Histoire de Hafida - Esclavage moderne L'histoire de Hafida démarre à Casablanca, un jour de 1996. Son ancien employeur, directeur d'une banque privée de la place, parti depuis deux ans en France, vient enfin de lui obtenir le visa tant attendu. Elle débarque donc à Paris, confiante. Sauf que les conditions ont radicalement changé. En fait de villa, le couple occupe un 2 pièces et tient un kiosque à journaux. Hafida, alors âgée de 25 ans, travaille sans relâche. Deuxième gros hic : sa patronne souffre de ce que l'on appelle communément les TOC ou troubles obsessionnels du
comportement. En clair, elle demande à Hafida de nettoyer les carreaux de la salle de bain à la brosse à dents, de récurer chaque dent de fourchettes au coton tige…Un travail infini, cadré par des règles d'hygiène particulièrement strictes. Pire. Hafida dort dans le salon et doit attendre, tous les soirs, assise sur une chaise, que ses employeurs aient terminé de regarder la télé pour se coucher. Elle a le droit de se laver les cheveux mais… une fois par semaine et encore, dans une bassine car ses cheveux sales risqueraient de "contaminer" le couple… Elle avait ses propres couverts, ne mangeait pas la même chose qu'eux. Quand ils partaient en vacances, elle ne devait pas quitter l'appartement sauf pour aller faire le ménage chez la fille de ses employeurs dont le mari n'était autre… qu'un agent des renseignements généraux français ! Bien évidemment, elle n'était pas déclarée, n'avait pas de sécurité sociale. Pour prix de ces services, la famille de Hafida recevait 1000 DH par mois. Jusqu'au jour où, après trois ans d'esclavage, Hafida craque, éclate en sanglots dans la boulangerie où elle se rend quotidiennement et se confie à la patronne. C'est cette dernière qui signalera son cas auprès du Comité contre l'esclavage moderne. "Ce sont souvent les voisins ou des anonymes qui nous contactent pour nous signaler un cas", explique Soumia, bénévole à l'association. "Nous sommes allés chercher Hafida le 18 novembre. J'ai eu l'impression de voir Bécassine. En hiver, elle portait un caleçon court blanc, des chaussettes remontées jusqu'aux genoux, un col roulé vert en laine, sans veste. Avec son accord, nous l'avons immédiatement conduite au commissariat où elle a tout raconté.
Par Laetitia Grotti TEL QUEL |