Enseignement : à propos de la standardisation de la langue Amazighe


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Vieux 03/01/2004, 14h42
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Par défaut Enseignement : à propos de la standardisation de la langue Amazighe

La langue amazighe a toujours eu des contacts avec d'autres langues. Historiquement, elle a eu des contacts avec le punique, le phénicien, et le latin. Récemment, elle a subi de fortes pressions du français et surtout de l'arabe (dialectal et standard). Bien que les emprunts au français constituent une part importante du lexique amazighe, il est indéniable que les emprunts arabes occupent une place prépondérante.



Dans la situation actuelle de la lexicographie amazighe, il est difficile de préciser l'ampleur des emprunts arabes. Il faut noter également que le contact entre l'amazighe et l'arabe a abouti à l'influence de l'amazighe sur l'arabe dialectal et à l'usage de mots et expressions dont l'origine lexicale n'est pas toujours facile à préciser.

L'influence de l'arabe est très forte dans le vocabulaire religieux, commercial, administratif et politique. Les emprunts arabes sont généralement adaptés à la morpho-phonologie et à la syntaxe de l'amazighe. Les changements phonétiques permettent aux emprunts de s'intégrer plus facilement dans le vocabulaire de l'amazighe. Par exemple, «likhra» de l'arabe «l'akhira» ‘l'au-delà', «adbib» pour «Tbib» de l'arabe «Tabib», «ludu» de l'arabe «l-wudu'» ‘ablutions', «aktatbi» de l'arabe «katib» ‘secrétaire'.

Les emprunts arabes sont le résultat du bilinguisme amazighe-arabe qui a connu depuis l'application de la politique de l'arabisation une expansion inédite. Le nombre d'amazighes bilingues a augmenté étant donné que l'arabe dialectal est parlé même dans les régions rurales où l'amazighe était l'unique langue véhiculaire.

L'amazighe connaît une grande richesse au niveau de son vocabulaire. Ainsi, un seul sens est rendu de plusieurs façons dans chaque dialecte ou sous-dialecte. Par exemple:
tête = «ixf, aqrru, ukhsas, azllif, axshash, ajdjif»
Vêtements= «tamalsa, iktlan, iâbann, ihruyn»
Enfants= «arraw, lwashun, ishirran, lqum, iâyyaln, ifergasn, ihenjirn»
Maison= «taddart, akham, jugga, tigmmi»
Nous distinguons entre les dialectes régionaux et les dialectes locaux. Ainsi, au Maroc nous avons trois grands dialectes régionaux : le Tarifit, le Tamazight et le Tashelhit. Chacun de ces dialectes comprend des sous-dialectes ou dialectes locaux. A titre d'exemple, au sein de l'ère géographique du Tamazight, il y a le Tamazight de Béni-Mellal, il y a celui d'Errachidia, celui de Bni Sadden, etc.
En outre, il existe un lien sociolinguistique et cultuel entre les dialectes locaux de chaque région.

Le choix d'un dialecte amazighe particulier plutôt qu'un autre pour la standardisation peut constituer un problème car les locuteurs natifs des autres dialectes se sentiraient outrés de voir leurs dialectes exclus de l'écriture et des domaines de l'écrit. Ce qui doit être fait c'est comparer les dialectes existants, lister les items lexicaux les plus fréquents dans les trois dialectes, avant de les standardiser et de les répertorier dans le dictionnaire fondamental de la langue amazighe.
D'autres techniques sont permises. Par exemple, on peut demander l'avis des locuteurs natifs de différents dialectes, en leur donnant une liste de vocabulaire pour tester leur compréhension et le degré d'intelligibilité de ces termes. Des anecdotes et contes peuvent être racontés à ces locuteurs dans les trois dialectes pour vérifier si ces items lexicaux sont inter-compréhensibles. On peut aussi étudier le lexique utilisé par les trois dialectes à la radio et à la télévision, et voir s'il y un haut degré de compréhension parmi des locuteurs différents. L'introspection et l'intuition du chercheur peuvent être utiles si ce dernier est un locuteur natif de l'amazighe.

Ensuite viendra la normalisation du lexique et son expansion et diffusion par le biais de l'école, de l'université et des médias.

La langue standard en général est une variété d'une communauté linguistique qui est légitimée et institutionnalisée comme mode supra-régional de communication.
La standardisation d'une langue a quatre fonctions: unification de langue, démarcation par rapport à une autre langue, fonction de prestige, et fonction de référence normative, guidant locuteurs et apprenants à écrire et parler la langue correctement.

Selon les chercheurs de la langue amazighe, les dialectes de l'amazighe contiendraient environ 50% de lexique et structures communs, ce qui reviendrait à dire que la langue amazighe est dès le départ à moitié normalisée.
Dans les manuels scolaires amazighes, il faudrait opter pour une standardisation progressive pour mieux accueillir l'enfant dans sa langue maternelle.
La première étape de la normalisation est déjà entamé avec l'adoption de la graphie Tifinaghe et l'uniformisation de la terminologie pédagogique.

La standardisation immédiate et hâtive de l'amazighe n'est ni possible ni souhaitable, car cela suppose exposer l'apprenant à des items lexicaux ou structures qui sont étrangers à son environnement et sa réalité quotidienne. Cela serait en contradiction avec la finalité de l'enseignement de l'amazighe à l'école primaire à savoir mettre l'enfant amazighophone à l'aise de façon à ce qu'il retrouve sa langue maternelle à l'école et ne sente pas de fossé linguistique ou culturel entre son milieu familial et l'espace scolaire.

Le Matin

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