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| Ils viennent désormais de loin pour acheter cet or de Taliouine dont le Maroc est le 4ème producteur mondial, pour le faire connaître sur les marchés mondiaux et aussi, comme la fondation slow food, pour être sûrs que son authenticité sera préservée... A Taliouine, entre Taroudant et Agadir, non loin du lieu de rencontre des majestueuses montagnes de l’Anti-Atlas et du Haut-Atlas, pousse une fleur magique. Elle renferme au milieu de ses six pétales violet trois stigmates d’un rouge vif. Hauts d’à peine 3 centimètres, ces petits filaments, une fois enlevés de leur écrin naturel et séchés, valent leur pesant d’or. Ils deviennent du safran. Une épice miracle que les connaisseurs pèsent sur un trébuchet d’orfèvre pour la revendre au prix fort à travers le Maroc et même à l’étranger. Alors que dans les safranières jouxtant les piémonts du massif Siroua, la cueillette du précieux « zaàfarane » vient de se terminer, Taliouine a tenu à confirmer son rang de capitale incontestée de cet or rouge. Ce petit village qui pourvoit le Maroc, grâce aux localités de Souktana et de Taznakht, de l’essentiel de la production du safran et en fait le quatrième producteur mondial, a organisé le premier festival de « zaàfrane » au niveau national. Des visiteurs nationaux et étrangers y ont afflué. Parmi ces derniers, il y avait des spécialistes venus de France et d’Italie pour ouvrir une voie mondiale au safran marocain qui, selon eux, n’a rien à envier aux meilleurs safrans du monde. Plantation du safran : Une culture qui se transmet de père en fils Plus qu’une culture, produire du safran est un procédé patrimonial que préservent les agriculteurs de la province de Taliouine. D’où l’intérêt des étrangers pour ce produit authentique de terroir. DANS les douars voisins du petit village de Taliouine, à la localité de Souktana, le thé n’a pas la même couleur ni le même goût que dans les autres villes du Maroc. Les quelques stigmates de ‘Zaàfrane’ qu’on y trempe d’habitude le teintent d’un jaune orangé et le transforment en un remède auquel de nombreuses vertus sont attribuées (dont celles aphrodisiaques). « Pour nous, ‘zaàfrane’ est notre sirop », souligne avec le sourire Mahjoub Idrouich en sirotant son thé safrané. C’est en grande partie grâce au safran que ce sexagénaire subvient, depuis qu’il était tout jeune, aux besoins de sa famille. Comme plus de 1000 agriculteurs de la région, il a hérité de quelques lopins de terre de ses parents et grands-parents et a reçu également en héritage la culture du safran. Un condiment qui non seulement procure à Mahjoub l’esentiel de ses revenus annuels, mais colore également le pain qu’il partage avec sa famille et épice ses repas. Lancé avec gaieté par cet agriculteur aux joues rougeoyants, cet aveu se comprend donc : « Cette épice est aussi précieuse que l’or ». Mahjoub tire du milieu d’une toute petite fleur fraîchement cueillie, trois stigmates de safran. Il tient entre son puce et son index quelques stigmates qu’il arbore fièrement et poursuit : « c’est grâce à ces petits ‘cheveux’ rouges comme le sang que notre région n’a jamais souffert de faim et n’en souffrira jamais tant que ‘zaàfrane’ y poussera ». Comme les autres agriculteurs, Mahjoub a terminé la cueillette des fleurs de safran. Il en est à l’opération de séchage. A l’aube de ce samedi de la deuxième semaine de novembre il vient enlever les dernières fleurs juste pour les montrer à des visiteurs venus de France et d’Italie. Avec spontanéité, il martèle, enjoué : « notre safran a résisté au temps, on le cultive comme nos plus lointains aïeux et c’est pour cela qu’il est le meilleur du monde ». Mahjoub expliquera que chaque racine de la fleur de safran donne, dès la fin d’octobre, 3 à 5 fleurs qu’il faut cueillir à l’aube, avant qu’elle ne s’ouvre. La cueillette dure deux à trois heures par jour pendant une dizaine de jours. Ce sont principalement des femmes, aidées parfois de leurs enfants, qui s’en occupent dans des champs aménagés au milieu de montagnes. Dans la zone de Taliouine (Souktana et Taznakhte), ces champs sont formés de plus de 3000 parcelles étagées entre 1200 et 2400 mètres d’altitude et occupent une superficie de près de 500 ha. Ils produisent entre 1000 et 3000 kg de safran par an. Ce qui équivaut à un revenu global qui varie pour toute la région de 10 millions et 15 millions de dirhams. Pour améliorer leurs méthodes de production et optimiser la rentabilité de leur rendement, Mahjoub et les autres membres de la coopérative de Taliouine dont il est adhérent vivent de grands moments ces jours-ci. Avec le soutien de l’association Migration et Développement dont le siège central est en France et qui a une antenne au Maroc, ils organisent le premier festival du safran de Taliouine. En marge de cet événement qui a été soutenu par le ministère de l’Agriculture et qui a profité à tous les producteurs de la région, Mahjoub et ses amis avaient rendez-vous, ce samedi 10 novembre, avec l’Italien Simone Baccaria de la fondation internationale Slow-food pour la biodiversité et Maria Moretti de Altra Mercato qui travaille dans le domaine du commerce équitable. Cette dernière, avec une autre collègue, est venue acheter une grande quantité de safran qu’elle compte mettre dans le circuit de vente dans les marchés du commerce équitable ouverts notamment en Italie. Elle ne reviendra pas les mains vides. Tout comme Simone Baccaria qui repart après avoir fait avancer un « bon projet de partenariat » entre son organisation et les producteurs locaux de safran. Slow-food voudra désigner la coopérative de Taliwine comme l’une de ses « sentinelles » pour la protection du bon goût à travers la préservation de la culture du safran pur. Ce qui fait espérer aux producteurs de l’or rouge de Taliouine des lendemains meilleurs pour leur « zaàfrane el horr ». Reporter
__________________ Toute méchanceté a sa source dans la faiblesse. |
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