Pendaisons en série dans un village gallois Londres (Angleterre)
SEPT JEUNES GALLOIS qui se sont suicidés depuis douze mois « fréquentaient » le même site Internet et créaient, dès que l'un d'eux mourait, un « mémorial » pour le disparu. La police craint que ces « obsèques virtuelles » n'aient incité ces jeunes à commettre l'irréparable. Elle a saisi l'ordinateur de Natasha, 17 ans, qui s'est suicidée jeudi dernier à Blaengarw, ville de deux mille habitants, et a alerté tous les parents de ses amis pour qu'ils surveillent les activités de leurs enfants sur Internet.
« On peut craindre qu'il y ait un culte du suicide »
Natasha s'est pendue chez elle, dans sa chambre, alors que ses parents étaient en bas dans la cuisine. Deux de ses amies, âgées de 15 ans, ont tenté de mettre fin à leurs jours dans les 24 heures qui ont suivi. L'une est toujours en réanimation. La seconde, qui s'était tailladée les poignets, est hors de danger. Les enquêteurs ont retrouvé sur l'ordinateur de Natasha l'hommage qu'elle avait envoyé en décembre sur le site créé à la mémoire de Liam, 20 ans, qu'elle connaissait et qui venait de se pendre. « Repose en paix, tu nous manqueras », disait son message qui se terminait par « Me too » (NDLR : moi aussi) . » Les enquêteurs se demandent si la jeune fille, étudiante en puériculture, n'annonçait pas ainsi son propre suicide.
Cette épidémie de suicides dans la région de Blaengarw avait commencé en janvier 2007 lorsque Dale, 18 ans, vendeur dans la ville voisine de Bridgend, s'était pendu près d'une fête foraine. Deux autres de ses amis, David et Thomas, 17 et 19 ans, s'étaient pendus le mois suivant. En août, Zachary, 17 ans, qui connaissait Thomas, avait fait de même avec la corde que sa mère utilisait pour étendre le linge. La mère de Thomas raconte aujourd'hui qu'elle avait parlé avec lui de la mort de David, avec qui il allait en classe : « Je lui ai dit Tu ne feras jamais ça. Il m'avait répondu : Je ne te ferai jamais de mal, maman. »
Le magistrat chargé d'enquêter sur ces morts avait confirmé les suicides et avait déjà alerté les services sociaux et la police l'été dernier. Tous ces jeunes « surfaient » assidûment sur un site appelé BEBO où, comme sur My Space ou Facebook, on peut se faire des amis virtuels. Les policiers gallois sont particulièrement inquiets de la création systématique, après ces suicides, de « murs de mémoire virtuels » où peuvent être « accrochées » les photos et vidéos des disparus ainsi que des messages de sympathie envoyés à ceux qui ne pourront plus les lire. « L'un des messages envoyé à Natasha, qui utilisait le pseudonyme Wild child (enfant sauvage) sur le Net faisait référence à son immortalité virtuelle », s'inquiète un enquêteur. « On peut craindre qu'il y ait un culte du suicide à cause de ces sites, dit-il. Nous cherchons à savoir si ces jeunes avaient communiqué directement entre eux. »
Natasha Randall, Thomas Davies, Zachary Barnes, Liam Clarke, David Crole et Gareth Morgan (de gauche à droite et de haut en bas) se sont tous suicidés après avoir fréquenté le même site Internet. (DR.) |