José Bové en grève de l’intelligence, Sarkozy part en croisade José Bové en grève de l’intelligence, Sarkozy part en croisade alors qu’il n’y a pas d’OGM à risques massifs
Avec cette affaire des OGM, nous pouvons déceler des mécanismes similaires à ceux ayant conduit les Etats-Unis à conclure à l’existence d’armes de destruction massive en Irak. Y aurait-il quelque raison d’Etat derrière ces «manœuvres écologistes»?
Le décor est planté. Un axe du mal, la firme Monsanto et son arme de destruction massive, le Monsanto 810, sigle à retenir comme on connaît le M1911, le gun préféré des Américains. Et puis quelques irréductibles Gaulois qui résistent, avec un chef à la moustache florissante et au verbe saisissant, en grève de la faim. Et puis, un comité d’experts et pour venir au secours de cette menace planétaire plus importante que le nuage de Tchernobyl, Super Sarko, en digne héritier de la chaise vide gaullienne, s’en ira défier l’Europe en mettant en avant le bouclier non pas fiscal mais de sauvegarde. Et les Français seront bercés et rassurés de ce super président qui protège les gentils contre les méchants producteurs de maïs transgénique qui empoisonnent nos champs.
José Bové, gréviste de la faim depuis dix jours selon les dires de Denisot sur Canal +, s’est présenté pimpant, au point qu’on pourrait conseiller le jeûne de dix jours comme cure de jouvence pour dépressifs et démotivés au travail. Sur Libération, on apprend que cette grève n’a duré que sept jours. Si doute il y a, c’est sur cette kabbale médiatique autour de ce maïs. José Bové n’a su que balbutier quelques arguments, pour l’essentiel provenant de la haute autorité provisoire sur les OGM, le tout doublé de quelques arguments scientifiques balancés à la cantonade, où l’on semble tout étonné que le pollen se dissémine sur 100 kilomètres. Le pollen, Dieu merci, ça se dissémine à grande échelle et c’est par ce biais que la Nature est si luxuriante. Bové affirme que la chaîne alimentaire concentrerait chez les animaux le gène maléfique des OGM. Un gène, ou une protéine, ça ne passe pas le mur des enzymes digestifs. Ce n’est pas du mercure qui, lui, se concentre bel et bien chez les poissons. José serait bien inspiré de potasser quelque ouvrage, comme Sarkozy devrait le faire avec les livres d’histoire pour une explication sur la monarchie.
Place à un peu de raison. Il a suffi de la conjonction d’une grève de la faim, médiatisée, et d’une conclusion équivoque d’une haute autorité provisoire, bonjour les effets du Grenelle et la précipitation, pour faire du Monsanto 810 la cible de tout un peuple galvanisé par les médias. D’ailleurs, les scientifiques de cette autorité regrettent sans doute ce décalage et les interprétations faites par ceux qui, sans doute sincères mais quelque peu égarés comme les membres d’une secte, ont décidé que les OGM étaient un danger et en ont fait un cheval de bataille obsessionnel, carrément le symbole d’un combat à gagner, provisoirement au moins, pour ne pas perdre la face et faire reconnaître le bien-fondé de leurs peurs par une autorité qui du coup, se sent en porte à faux, comme Pierre-Henri Gouyon, personnalité éminente de la botanique, qui a refusé de signer le communiqué à cause d’un manque de dissociation entre les conclusions et les interprétations. Ici aussi, la bataille devient sémantique plus que scientifique. Une querelle digne de la casuistique médiévale où l’on se dispute sur la différence entre interrogation et doute. Et comme si l’on craignait de prendre à la légère cette affaire, on accole un mot et le doute devient sérieux et notre président prend la grave attitude, prêt pour une croisade contre Bruxelles.
De ce rapport où l’on ne saura pas grand-chose sauf que les doutes sont sérieux et qu’il est question de vers de terre. Le communiqué du Monde restera dans les annales de la manipulation médiatique. Il annonce que l’avis de la haute autorité donne un fondement scientifique solide permettant au gouvernement de mettre en œuvre la clause de sauvegarde, et bien évidemment, Sarkozy en première ligne. Alors que si on lit les quelques détails de ce communiqué, c’est tout le contraire, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de quoi s’affoler et que le rapport de cette haute autorité met en avant pour l’essentiel une insuffisance dans les recherches et les méthodologies utilisées. Par exemple, un supposé test sur 90 jours à la durée et à l’ampleur insuffisantes. Bref, le principe de précaution est appliqué non pas sur la base d’un risque réel mais d’une insuffisance du système d’experts à évaluer les risques. On est dans le détournement de procédure. Un cas similaire serait déclaré nul dans le champ juridique. Pour le reste, je n’ai pas trouvé en ligne l’intégralité du rapport.
Rappelons quand même que les OGM permettent d’éviter l’utilisation de pesticides, voir le sort des abeilles après le gaucho et le régent, que question risques environnementaux, il y a plus urgent, avec les pollutions classiques dues aux rejets industriels, les forêts qu’on décapite. Question désordres de l’écosystème, il existe des phénomènes plus préoccupants mais moins médiatisés, comme le frelon d’Asie qui sème la panique chez les apiculteurs du Sud-Ouest.
En conclusion, cette affaire montre les intentions sous-jacentes et les mécanismes du reste grossiers mis en place pour montrer que le Grenelle de l’environnement est efficace, et que Jean-Louis Borloo existe, et surtout Sarkozy ; et que le gouvernement travaille et fournit des résultats. Tout semble orchestré de telle manière qu’il fallait prouver que les OGM sont nocifs, quitte à transiger avec les règles de la raison. Cela ne vous rappelle rien ? Une certaine administration Bush qui voulait à tout prix qu’on trouve des armes de destruction massive en Irak et qui pour se faire, s’est débrouillée pour manipuler les expertises. Au final, 95% des Américains étaient persuadés que l’Irak avait ces armes, et en France, les citoyens seront aussi nombreux à croire les propos de la presse et applaudir la croisade de Sarkozy. Ce qui coule de source, les OGM incarnant l’axe du mal chez nous. Une presse qui ne semble guère regardante et proche du consensus sur ce sujet, comme son homologue américaine qui ne fit aucun zèle pour mettre en doute les conclusions du rapport sur l’Irak.
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