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France 2 diffusera les 21 et 22 janvier la fiction "L'affaire Ben Barka", dans sa version contestée par le fils de l'opposant marocain enlevé à Paris en 1965, mais précédée d'un texte lu avant la projection du film, a annoncé jeudi à l'AFP Bachir Ben Barka.Selon l'avocat de la famille, Me Maurice Buttin, le texte est le suivant: "L'affaire Ben Barka n'a jamais été élucidée. Une instruction est toujours en cours. Cette oeuvre est le regard personnel des auteurs et du réalisateur. De ce fait, l'hypothèse développée dans ce film sur la disparition du leader marocain relève de la fiction, même si elle s'appuie sur certains faits établis". Le film en deux parties de Jean-Pierre Sinapi retrace les dernières semaines de la vie de Mehdi Ben Barka et son enlèvement à Paris le 29 octobre 1965, qui marqua le début d'un des plus grands scandales de la Ve République. Pour Bachir Ben Barka, "le titre est contestable, car le film ne reflète pas l'affaire Ben Barka. Pour nous, il s'agit du regard des services secrets marocains sur l'affaire Ben Barka", a-t-il dit. "Le principe d'un débat après la projection n'est plus évoqué. C'est dommage car nous aurions pu apporter un éclairage sur les mauvais choix d'ordre historique et politique des auteurs du film, notamment le fait d'innocenter Hassan II de sa responsabilité", regrette M. Ben Barka. Bachir Ben Barka, qui reconnaît que le film est "un bon thriller", souhaite néanmoins que sa diffusion "puisse réveiller les politiques au Maroc et en France et faire avancer la recherche de la vérité. Le temps passe, les différents témoins vieillissent, les éléments matériels qui pourraient nous aider à retrouver le corps de mon père disparaissent". Source: AFP |
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Voilà bientôt dix-sept ans que je travaille sur l’affaire Ben Barka. Dix-sept ans d’enquête pour France 3, des heures et des heures d’entretiens, de recoupements, de lecture d’archives. Cela en valait-il la peine? Oui, sans aucun doute. Mehdi Ben Barka est enlevé en plein cœur de Paris le 29 octobre 1965. Quarante-deux ans se sont écoulés depuis. Trois journalistes y ont consacré des pans entiers de leur vie professionnelle, Daniel Guérin, Jacques Derogy, tous deux décédés aujourd’hui, et moi-même, qui continue l’enquête. J’ai profité et appris de leur travail et je me sentirais bien lâche de ne rien dire aujourd’hui, alors que France 2 s’apprête à diffuser un téléfilm sur cette affaire, réalisé à partir d’éléments faux et basés sur le témoignage d’un usurpateur: Ahmed Boukhari. "La tête de Ben Barka est là" Mais revenons au début. En 1992, je recueille le témoignage de trois hommes, les frères Bourequat. Ces trois frères sortent de dix-huit ans d’enfermement, dont dix dans le terrible bagne de Tazmamart. Au cours de leur détention, ils ont été "voisins" des truands français impliqués dans l’enlèvement de Mehdi Ben Barka; l’un des trois frères, Ali, apprend de la voix d’un des truands: "La tête de Ben Barka est là, enterrée devant ta cellule." Ils se trouvent alors dans une petite prison appelée PF3 (Point Fixe N°3). Pour vérifier ce point, il faudrait effectuer des fouilles au PF3. Je vais au Maroc, à la recherche de cette prison. Muni de toutes les indications fournies par mes témoins, je trouve, avec l’aide de mon confrère marocain Ali L’mrabet*, le fameux PF3. Je le filme et diffuse le sujet sur France 3 national. Ce reportage a été versé dans la procédure actuelle de l’instruction (ouverte depuis 1975), puisqu’il apporte des éléments nouveaux. Nous sommes en 2000. Hassan II vient de mourir, en juillet 1999. Durant tout mon séjour au Maroc, je suis suivi 24 heures sur 24 par les hommes de la DST marocaine. Ce reportage, pour les services marocains, c’est une catastrophe! Le général Laanigri, chef de la DST marocaine à l’époque, fulmine. Colère aussi chez les généraux Kadiri et Benslimane, respectivement chef de la Direction générale des études et de la documentation (DGED), et chef de la gendarmerie. Tous deux, par ailleurs, impliqués directement dans l’affaire Ben Barka. Où, quand, et pour qui est née l’idée du témoignage Boukhari? En 2001, Ahmed Boukhari donne des pages et des pages de prétendues révélations au Journal-Hebdo, à Casablanca. L’homme fournit moult détails sur l’affaire Ben Barka. Il sent bon le scoop. Et ça marche! L’homme, à première vue, est habile, il distille dans son texte très volumineux une quantité de mensonges probablement dictés, un subtil mélange de déjà connu et d’élucubrations, mais pour les détecter il faut lire et relire le dossier d’instruction établi entre 1965 et 1966 par le juge Zolinger. Un travail de recoupement négligé par mes confrères. Pourquoi? De mon côté, je soumets toutes mes interrogations et le fruit de mes recherches à maître Buttin, l’avocat historique de l’affaire Ben Barka. Tous les deux, nous pointons les aberrations du témoignage de Boukhari. Un vrai ball-trap à bêtises ou contre-vérités: l’attentat d’Alger contre Ben Barka, sur lequel d’ailleurs débute le téléfilm de France 2, n’a jamais eu lieu. La séance de torture à Fontenay-le-Vicomte n’a jamais été établie judiciairement. Ce ne sont que les dires du mythomane Figon, l’un des truands de la bande, connu déjà à l’époque pour ses nombreux séjours en hôpital psychiatrique. Quant à la perquisition à Fontenay-le-Vicomte chez Boucheseiche, lieu où disparaîtra Ben Barka, les hommes du commissaire Bouvier n’y ont rien trouvé, contrairement à ce qu’affirme Boukhari et à ce qui est dit dans le film. C’est du témoignage de Figon dont s’inspire Boukhari, un témoignage qui se retrouve à la Une de L’Express en 1966, sous le titre pompeux: "J’ai vu tuer Ben Barka". Après un travail de recoupement, encore une fois, je constate que cet article, d’une source très floue, fut quelque peu dénaturé et gonflé par la direction de L’Express de l’époque, motivée en cela par la course au scoop. L’imprudence est commise, et elle fait encore des dégâts aujourd’hui, car, de cet article, Boukhari s’est largement et copieusement inspiré. Mais lui, donne des noms aux participants: les frères Achaachi (les policiers marocains), Miloud Tounsi (le fameux Larbi Chtouki), Boubker Hassouni (l’infirmier). Pour les personnes qui n’ont pas le dossier Zolinger sous les yeux, ce sont des révélations sensationnelles. Eh bien non! Ils sont tous déjà cités dans la procédure de l’époque. Pour maître Buttin et moi, rien de nouveau. la suite sur http://www.rue89.com/2007/10/18/ben-...ices-marocains |
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