La France négocie son retour dans l'Otan


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Vieux 10/01/2008, 21h46
 
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Par défaut La France négocie son retour dans l'Otan

En effet, l’argument de la « cohésion occidentale », difficilement séparable de la thèse du « choc des civilisations » du professeur Huntington, est apparu sous sa forme actuelle dès la fin de la guerre froide. Déboussolés après la disparition de l’URSS, l’OTAN/l’Amérique y ont trouvé un nouvel argument pour le maintien sous tutelle des alliés et la préservation d’une organisation qui en fut toujours l’instrument privilégié. Le Secrétaire général de l’OTAN déclare dès 1995 : « Le fondamentalisme islamiste est tout aussi dangereux que ne l’était le communisme. L’OTAN peut contribuer à combattre la menace posée par les islamistes, puisqu’elle est beaucoup plus qu’une simple alliance militaire ».
Or le statut particulier de la France, avec le refus de l’alignement systématique qu’il implique, est à la fois « un problème » du point de vue de la discipline atlantiste et la réfutation éclatante du déterminisme inhérent à la théorie huntingtonienne. Bref, une réaffirmation, au jour le jour, de la possibilité et de l’importance des choix politiques. Selon les résultats d’un sondage Zogby International réalisé dans 6 pays musulmans en automne 2005, le Président français fut de loin le dirigeant politique le plus populaire, et c’est la France que les personnes interrogées ont désignée en premier lieu comme superpuissance souhaitée. De toute évidence, il s’agit d’un atout énorme non seulement pour la France, mais pour tous ceux qui veulent croire en, et œuvrer pour, le dialogue politique. Or c’est cette image qui risque d’être sérieusement écorchée à la suite d’un « retour » en bonne et due forme dans une OTAN dominée par les Etats-Unis.

Commodité pratique ?

Le deuxième argument est celui de la « commodité pratique », sur le plan notamment de la formation, des doctrines, et de la fameuse « Interopérabilité ». Il est le plus souvent invoqué par les militaires – et exécuté d’un coup sec par Hubert Védrine. Celui-ci observe que « Des arrangements concrets et satisfaisants ont été trouvés sur chaque point. Des forces françaises participent à plusieurs opérations de l’OTAN. Leur valeur militaire est reconnue. Des entreprises françaises réussissent à remporter les appels d’offres de l’OTAN quand ils sont méthodiquement préparés. »

En effet, depuis la fin de la guerre froide, le positionnement de la France par rapport à l’OTAN s’est largement adapté à la nouvelle donne. Le retrait du pays des structures militaires intégrées (OTAN) de l’Alliance atlantique (dont la France est toujours restée l’un des principaux États membres) s’est traduit notamment par certaines mesures concrètes, qui furent progressivement et partiellement revisitées au fur et à mesure que l’organisation elle-même a redéfini ses missions et son aire de compétence. C’est ainsi qu’aujourd’hui la France participe à toutes les instances intergouvernementales de l’Alliance (sauf le Comité des plans de défense, distinct de la planification opérationnelle, et le Groupe des plans nucléaires), et est même présente dans les états-majors grâce à l’accord Flag to posts de 2004 prévoyant l’insertion (avec donc le maintien sous contrôle national et la possibilité d’un retrait à tout moment) de 110 officiers de l’Hexagone. Sa contribution massive sur le terrain est appréciée de tous, et elle participe également aux trente principaux programmes d’armement/d’équipement de l’OTAN.

L’illusion de l’influence accrue

Aux yeux de Védrine, « L’argument de l’influence est le moins convaincant. La France serait – peut-être - considérée à nouveau par les autres alliés, européens et canadiens, comme un allié ‘normal’ et cesserait – peut-être – de faire l’objet de procès d’intention. Sur les États-Unis cela donnerait à la France une influence comparable à celle des autres alliés, c’est-à-dire quasi nulle. » L’illustration la plus parfaite de l’impasse de cette foi naïve dans une illusoire influence nous vient, de façon régulière, du côté des Britanniques. À la suite de la désastreuse politique blairienne, laquelle a poussé l’art du « rapprochement » jusqu’à sa caricature, même le chef du parti conservateur britannique est amené à s’interroger sur ce thème normalement interdit.

