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Vieux 08/11/2007, 13h25
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Par défaut Egalité des chances : les jeunes musulmans et l’église

Dans mon école d’ingénieur, je participe à un dispositif en dehors de mes cours qui s’appelle « Egalité des chances ». Ce programme, basé sur le volontariat, est destiné aux jeunes lycéens de différents lycées de Toulouse et de ses environs. Il part d’un constat simple : les longues études supérieures sont accessibles en majeure partie aux fils de cadres. Les bacheliers venant d’un milieu social modeste sont moins nombreux dans les grandes écoles. (1)




Nous sommes donc une équipe de dix tuteurs qui se réunit avec une trentaine de jeunes une fois par semaine pour les motiver pour de longues études (pas nécessairement pour être ingénieur), leur ouvrir des perspectives nouvelles, les inciter à se cultiver et à avoir plus confiance dans leurs potentiels. Le profil des lycéens varie : milieu social modeste, parents divorcés, famille d’immigrés, ressources financières limitées... Ils sont recrutés par rapport à ces critères, mais aussi par rapport à leurs potentiels.




J’ai rejoint l’aventure dès son départ tellement le challenge était important. Ce n’est pas pour aider les jeunes issus de l’immigration en particulier, mais j’estime que c’est mon devoir de citoyen « français » de motiver tous ces jeunes et leur ouvrir de nouvelles perspectives. Si je vais être ingénieur dans quelques mois, il faut que j’encourage des lycéens, qui n’ont pas le cadre idéal pour réussir, pour devenir un jour à leur tour hauts cadres dans une entreprise.




La raison pour laquelle j’écris cet article n’est pas de me mettre en valeur ni de m’auto-congratuler, mais de réfléchir sur cette nouvelle génération (qui est peut être la 4e !) de jeunes Français issus de l’immigration. Car, avec ma base culturelle (tunisienne) et linguistique (arabe, français) ainsi que l’éducation acquise en Tunisie, je ne ressemble pas à ces jeunes. Ils ont une culture exclusivement française en dehors de leur famille. Ils parlent français et pas une phrase complète en arabe. Ils gardent quelques principes de la culture maghrébine et de la religion musulmane. Ils ne prient pas, ne lisent pas le Coran et pourtant, ne mangent pas de porc et s’attachent à n’importe quel fait qui les relie à cette culture qu’ils ne connaissent pas. Ils ne s’y identifient qu’à travers le prisme familial.




Il y a des points communs physiques comme la couleur de peau, la religion, le pays d’origine (comme celui de leurs parents ou du moins leur région : le Maghreb).




Pourtant, ces lycéens, qu’on appellera Bilal, Jalal, Sahbi et Fouad (2) ont plus confiance en un tuteur maghrébin qu’en un tuteur qui ne leur ressemble pas. Plusieurs exemples que notre groupe a vécus confirment cette impression.




Je vais utiliser ces exemples pour analyser leurs comportements et essayer de les comprendre. Pour permettre à ces jeunes d’accéder à la culture, la responsable du programme nous a permis de visiter plusieurs musées. L’un d’entre eux est le musée des Jacobins à Toulouse.




Ce musée était consacré aux diverses cultures du monde. Il se situe dans un ancien couvent et fait partie d’une église. Lors de cette sortie donc, tous les lycéens arrivent et rentrent le plus naturellement au monde dans l’église sauf le petit groupe des quatre musulmans. Cette réaction ne m’a pas surpris de prime à bord. Ils sont après tout lycéens, ils veulent se faire remarquer et mettre leur différence en relief. Les autres tuteurs n’ont pas réussi à les convaincre de rentrer.




Motif de leur refus : il est interdit pour un musulman de rentrer dans une église. Ce sont les parents qui leur ont instruit cette aberration. Je ne connais certes pas le Coran par cœur (loin de là) mais, jamais lors de mon éducation religieuse en Tunisie, on ne m’a interdit de visiter des églises. Au contraire, la position singulière de la Tunisie (forte communauté juive, ancienne colonie française) fait que les églises et les synagogues sont nombreuses. Dans le musée du Bardo par exemple, toute une partie est consacrée à la communauté juive tunisienne avec exposition d’un exemplaire de la Torah provenant d’une des nombreuses synagogues du pays. Pourtant, personnellement, c’est en visitant des monuments aussi prestigieux que des églises que je me rapproche de l’islam, de l’idée d’un Dieu unique tellement l’endroit est spirituel.




Quand j’arrive, je leur explique, en discutant avec Bilal, que ce n’est pas en visitant une église qu’on va renier sa religion. De plus, on n’est pas venu pour faire du prosélytisme et tromper Allah avec Jésus. Bilal, qui a une influence certaine sur tous les autres membres du groupe, semblait être convaincu. Ils sont tous finalement rentrés mais cet épisode a permis de comprendre que ces jeunes ne font confiance qu’à une personne qui leur ressemble.




Ce qui est dommage parce que cela me gêne par rapport aux autres tuteurs mais me flatte en même temps parce que ces lycéens me font confiance. Après tout, ils me considèrent comme un exemple pour eux. Le grand frère qui réussit et qui va devenir ingénieur. Cette reconnaissance et cette confiance dans une personne de la même religion et de la même couleur me fait penser au système américain. Les policiers latinos qui discutent avec les témoins latinos. Les professeurs noirs qui ont plus de connexions avec les élèves noirs... On a beau critiquer les USA, il n’empêche que cette technique marche.

Autre exemple qui montre que ces jeunes sont ouverts et tolérants c’est une discussion que j’ai eue avec Bilal en présence de ses trois amis. Nous parlions de l’origine de l’interdiction du porc dans le Coran. J’ai expliqué que cette interdiction vient du fait qu’à l’époque en Arabie, il était difficile de conserver la viande faute d’existence de moyens efficaces pour la protéger comme les réfrigérateurs modernes. Du coup, cette interdiction devient caduque aujourd’hui puisque la viande porcine est protégée et bien conservée. C’est simple, si le Coran paraissait aujourd’hui, avec les problèmes de la grippe aviaire, on aurait interdit le poulet (le drame !) et non le porc.


la suite: http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=31002
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