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Vieux 08/12/2007, 15h57
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Par défaut Omar Barghouti : « Aucun État n'a le droit d'exister comme État raciste »

Omar Barghouti appartient à cette nouvelle génération d'intellectuels Palestiniens qui n'ont jamais adhéré à la solution « Deux peuples, deux États » et qui appellent au boycott, au désinvestissement, et à des sanctions à l'égard d'Israël. Partisan d'un État laïque et démocratique, où Palestiniens et Israéliens partageraient des droits égaux après que les injustices historiques aient été corrigées et que les droits des réfugiés aient été respectés, il a accordé un entretien au Réseau Voltaire dans lequel il exprime le décalage entre son peuple et ses dirigeants internationalement reconnus.

par Silvia Cattori




Silvia Cattori : J’ai eu le privilège d’entendre la conférence que vous avez donnée à Milan le 8 octobre 2007 [1]. Votre analyse de la situation en Palestine rompt avec les orientations qui sont généralement véhiculées, y compris au sein du mouvement de solidarité. Avez-vous eu le sentiment que le public italien est réceptif vos positions ?

Omar Barghouti : Je suis venu en Italie, en mars 2007, pour une tournée au cours de laquelle j’ai parlé sur différents sujets. Art et répression est l’un d’entre eux. J’ai également parlé de la solution « un seul État », ainsi que du boycott d’Israël [2]. Un mouvement est en train de se développer en Italie, qui comprend qu’il est nécessaire d’exercer une pression efficace sur Israël et qu’il n’est plus acceptable de continuer à se limiter à des actions de solidarité traditionnelles telles que manifestations, rédaction de lettres, etc. À l’évidence, de telles manifestations traditionnelles de solidarité ne pourront pas, à elles seules, faire bouger Israël, car elles n’aggravent en rien le prix politique à payer par Israël pour son occupation et son oppression des Palestiniens. Les Européens peuvent bien manifester autant qu’ils le veulent, Israël s’en moque. Je pense que de plus en plus d’Italiens s’en rendent compte.

Faire progresser cette prise de conscience est assurément une chose importante qui devrait se poursuivre, aussi longtemps que le conflit colonial continue. Mais cela n’est plus suffisant.

Après le 11 septembre 2001, Israël est devenu beaucoup plus belliqueux qu’auparavant. Aujourd’hui, il se préoccupe vraiment très peu de l’opinion publique internationale, alors qu’il était très sensible à l’opinion publique occidentale durant les années soixante-dix, quatre-vingt, et même quatre vingt-dix. En ce vingt et unième siècle, Israël devient de moins en moins sensible à l’opinion publique à cause de son immense pouvoir et de son influence sans égale sur Washington, qui reste, politiquement, le maître des Européens. Voici comment il voit les choses : « Puisque Washington est à nos côtés, pourquoi nous préoccuper des Européens ? »

Pour donner un exemple : lorsque la Belgique a voulu mettre Ariel Sharon en jugement pour son rôle dans les massacres de Sabra et Chatila à Beyrouth en 1982, Mme Condoleezza Rice a menacé, en réponse, le Ministre belge des Affaires étrangères de retirer du pays le siège de l’OTAN, parmi d’autres mesures drastiques. Dans les jours qui ont suivi, le jugement a été renversé et le tribunal n’a jamais convoqué Ariel Sharon. Il y a eu des pressions du même genre sur l’Allemagne et la France à la suite du conflit avec l’Europe touchant la guerre en Irak en 2003.

Israël a compris que sa vaste influence sur le Congrès se traduit en une influence substantielle, quoiqu’indirecte, sur l’Europe. De ce fait, Israël ne se préoccupe pas particulièrement de l’opinion publique européenne.

De plus en plus d’Italiens se rendent compte qu’il est maintenant temps d’exercer une pression efficace sur Israël ; que l’on ne peut plus se contenter de dire « méchants garçons, vous faites de vilaines choses ».

Silvia Cattori : Le Wall Street Journal a écrit récemment : « Le rêve qu’était la Palestine est finalement mort » [3]. Comment réagissez-vous à cette affirmation ?

Omar Barghouti : Je pense que c’est là, prendre ses désirs pour des réalités. Les néoconservateurs qui contrôlent le Wall Street Journal sont en passe de finir dans les poubelles de l’Histoire après tous leurs échecs en Irak et en Afghanistan. Ils voudraient bien croire que les « Palestiniens sont finis ». Je pense, que ce sont eux qui sont finis. Cela va prendre sans doute un peu de temps, mais je crois honnêtement que leur croisade s’est révélée criminelle et futile et que leurs arguments ont été réfutés.

Leur grand dessein idéologique qui était censé commencer en Irak —déployer son effet domino tout au travers des régions pétrolières arabes et leur permettre de contrôler le monde— s’est fracassé. Leur vision a été dénoncée comme fondamentalement raciste, dogmatique et profondément erronée. Grâce principalement à la résistance en Irak, au Liban et en Palestine, cette vision néoconservatrice de l’empire est en voie d’être définitivement défaite.

Silvia Cattori : Comment jugez-vous ceux de vos dirigeants qui collaborent avec l’occupant ?

Omar Barghouti : Ceux qui, parmi les « leaders palestiniens collaborent avec l’occupation font assurément partie du problème, et pas de la solution. Je les condamne dans les termes les plus vigoureux. J’ai exprimé publiquement ma position à ce sujet lorsque le Hamas a pris le contrôle de Gaza [4]. Bien que je sois très critique à l’égard du Hamas pour différentes raisons, je reconnais que la majorité des Palestiniens sous occupation l’ont démocratiquement élu pour les gouverner et mener la lutte pour la liberté et l’autodétermination. Le monde doit respecter ce choix palestinien démocratique, bien qu’un tiers seulement des Palestiniens aient participé à ces élections. Les deux autres tiers incluant les réfugiés palestiniens dispersés dans le monde et les Palestiniens de citoyenneté israélienne, n’ont même pas été considérés.

Ce serait aux Palestiniens de demander des comptes au Hamas s’il manque à gouverner convenablement ou a réaliser les droits des Palestiniens, pas à l’Amérique, pas à l’Europe, et certainement pas à Israël.

la suite: http://www.alterinfo.net/Omar-Bargho...eef4cbb164ae7b
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