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| France - 13-02-2008 Résumé et commentaire-critique de l'ouvrage "La défense des intérêts de l’État d’Israël en France", de Marc Hecker Par Comité Action Palestine L'ouvrage a été publié en 2005 chez L'Harmattan. L’auteur a déjà publié en 2004 chez le même éditeur "La presse française et la première guerre du Golfe". Nous avons choisi de présenter ce livre car il aborde la question centrale des rapports de l’État français au sionisme, et rares sont les travaux en France sur cette question épineuse. D’autre part, le livre de Marc Hecker est riche en informations historiques et a le mérite d’être synthétique. La première partie analyse les relations de l’État français à l’État d’Israël en montrant les différences de politique étrangère entre la droite et la gauche ou entre les périodes historiques. La deuxième partie plus sociologique veut mettre en lumière les mécanismes par lesquels les institutions et les organisations pro-israéliennes cherchent à influencer les dirigeants français. Cependant le contenu idéologique de la recherche de Marc Hecker, ses accointances avec le sionisme malgré le ton objectiviste adopté, nous ont poussés à développer un commentaire critique. Chapitre 2 - Les pratiques des défenseurs des intérêts d’Israël en France I- Rencontrer, discuter, informer II- Soutenir Israël par des manifestations de masse Conclusion Partie 1 : La « politique arabe » de la France ou la genèse de la défense des intérêts d’Israël Chapitre 1 : L’évolution de la politique française au Moyen-Orient de 1945 à 1969 De 1945 à 1969, la politique française proche-orientale va se transformer profondément, la césure correspondant à l’arrivée du général de Gaulle au pouvoir en 1958. La 4ème République va intensifier ses échanges avec Israël et choisir cet État comme allié dans la région tandis que la période gaullienne sera marquée par une détérioration croissante des relations franco-israéliennes. I-Les relations franco-israéliennes sous la 4ème République : l’âge d’or De 1945 à 1958, les relations franco-israéliennes vont connaître une période faste, tranchant avec les rapports du passé même si la France avait acceptée la Déclaration Balfour de novembre 1917 prévoyant la création d’un « foyer national juif en Palestine ». L’importance de la coopération se situe surtout au niveau militaire, la France fournissant matériel et savoir-faire technique. Le 29 novembre 1947, la France vote le « plan de partage » de la Palestine pour marquer un tournant symbolique après le régime de Vichy. Dans les années 1950, les relations avec Israël vont en s’améliorant parallèlement à la dégradation des relations avec les colonies. En effet l’alliance avec Israël est un moyen d’affaiblir les États arabes solidaires des mouvements de résistance, en particulier l’Egypte de Nasser. En 1953 est signé un premier accord de coopération nucléaire. En 1956 la crise de Suez a pour conséquence de renforcer la solidarité entre les deux États parce qu’est née à cette occasion une coopération stratégique et parce que l’alliance face aux États arabes est apparue plus urgente encore. En 1957, un nouvel accord de coopération militaire est signé qui permettra la construction de la centrale nucléaire de Dimona et la livraison du mode de fabrication de la bombe A. Durant toute la 4ème République, les échanges militaires échappent totalement au Quai d’Orsay considéré comme anti-israélien et sont pris en charge par le ministère de la Défense favorable aux échanges avec l’État d’Israël. A partir de la 5ème République, c’est le Quai d’Orsay qui prendra en charge toute la politique étrangère. Pour Samir Kassir et Farouk Mardam-Bey dans Itinéraires de Paris à Jérusalem –La France et le conflit israélo-arabe (Les livres de la Revue d’études palestiniennes, 1992, tome 1, p 176), le renforcement des liens sous la 4ème République s’explique par le « puissant lobby pro-israélien » : le Comité français pour l’alliance France-Israël. S’y trouvent notamment Jacques Soustelle, Michel Debré, Pierre Koenig, François Mitterrand et Maurice Schumann. Commentaire du CAP Marc Hecker fait ici preuve d’un esprit de synthèse remarquable, il expose les faits importants de la coopération franco-israélienne sous la 4ème République en montrant que la complicité entre les deux États atteint un niveau inégalé. On y apprend notamment que la France est à l’origine de la fabrication de la bombe atomique israélienne. Mais la présentation des faits se veut « neutre », la mise au point de l’arme nucléaire par Israël allant de soi et l’implication de la France perçue comme un acte de « realpolitik ». Or la neutralité en sciences sociales n’est pas synonyme d’objectivité, elle occulte les contradictions fondamentales qui existent dans la vie sociale, les rapports de domination, les conflits et les responsabilités politiques. La neutralité épistémologique est au bas mot une erreur théorique et le plus souvent une ruse pour masquer la réalité du système, comme sous la façade démocratique règne l’oppression, l’injustice, le racisme ou le colonialisme. Les intellectuels bourgeois sont les adeptes de cette neutralité épistémologique qui permet de se voiler la face et de tromper tout le monde. Car dire la vérité sur une société reposant sur les rapports sociaux de domination, c’est dénoncer. Le discours scientifique dans les sciences humaines est essentiellement critique et porte un savoir chargé politiquement. La neutralité, dans la bouche de ses défenseurs, signifie non prise de position politique mais une telle posture est un non-sens. Le chercheur est déterminé, socialement, politiquement et il pourra se débattre dans tous les sens il ne se défera jamais de son conditionnement. « L’homme est un animal politique » disait Aristote dans son ouvrage La Politique . Par ailleurs toute connaissance dans les sciences humaines contient en soi la finalité de l’action et l’action est par nature politique. Le savoir qui conduit à l’action est donc forcément politique ou alors, s’il prétend ne pas y mener, il n’est rien d’autre que « ruine de l’âme ». Si l’on considère maintenant la pensée en général, c’est-à-dire le savoir que produit une société ou des groupes sociaux, on observe qu’elle est déterminée par l’évolution historique, le stade particulier auquel est parvenue la société et l’état de développement des classes objectivement (degré de formation économique des classes) et subjectivement (niveau de maturation de la conscience de classe). Ainsi la bourgeoisie révolutionnaire des 18ème et 19ème siècles a produit un savoir objectif dans les domaines de l’économie, de la pensée sociale et politique, de la recherche historique ou de la littérature. La connaissance accompagnait le développement d’un système économique, le capitalisme et l’essor de la bourgeoisie. Mais dès que le prolétariat a commencé à se constituer en classe sociale capable de menacer la domination des capitalistes, la pensée bourgeoise effrayée est rentrée dans l’ordre de la justification idéologique, de la légitimation et des recettes pour maintenir l’ordre social. Le stade impérialiste du capitalisme, défini comme étape ultime et pourrissement de ce mode de production, a accentué cette tendance à la réaction de la pensée, au conservatisme intellectuel et aux mensonges théoriques plus ou moins conscients. |
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