"Comment j’ai été insulté par un président de la République lors de l’inauguration d’un Salon de l’agriculture"
Martin Hirsch, haut-commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté, ancien directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, réagit au coup de sang de Nicolas Sarkozy au Salon de l'agriculture, samedi 23 février. Dans ce texte qu'il nous a fait parvenir, il se souvient d'un fâcheux précédent.
a scène se passe à la fin de février, au Salon de l’agriculture. On voit le président de la République boire quelques bières puis s’exclamer: "Ces gens-là sont bêtes, irresponsables et de mauvais goût". Au cas où elle n’aurait pas été entendue ni enregistrée, l’attaque est répétée deux ou trois fois. Qui sont ces gens-là, bêtes, irresponsables et de mauvais goût? Ce sont les dirigeants de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments. Qui est ce président de la République? Jacques Chirac.
Nous sommes en 2001. Même cohue. Mêmes caméras. Mais avec un président de la République qui insulte des fonctionnaires d’Etat et des scientifiques, pour avoir émis un avis indépendant qui n’avait pas plu à quelques professionnels. Personne ne l’avait agressé. Personne ne lui avait manqué de respect. Personne ne l’avait cherché. Là, il ne s’agissait pas d’une saute d’humeur personnelle. Le plus haut personnage de l’Etat s’en prenait aux dirigeants de l’établissement public chargé par le législateur de travailler en toute indépendance pour protéger la santé publique. Ce qui posait quand même un petit problème institutionnel…
Pour la petite histoire, cet épisode a eu deux suites. Une dizaine de jours plus tard, je me suis retrouvé face au président de la République, qui m’a demandé ce que je faisais dans la vie. Je lui ai dit que j’étais directeur général de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments. "Ah, cela doit être intéressant comme travail. Et c’est quoi, cette agence?" Et quelques semaine après, alors que le président de la République recevait, comme le veut la tradition, le muguet apporté par les professionnels de Rungis, Jacques Chirac profita de l’occasion pour rendre hommage "au sérieux et à la compétence" des dirigeants de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments…
Bref, il y a certainement une atmosphère particulière dans les travées du Salon de l’agriculture, le jour de son inauguration. Il me semble que l’épisode de 2001 est autrement signifiant que l’épisode de 2008.
Martin Hirsch tient un blog sur
www.grenelle-insertion.fr