvres d’El-Djahidh fut traduite et annotée par Charles Pellat c’est : Kitab el boukhala ‘le livre des avares’ (Unesco, commission de Beyrouth pour la traduction des chefs d’oeuvres, Paris 1951.)

Mohammed Addad donna une version française de Kitab et-tarbi’ we-t-tadwir ‘livre du carré et du cercle’, une oeuvre grandiose par son forunit une idée exhaustive de la diversité de l’oeuvre d’El-Djahidh.

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  #4  
Vieux 06/11/2007, 15h29
 
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Dans son Anthologie du livre des Animaux, il écrit un hymne au livre d’une beauté jusque là inégalable, la culture pour lui fut une chose sacrée, enchanteresse, de noble et d’incomparable. C’est tout simple son amour pour la lecture et devenu légendaire parmi les Arabes et les non Arabes.
Il fit la connaissance de plusieurs pays, la Syrie entre autre, ayant atteint l’âge de quatre vint trois ans, il fut la victime d’une hémiplégie heureusement gauche, cela lui a permis de continuer à écrire, puisqu’il était droitier. Il prit cette atteinte avec beaucoup de philosophie et d’humour, lorsque les gens lui demandaient ce qu’il lui était arrivé il répondait en souriant : ‘La moitié de mon corps est glacée, l’autre brûlante’.

Quatre vint et onze d’expérience humaine et littéraire, c’était un défenseur inconditionnel de la Prophétie de Mohammed ibn Abdallah (SAW), du Coran et de la lignée des Califes bien guidés (Abou Bakr, ‘Omar, ‘Othman et Ali (que Allah les agrée). C’était un partisan des Abbassides et d’un imam unique, il composa plusieurs ouvrages là-dessus, expliquant dans un style propre à lui, clairement et explicitement le pourquoi des choses, gagnant à sa cause les plus récalcitrants. Il était partisan de la recherche d’une définition des conditions d’un nouveau pacte, d’une nouvelle alliance d’intégration politico-religieux.

Il aspirait à l’intégration au niveau social par un nouveau modèle d’homme, qui puisse harmoniser avec l’hétérogénéité des ethnies qui compose l’empire musulman, son but est de rassembler, de rapprocher et d’unir l’ensemble de ces ethnies. Cela ne suffisait pas pour lui, il voulait aller au delà, par l’intégration au niveau culturel, il désirait une élaboration d’une culture permettant au Musulman d’avoir des atouts afin de briller en société, de manipuler et de maîtriser codes et signes culturels contrôlés et échangés par les sociétaires de la structure sociale arabo islamique. C’est dans ce cadre qu’il écrit Bayan we-t-bayin ‘preuve et démonstration’, cet ouvrage représente l’une des plus grande somme de l’éloquence arabe, El-Djahidh fut pendant plusieurs siècles une référence majeure.

C’est au cours du siècle d’el-Djahidh, que les recueils de Hadith ‘tradition’ du Prophète mohammed ibn Abdallah (SAW) d’El-Boukhari et de Mouslim furent collecté, ils n’étaient pas encore composées du vivant d’El-Djahidh.
Toujours au cours de son siècle, son objectif fondamental était fahm wa ifham de ‘comprendre et de faire comprendre’, trouver un sens aux choses et aux êtres, ensuite communiquer cette quête de la signification. Créer une nouvelle solidarité humaine, une alliance.

On rapporte une anecdote à son sujet, juste avant sa mort, cet homme fut un phénomène unique en son genre. Pour étudier, il offrait ses services gracieux aux libraires désireux de faire surveiller leur librairie. Il payait même de sa poche, les libraires réticents. L’accord conclu, le soir venu, il se présente au libraire avant la fermeture, et lui demande de l’enfermer dans la librairie et d’emporter les clefs avec lui jusqu’au lendemain.

A l’intérieur de la librairie, seul, il passait ses nuits à étudier, jusqu’à l’arrivée du libraire au petit matin, ainsi,il était au courant de toutes les nouveautés, et étudier sans bourse déliée.

Agé de quatre vint et onze ans, un jour qu’il était dans la librairie qu’il gardait, prit un escabeau afin d’atteindre certains livres haut placés, les livres dégringolèrent sur sa tête et le tuèrent. Le libraire lors de l’ouverture, le trouva enseveli inerte, sous des milliers de livres.

