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| “ Non à la haine islamiste ”. le sursaut de vendredi soir, devant les locaux du quotidien arabophone Al Ahdath Al Maghribya qui, quelques jours auparavant, avait reçu une lettre piégée est à la fois révélateur et salvateur. La manifestation, organisée à l'appel de l'Observatoire contre la haine et le racisme et le Syndicat national de la presse marocaine, est d'abord révélatrice d'une mobilisation que l'on croyait quasi éteinte. Depuis les attentats, depuis les kamikazes, depuis la haine et les explosions de la mort, on donnait l'insoutenable impression de surfer sur la vague de l'oubli. L'oubli comme forme de survie, comme l'écrivait l'immense Kundera ? Non pas tout à fait, on semblait oublier ce qui s'était passé cette nuit dans une ville meurtrie à l'image de cette poussière cachée soigneusement sous le tapis ou encore ces cadavres que l'on cache dans les placards. La bien commode méthode Coué s'était fondue dans la cascade de procès. “ Ils ” étaient arrêtés. “ Ils ” étaient déférés devant la justice. “ Ils ” étaient condamnés. Au-delà de la khmissa rouge qui avait fédéré les Marocains autour d'une phrase simple, belle et porteuse d'une certaine idée du vivre-ensemble, “Touche pas à mon pays ” - et en filigrane, ne touche pas à mon pays parce que je veux y vivre libre, sans dogme ni gardiens du temple -, notre 16 mai à nous était-il encore dans les consciences ? Avions-nous réellement, véritablement franchi le gué, prémunis à jamais contre ce qui n'a jamais été un accident de l'histoire, pour adopter la posture du silence, voire même du doute malhonnête et criminel. L'ombre du 16 mai n'est plus ombre, tapie dans le noir. C'est cette ombre, révélée à la lumière qui a adressé une lettre piégée à nos confrères d'Al Ahdath Al Maghribya, contenant les mêmes substances qui avaient été utilisées lors des attentats de Casablanca. La terreur a voulu faire taire un journal dont les positions ont toujours été très claires. Oui aux démocrates et non aux extrémistes, non à ceux qui utilisent et déforment la religion pour exclure l'autre, c'est cela le credo du journal de Mohamed El Brini qui a fait du journalisme une religion de faits mais aussi un combat pour un idéal généreux. On a voulu faire taire un quotidien qui n'a jamais craint d'affirmer haut et fort que les islamistes, comme tous les “ istes ”, ne sont pas solubles dans la démocratie. Vendredi soir, la manifestation était bien plus qu'une forme de soutien. C'était aussi une manière de dire que s' “ ils ” sont toujours là, entre ombre et lumière, les démocrates aussi. Le grand soir, c'est désormais ne pas courber l'échine devant la terreur… |
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