En septembre 2006, David Cameron observe que « Si nous continuons comme à présent, je crains que nous ne finissions par combiner le maximum de risques avec le minimum d’influence réelle sur les décisions ». Mais au lieu d’espérer le soi-disant retour à une « relation spéciale » qui, en réalité, a toujours eu la particularité d’être tout sauf réciproque, il aura mieux fait d’écouter le directeur sortant du prestigieux Chatham House. Celui-ci constate, une bonne fois pour toutes qu’ « il a toujours été peu réaliste de croire que des puissances extérieures – aussi loyales soient-elles – puissent avoir de l’influence sur le processus américain de prise de décision ».
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  #2  
Vieux 10/01/2008, 21h47
 
Date d'inscription: janvier 2008
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Par défaut Re : La France négocie son retour dans l'Otan

Coup de foudre ou coup de poker ?

Coïncidence ou pas, Sarkozy aujourd’hui se place explicitement dans la perspective d’un « Saint-Malo bis ». Lors de son allocution devant les ambassadeurs, il précise : « Bientôt dix ans après l’accord de Saint-Malo, le moment est venu de lui donner un nouvel élan. » Paris en fera donc sa priorité au cours de la présidence française de l’UE au second semestre 2008, et de sa présidence de l’UEO qui durera, elle, de janvier à décembre. En focalisant précisément sur les deux questions qui constituent, depuis toujours, les deux « lignes rouges » de l’Amérique : « le renforcement des capacités de planifications et de conduite des opérations » de l’UE, et le « développement de l’Europe de l’armement ».

Le moins que l’on puisse dire, c’est que tout en faisant miroiter l’appât du « retour de la France dans l’OTAN », le Président place la barre très haut … Reste à voir s’il l’a fait à dessein. Jusqu’ici, en tout cas, la manœuvre, si elle est conçue dans une cette logique tactique, se présente comme étant plutôt habile. Les propositions françaises en faveur d’un dégel des relations UE-OTAN (renforcement de la coopération et de la transparence) sont un geste de « bonne volonté » à peu de frais. Il ne s’agit, en effet, que de mesures soit symboliques, soit promises à être bloquées dans le bras de fer entre la Turquie (membre de l’OTAN mais non membre de l’UE) et la Chypre (membre de l’UE mais non membre de l’OTAN, et ne participant même pas au programme Partenariat pour la Paix).
Pour l’heure, on constate avant tout un changement de style, qui capitalise sur la lune de miel habituelle suivant chaque élection (rappelons-nous bien que Chirac fut salué à l’époque comme « Le plus américain de tous les présidents français » par la presse anglo-saxonne). Le gouvernement s’emploie à rompre l’image d’une France en opposition systématique – en coupant l’herbe sous les pieds de ceux qui en useraient pour faire barrage à ses initiatives européennes. Au fait, il retourne la charge de la preuve. En annonçant sa disponibilité à une « réintégration », il fait la démonstration de sa sincérité concernant la compatibilité OTAN-UE, c’est donc maintenant aux autres d’en faire autant. En acceptant notamment les conditions françaises sur une défense européenne indépendante. La France mettrait ainsi le camp (euro-)atlantiste face à sa contradiction fondamentale : si les valeurs et les intérêts sont aussi communs, entre les deux rives de l’Atlantique, que l’on prétend, il n’y a aucune raison de faire de l’autonomie européenne un épouvantail. Encore une fois, ce n’est là qu’une hypothèse et pour le moment rien ne confirme que le gouvernement entendent s’en servir pour exploiter toutes les possibilités. En fait, s’il s’en tenait aux conditions qu’il a lui-même fixées, le Président français se retrouverait dans une situation gagnant-gagnant. Ou bien ses exigences sont pleinement acceptées (par un quelconque miracle) et il devient le héros de l’Europe de la Défense, ou bien les Américains font eux-mêmes la démonstration de la volonté de maintien sous tutelle de ce qu’ils considèrent, pour reprendre les mots de Brzezinski, comme leur « protectorat ». Dans les deux cas, la perspective d’un « Saint-Malo bis », à la française, apparaît plus que probable. Sous cet angle, la question de savoir si l’initiative de Sarkozy fut, au départ, inutile ou pas, est secondaire. De même que celle portant sur le caractère délibéré ou inconscient de sa démarche.

La seule incertitude et la vraie inquiétude concernent donc la fidélité du Président aux conditions telles qu’il les avait posées. Sur ce plan, il existe néanmoins un garde-fou précieux : l’opinion publique. Un facteur que Védrine n’a pas manqué de mettre en avant à plusieurs reprises. Il observe notamment, au sujet de l’option occidentaliste que « il est surprenant de constater que cette tentation est forte dans les élites – mais quasiment pas dans la population. [Une telle] réorientation fondamentale n’est pas demandée par l’opinion française qui paraît à l’aise dans la politique de la Ve République dans la longue durée ».

Article tiré du numéro 47 de la Lettre Sentinel

Hajnalka Vincze
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