Israël est l'invité d'honneur du Salon du livre de Paris à l'occasion de ses 60 ans
Une présence qui a déclenché des appels au boycott pour protester contre la politique israélienne et le sort des Palestiniens. Appels venant de plusieurs pays arabes, du Liban, d'Iran, d'Arabie saoudite, de l'Union des écrivains palestiniens.
Mais en France même, les organisations palestiniennes appellent plutôt à participer au Salon, pour faire entendre leur voix.
Dans un article publié dans "Le Monde", Tariq Ramadan écrit : "Les organisations de défense des Palestiniens" ont choisi "de s'installer fermement au prochain Salon du livre (du 14 au 19 mars), d'y commémorer les soixante années de l'autre réalité, celle de la Nakba (catastrophe) des Palestiniens, et d'inviter des intellectuels et des auteurs arabes, palestiniens et israéliens à en débattre. Je soutiens cette initiative sans aucune réserve."
De son côté, le rédacteur en chef du supplément littéraire d'Haaretz (un grand quotidien israélien), Benny Ziffer, a déclaré au site nonfiction.fr : "Tout écrivain israélien devrait, au fond de sa conscience, boycotter le Salon du Livre de Paris". Il s'en explique ainsi : "Le premier problème c’est que notre gouvernement, notre ambassade, qui ont fait la sélection, n’ont choisi que des écrivains d’expression hébraïque en excluant, de fait, deux tiers de la scène israélienne : or celle-ci compte une énorme communauté d’expression russe, ainsi qu’une communauté d’expression arabe... Le deuxième problème, c’est le choix arbitraire des écrivains fait par des bureaucrates de l’ambassade qui ont exclu des grandes figures comme notre poète national Nathan Zach... Le troisième problème, c’est que l’État israélien considère que les écrivains sont des agents de propagande. À partir du moment où l’administration finance le billet d’avion, elle estime que l’écrivain est là pour servir la cause israélienne et elle exige officiellement ce propagandisme dans un contrat que tous les écrivains doivent signer." (voir l'interview complète sur nonfiction.fr)
A l'inverse, Amos Oz, écrivain israélien célèbre qui sera présent à Paris, co-fondateur du Mouvement pour la paix, s'est insurgé, dans une interview à l'AFP, contre le boycott de son pays au Salon du Livre. Il estime que "ceux qui appellent au boycott ne s'opposent pas à la politique d'Israël mais en fait à son existence. S'il disent qu'Israël ne doit pas être au Salon du livre , c'est parce qu'ils pensent tout simplement qu'il ne doit pas être. Ceci dit, il est regrettable qu'un seul écrivain arabe israélien ait été invité au salon et je ne me l'explique pas bien".
Citons enfin une dernière position, celle d'Eric Hazan, qui dirige les éditions françaises La Fabrique et publie plusieurs écrivains israéliens : "Je n'ai pas une passion dévorante", nous a-t-il dit, "pour ce mot de boycott. Si j'étais vraiment un écrivain israélien d'opposition, je ne viendrais pas sur le stand officiel. Mais pour moi qui publie des résistants qui risquent leur carrière et parfois leur vie, il n'est pas question de boycotter. On invite nos amis israéliens, Yael Lerer, directrice des éditions Andaluz (Jérusalem), Eyal Sivan, réalisateur (notamment de "Route 181"), Michel Warschawski, président de l’Alternative Information Center (Jérusalem-Ramallah)." Sans oublier Amira Hass, d'Haaretz, la seule journaliste israélienne vivant à Ramallah (voir liste complète sur le site de La Fabrique).
http://cultureetloisirs.france2.fr/l...0729270-fr.php