Il mourut pour l’amour de la science en 251/869 à m’âge de quatre vint et onze ans à Bassora, sa ville natale sous un amas de livres, dans une librairie, martyr de la science et de son insatiabilité de lire et de savoir inassouvissable.

Que Dieu l’enveloppe dans Sa miséricorde.


ps: pour les evolutionnistes une tres bonne reference
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Vieux 06/11/2007, 15h34
 
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Hounaïn Ibn Is'haq
( que Dieu ait son âme )

L'histoire personnelle de Hounain a elle même la valeur d'un symbole. C'est l'histoire d'une humiliation et d'une vengeance. Humiliation qu'un Perse arrogant fit subir au fier descendant arabe de l'audacieuse tribu des Ibadi, et qui contribua à l'avènement de la suprématie intellectuelle du jeune empire arabe.

Hounaïn Ibn Is'haq est né à El-Hira en 142/809, l'année de la mort d'Haroun er-Rachid. Les instruments et les bocaux que l'enfant voit dans le laboratoire de son père éveille en lui d'autres aspirations que celle de devenir, comme la plupart de ses camarades, un simple commerçant d'ingrédients de toutes sortes. Il n'était pas pour cela.

Le jour vient enfin où son vieil ami, le caravanier Houbéïch, se déclare disposé, en échange d’un peu de camphre, à conduire Hounaïn jusqu’à Bagdad, capitale de l’empire. Hounaïn désire se consacrer à la médecine et, avec toute l’ardeur et la soif d’apprendre de ses quinzes ans, il assiste aux cours de Yahia ben Masaoueih, professeur doté d’une immense renommée. Mais Hounain et incapable de se contrôler plus longtemps, il lui lance : « Retourne donc là d’où tu viens ! Va te faire agent de change à Hira comme les tiens ! Mais ne te mêle surtout pas d’étudier la médecine, ce n’est pas une profession pour un Ibadi ! »

Hounaïn sort de la classe; pleurant amèrement. Les paroles méprisantes de Masaoueih le brûlèrent comme autant de coups de fouet. Ce jour-la, frémissant de colère, il se jure de prouver qu’il était capable de devenir un aussi grand médecin que Masaoueih, ou plutôt non : un médecin vers lequel celui qui la si profondément offensé devra lever les yeux !
Il voyage en pays roumi, en Asie Mineure, il étudie la langue grecque jusqu’à la maîtriser assez totalement pour pouvoir lire les ouvrages des grands médecins grecs dans le texte. Auprès du meilleur professeur de Basra, sur le golfe Persique, II perfectionne son arabe et apprend le persan. Il pane déjà l’araméen depuis sa plus tendre enfance.
Deux années se sont écoulées depuis que le jeune Hounaïn a vu se refermer derrière lui les portes dorées de Bagdad... Or, voila qu’un soir au crépuscule Chalil ben Abdallah, ancien membre lui aussi du cercle d’auditeurs de Masaoueih. rend visite a un ami. les yeux baissés, un étranger a barbe noire assis en tailleur sur sa peau de mouton. Chalil ne la encore jamais rencontré dans les rues de Bagdad. Absorbé par son entretien avec son ami, il ne prête guère attention a ce personnage muet.
Mais soudain une voix s’élève, elle chante des vers grecs. Des vers d’Homère qui parlent d’un homme nommé Ulysse. Et c’est sa voix gui trahit le chanteur. Chalil la connaît bien. L’homme qui, la tête appuyée au mur orné de carreaux de faïence multicolore, chante le héros d’Homère ne peut être que son ami et ancien condisciple, Hounaïn ben Is’Haq. Inquiété, celui-ci demande a Chalil de garder le silence : « Ne divulgue pus mon secret. Ma mission n’est pus encore accomplie. »
Peu de temps après, Chalil rencontre de nouveau son mystérieux ami, cette fois dans la maison de Djabril ben Bajtichou doyen du corps médical de Bagdad. Et Chalil n’a pas fini de s’étonner En effet, le vénérable vieillard de la très ancienne lignée de médecins de Goundi chapour traite le jeune Hounain, alors tout juste âgé de dix-sept ans, avec la prévenance. la déférence même, dont on n’use généralement qu’envers des personnages haut placés. Il l’appelle « Maître Hounaïn » et lui prodigue tous les honneurs réservés aux hôtes de marque.

