Nabil Ayouch: préserver la diversité culturelle marocaine


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Vieux 17/01/2004, 14h36
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Par défaut Nabil Ayouch: préserver la diversité culturelle marocaine

Comment expliquer ce sursaut à quelques semaines à peine de la signature de l’accord ?

D’abord, il n’y a pas eu de sursaut tardif. Le groupement des auteurs, réalisateurs producteurs a envoyé en juillet dernier une lettre au CCM pour s’enquérir de la place réservée à l’industrie cinématographique et audiovisuelle dans cet accord. Nous n’avons pas eu de retour, certes, mais les
membres de la commission en charge de la négociation ne sont pas moins conscients de l’importance de la question culturelle. Ils sont donc prêts à la défendre avec vigueur. C'est pourquoi nous y croyons encore. Il est vrai que la visite, au début du mois de décembre, du vice-président de la coalition pour la diversité culturelle canadienne, Robert Pilon, nous a ouvert les yeux sur notre responsabilité et notre rôle. Ce monsieur qui maîtrise les tenants et aboutissants de ce type d’accords - le Canada en a signé avec les USA - nous a prévenu des dangers que nous, professionnels de la culture et tous les Marocains courions s’il venait à être signé dans sa forme actuelle. Nos négociateurs ne pouvaient pas être seuls à faire face à la "menace". En France, ce ne sont pas les officiels qui se sont soulevés pour protéger leur identité, c’est toute la communauté culturelle qui a fait entendre sa voix. Nous en faisons autant.

Concrètement, où réside la menace pour notre industrie culturelle ?

Notre marché n’est pas suffisamment grand pour être un enjeu.
Appréhender la question d’un point de vue seulement économique et conjoncturel est une mauvaise démarche. La vision à avoir est sur le long terme et au-delà de nos frontières. D’abord, il faut savoir que l’industrie culturelle est la première source de revenus extérieurs pour les USA, devant l’aéronautique. Le marché marocain est étroit et très mal structuré. Mais dans 10, 20 ou 30 ans, ce sera différent. Une fois organisé, formaté, et préparé, le Maroc sera plus qu’un simple marché. Il deviendra une plate-forme de diffusion pour la région. Ailleurs, si le Maroc accède à la demande américaine, les USA en useront pour les autres accords bilatéraux qu’ils entendent signer dans le courant de cette année. Pour répondre à la première partie de la question, cela tient en deux mots, la mort de notre identité. Nous n’avons ni les moyens financiers ni les ressources humaines pour faire face à la concurrence américaine. Il reste qu’on commence à peine à parler, dans notre pays, de réconciliation avec notre identité. Il sera difficile de résister à l'invasion américaine. Le Maroc, État et citoyens, a le droit de disposer des moyens de défendre sa politique culturelle.

Vos œuvres sont produites par des étrangers, qu’est-ce que cela change qu'ils soient Français ou Américains ?

Je tiens à préciser, que nous n’avons rien contre les Américains. Moi-même, j’ai des projets avec eux. Mais, ce sont là des relations commerciales et à "armes égales", si j’ose dire. Encore une fois, ce n’est pas une guerre contre les USA, mais un refus de nous voir amputer de notre identité, donc de notre âme. Il n’est pas question de défendre nos intérêts à nous, acteurs de l’industrie culturelle mais de nous, Marocains. Preuve en est que la coalition est la seule dans le monde qui comprend les représentants de la presse. Le Maroc est un pays pluriel. C’est d’abord et définitivement un combat pour notre diversité.


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