- Pourquoi t’appelle-t-il Maître ? demande Chalil, incrédule et curieux, à son ami en sortant avec lui de la maison de Djabril. Hounain tire alors de sa poche la traduction dont le chef du cours médical l’avait chargé. Il le sent, l’heure du règlement de comptes a enfin sonné.
« Prends ces feuilles et apporte-les a Yahia ben Masaoueih, l’homme qui m’a brutalement chassé de son cours puis répète-lui ec que tu viens de voir et d’entendre dans la maison de DjabriI hen Bajtichou. »

- Nul être humain n’a pu produire une telle traduction, a moins que l’esprit de Dieu ne la lui ait inspirée ! S’écrit Masaoueih après avoir examiné les feuillets. Dis à Hounaïn lbn Is’haq que je serais heureux de compter au nombre de ses amis.
Hounaïn inaugure alors une série de conférences médicales à Bagdad. Le sage Djabril ben Bajtichou lui-même ne dédaigne pas d’y assister et de s’instruire auprès de son jeune ami. Parmi les auditeurs figure même parfois l’ancien professeur de Hounain, Masaoueih en personne.
Mais plus que ses conférences, ce sont ses traductions magistrales qui feront la célébrité de ce jeune Arabe qui désormais surclasse. et de loin, Masaoueih. Les Banou “fils” de Moussa sont enthousiasmés par un travail aussi solide et aussi sûr. Il ne s’agit point là de traductions littérales, le sens de la phrase est réellement transposé dans la nouvelle langue, un arabe à la fois clair et élégant. Mohammed ben Moussa se montre particulièrement attaché au jeune Ibadi. Il l’héberge et lui alloue un traitement élevé pour traduire en arabe les ouvrages grecs que ses frères et lui-même Se sont procurés.

Hounaïn Se voit bientôt obligé de s’adjoindre des aides traducteurs. Mais aucun livre ne sort de chez lui qu’il ne l‘ait lui-même scrupuleusement revu et corrigé. Des qu’un nouveau texte lui parvient il commence par le disposer clairement, par le diviser en chapitres et alinéas, méthode particulièrement précieuse lorsqu’il s’agit des ouvrages de Galien, écrivain préféré de Hounaïn. Il était un des plus éminents traducteurs des oeuvres grecs en langue arabe.

Quant à Hounaïn ibn Is’haq sa mission immense de traducteur ne doit pas éclipser sa production personnelle. Qui présente sous une Forme didactique les grands points, de la science médicale ou qu’il Soit traité d’un sujet spécialisé : Ophtalmologie, diététique, thérapie dentaire, pharmacopée.
Hounaïn s’affirme comme le meilleur représentant de ce siècle. Parmi les traités dus a sa plume experte, Kitab el-maça’íl-tib le ‘Livre des questions relatives à la médecine’ est l’une des sources principales de la médecine médiéval, que des générations d’étudiants orientaux ont appris par coeur.
En Occident, son succès relative a l’art médical fut reçu comme la bible. Une oeuvre, identique par le contenu sinon par la présentation, semble se cacher sons deux titres différents: Livre des questions relatives à la médecine ‘Kitab el-maça’íl-tib’ hypothèse qu’un examen relatif à La médecine. La rédaction commencée par Hounaïn a été achevée par son neveu Houbaïs. Mais il est difficile de faire le partage. Quoi qu’il en soit, le Kitab el-maça’íl-tib fut un véritable catéchisme médical, en usage pendant des siècles. Sous forme de questions-réponses, il présente les notions générales.
Lorsque Hounaïn a besoin d’un exemplaire d’un certain manuscrit de Galien qui a son époque est déjà une rareté. Il part lui-même à sa recherche « J’en avais un besoin urgent et parcourus de ce fait lai Mésopotamie, la Syrie, la Palestine et l’Egypte, jusqu a Alexandrie. Mais je ne réussis a le découvrir nulle part, abstraction faite d’une moitié de l’ouvrage que je trouvais à Damas. » En plus de cet écrit rare, dont l’origine est aujourd’hui perdus Hounain rapporte a Bagdad un grand nombre d’ouvrages précieux.
Entre-temps, El-Moutawakil, successeur d’El-Mamoun, l’a nommé son médecin traitant personnel en même temps que directeur de l’école califienne de traducteurs, nouvellement fondée.

Il mourut en 206/873. A la mort de Hounaïn, la majeure partie des ouvrages commencer furent terminés par son fils Ishaq ben Hounaïn et son neveu Qobaïs.
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